Arrêtés, ils ont par la suite été libérés et placés dans un Shelter
Depuis le 21 janvier dernier, cinq travailleurs malgaches sont dans la tourmente. Déclarés manquants par leur employeur, ils ont été arrêtés et détenus au poste de police de Chemin-Grenier. Après intervention du négociateur syndical Ivor Tan Yan, ils ont été libérés et placés dans un Shelter. Le syndicaliste ne comprend toutefois pas pourquoi ils n’ont pas obtenu le statut de « victime » comme recommandé par le comité interministériel.
Ces travailleurs malgaches avaient été recrutés pour travailler au parc de loisirs Vallé Advenature. Leurs permis de travail étaient valides jusqu’à février 2028. Or, le 21 janvier dernier, ils ont été arrêtés par la police et détenus au poste de police de Chemin-Grenier. Ils sont représentés par le négociateur syndical. Dans une correspondance envoyée à plusieurs organisations de droits humains, à Maurice et à l’étranger, ils dénoncent les conditions entourant leurs arrestations.
Selon eux, plusieurs violations de leurs droits, dont des salaires impayés ont déjà été rapportés. Ils dénoncent également des « déductions illégales, des heures de travail excessives et des conditions de vie inadéquates. »
Une plainte formelle a déjà été déposée au ministère du Travail et une réunion tripartite, avec le représentant de l’employeur et des employés a eu lieu. Estimant que la situation était déjà connue des autorités et à la suite « de mauvais traitements et d’intimidations », ils ont décidé de quitter le dortoir de la compagnie le 14 janvier. La lettre précise qu’une mesure préventive a été rapportée au poste de police de Pope-Hennessy, à Port-Louis.
Toujours selon la lettre, lorsqu’ils sont partis récupérer leurs affaires au dortoir de la compagnie le 21 janvier, la police a débarqué sur les lieux et les a arrêtés. Après l’intervention d’Ivor Tan Yan et les démarches auprès du Directeur des Poursuites Publiques, les Malgaches ont été relâchés et placés dans un Shelter. Toutefois, leur permis de travail a été annulé entre-temps et ils ne peuvent quitter le Shelter sans être accompagnés.
Sollicité sur cette affaire, Ivor Tan Yan déplore le fait que ces ressortissants malgaches soient interdits de travail depuis trois mois et ne soient pas en mesure d’envoyer de l’argent à leurs familles. « Comme l’a recommandé le comité interministériel, nous avons demandé à ce qu’ils aient le statut de victimes, mais tel n’a pas été le cas jusqu’ici. De même, nous avons réclamé un permis transitoire pour qu’ils puissent travailler entre-temps et que l’amnistie soit convertie en moratoire. Là également, il n’y a rien eu », dit-il.
Ivor Tan Yan se trouve actuellement à Madagascar, il a eu une rencontre avec la ministre du Travail, Hanitra Fitiavana Razakaboana. Il affirme ne pas comprendre pourquoi le ministère refuse d’appliquer les recommandations du comité interministériel. « C’est le silence radio à ce sujet. Le ministre doit assumer ses responsabilités. Les travailleurs étrangers ne sont pas des criminels qui attaquent des gens. Ils sont venus ici pour travailler. Si on retire les 10 000 travailleurs étrangers illégaux du marché du travail, beaucoup de PME vont fermer. »
D’après lui, il ne faut pas sombrer dans l’exploitation humaine. Il cite encore le cas d’ouvriers malgaches d’une chaîne de supermarchés, qui ont été déportés en décembre dernier, simplement parce qu’ils réclamaient une traduction en français de leur contrat de travail et un ajustement de Rs 6 000 sur leurs salaires. Pourtant, relève Ivor Tan Yan, ces travailleurs avaient été placés dans cette enseigne par le ministère du Travail lui-même.
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Reza Uteem, ministre du Travail : « L’affaire ne relève plus de mon ministère »
« Le statut de victime réclamé par Ivor Tan Yan n’existe pas. Cela n’a pas été implémenté. Les cinq travailleurs malgaches avaient un Work Permit en tant que Field Worker. Par la suite, l’employeur les avait mis dans des postes en cuisine et à la réception, étant donné qu’ils parlaient bien français. Il y a eu un litige sur le salaire, qui n’était pas le même pour les deux postes, ainsi que pour les heures supplémentaires.
« Nous avons fait venir l’employeur, nous lui avons expliqué qu’il devait respecter le Work Permit. Suite à cela, sur les 14 Malgaches concernés par cette affaire, 9 sont retournés comme Field Worker, mais pas les cinq concernés. Ils ont quitté le dortoir et Ivor Tan Yan les a emmenés au poste de police pour une Precautionary Measure concernant un trafic humain et d’insécurité.
« L’employeur, lui, a rapporté le cas de missing. Ils ont donc été arrêtés par la police. La Cour les a par la suite libérés étant donné qu’ils avaient un permis de travail valide. Mais le DPP est intervenu, pour dire qu’il y avait une Precautionary Measure pour trafic humain et que l’enquête doit suivre son cours. Ce qui explique pourquoi ils ont été placés dans un Shelter. Entre-temps, l’employeur a annulé le work permit.
« Avec cette enquête en cours, cette affaire ne relève plus de mon ministère. La police enquête. L’employeur a pris l’engagement de payer ce qui est dû. Je dois laisser l’enquête suivre son cours. Le ministère ne va pas non plus entrer dans ce jeu qui consiste à prendre des travailleurs d’une entreprise pour les placer dans une autre. »

