Vinessen rêvait d’un grand départ pour le Canada pour être rejoint par son frère jumeau
Souffrant d’atroces maux de tête depuis sa vaccination, il saignait doublement du cerveau
« Zordi pe fer vaccin pou protez dimoun ou pou touye dimoun? » s’exclame Vimi Magon

Un jeune homme tout sourire qui pose avec son chien, ou ses proches. Depuis jeudi dernier, les photos de Vinessen Magon circulent sur les réseaux sociaux. Ce jeune homme de 20 ans, originaire de Grand-Baie, admis à l’hôpital SSRN est décédé dans dans circonstances troublantes aux soins intensifs de l’hôpital Victoria. Un décès tragique que ses proches peine à accepter car avant qu’il ne fasse le vaccin contre le Covid, ce jeune homme, qui avait pleins de projets d’avenir, était bien portant. « Zamé mo garçon inn malade avant sa vaccin la», pleure sa mère Vimi.

Jeune, serviable et débrouillard, Vinessen Magon, issu d’une fratrie de trois enfants, trois fils, Vellen l’aîné et Vanessen dont il est le jumeau, avait des projets pleins la tête. Le rêve qu’il caressait depuis peu c’était de partir… Il voulait s’envoler pour le Canada, rejoindre ses cousins, où il pensait l’herbe plus verte. Il projetait d’y construire son avenir pour aider les siens à s’en sortir. Il voulait réaliser ce projet d’ici la fin de cette année. Lui devait partir le premier, avant que son jumeau, Vanessen ne vienne le rejoindre. C’est la raison pour laquelle, même si réticent, il a consenti à se faire vacciner contre le Covid. Alors que ses proches ont été faire le vaccin Spoutnik, Vanessen Magon lui, après s’être renseigné, a opté pour le vaccin Astra Zeneca, car celui-ci est reconnu au Canada. « Li ti pe fer tou pou li ressi parti. Acoz sa linn fer Astra Zeneca, meme si li pa ti pe ouler fer vaccin coumencemen », dit sa mère.

« Enn nuit linn crier so latete pe fermal »
Le jeune homme a reçu sa première dose de vaccin le 18 août dernier. Le jour même dans la soirée, il se plaint de maux de tête. Comme ce symptôme est courant auprès de ceux qui ont reçu une dose du vaccin Astra Zeneca, sa famille ne s’inquiète pas. Mais le mal de tête de Vinessen, qui pourtant a toujours été bien portant, perdure. « A sak fois li ti pe prend Doliprane. Tous les jours li prend médecine pou calmer so latete fermal », racontent ses proches. Deux semaines plus tard, la migraine atroce est toujours présente. Sur son lieu de travail, à Zoomania à Grand-Baie, il peine à fonctionner. Si bien que la gérante, une parente de la famille, informe Vimi Magon de surveiller l’état de santé de son fils. « Nous ti pe penser symptômes vaccin la meme. Be coucou dimoun gagn la tête ek lecor fermal. Nou pe dir li pou calmer », dit la mère de Vinessen.

Au bout de la troisième semaine, les maux de tête devenant persistants et ne se calmant pas malgré les anti-douleurs, le jeune homme se rend chez un médecin de la localité qui le soulage en lui administrant d’autres anti-douleurs. Il lui recommande néanmoins de se faire ausculter par un oculiste. On ne sait jamais, ces maux de tête peuvent être à l’origine d’un problème oculaire. Le même jour, Vinessen Magon se rend chez un oculiste qui ne détectera aucun souci avec sa vue. « Docter là inn donn li enn médicament anti-stress au cas où et inn dir li si so latete fer mal meme ale fer enn scan », se souvient son père Magen Magon. Vinessen Magon rentre chez lui et se repose. Mais durant la nuit, il est pris d’une migraine insoutenable. « Enn nuit linn crier so latete pe fermal », se souvient sa mère. Si bien que le lendemain, ses proches le transportent à l’hôpital où après quelques examens, don une radiographie, on lui administre une injection. « Nou ti explique docter ki depi linn fer vaccin Covid ki so latete fer mal. Docter la inn dir nou li pe dont li deux pikir extra fort mais sa pou prend letan pou so latete passer. Nou bizin attan inper dan lopital», raconte sa mère. Mais l’état de Vinessen devait empirer. « Li ti couma dir enn dimoun inn sou. Li ti pe zet la tête en arrière. Li pa ti pe kapav bouzer. Li pa ti pe cozer », dit Vimi Magon. Si bien que les médecins décident de l’admettre en salle, afin de faire des examens approfondis, dont un scan, pour détecter de quoi il souffre exactement.

Une fois Vinessen installé au fond de la salle, ses parents rentrent chez eux récupérer ses affaires de toilette. Mais une heure plus tard, lorsqu’ils reviennent à l’heure des visites, ils s’étonnent de voir que le jeune homme a été transféré dans un lit plus proche de l’entrée.
Dans le coma

Et ils pouvaient entendre leur fils crier « ayo mo latete ». Le jeune homme avait du mal à parler. Les derniers mots qu’il a réussi à dire à sa mère « Ma, emmene mo savate devant moi. » Impuissants devant la douleur de leur fils, Vimi et Magen Magon le quittent, pensant le revoir le lendemain. Toutefois, lorsque sa grand-mère se rend à l’hôpital du Nord le lendemain, le personnel qui l’interroge sur les habitudes du jeune homme – « eski li boir, eski li fimer? », ce à quoi elle répond par la négative, Vinessen n’ayant pas ces penchants – la famille apprend qu’il a été transféré aux soins intensifs de l’hôpital Victoria. Son état se serait détérioré durant la nuit et Vinessen aurait fait une crise d’épilepsie. Faute de place aux soins intensifs de l’hôpital SSRN, il a été transféré d’urgence à Candos où il a sombré dans le coma.

Lorsque les parents de Vinessen rencontrent le médecin traitant, ce dernier les informe que le jeune homme « ena deux gros saignements dans so latete. » La cause? Difficile à dire, répond le médecin qui leur suggère que ce serait peut-être dû à une malformation depuis sa naissance. « Zamé noune tane sa! Couma enn sel coute, malformation apparet? » s’interrogent les proches de Vinessen. Lorsque le médecin est mis au courant de l’historique de santé du jeune homme et de son état depuis qu’il a fait le vaccin Astra Zeneca, le spécialiste fera comprendre aux parents qu’il est difficile de se prononcer. « C’est peut-être le vaccin qui a déclenché son état qui est toutefois très grave, avec notamment une enflure du cerveau, nous a indiqué le médecin », dit Vimi.

Commence alors une semaine éprouvante pour les proches de Vinessen. Entre les allers et retours à l’hôpital Candos, pour s’entendre dire qu’une seule personne peut le voir et se heurter à l’insensibilité du personnel qui refusait de laisser entrevoir le jeune homme, même à travers la porte-fenêtre de la salle, les Magon gardent espoir. Ils se réfugient dans les prières pour pouvoir sauver ce jeune homme et le voir réaliser ses rêves.

Mais le coup de fil fatidique arrivera mercredi : Vinessen est décédé. Un décès que ses proches peinent à comprendre et à accepter. Surtout son jumeau, Vanessen, qui était très complice avec son frère. Tête baissée, laissant couler une larme, il lâche: « Li pa facil. Zame mo ti pou croire. Li extra manque moi. » Sa mère Vimi n’arrive pas à réaliser le drame. « Nou pe encore penser taler li pou desan, li pou vinn badine are nou. Taler li pou rode enn ti manger pour cuit pou montrer moi kan li ale Canada, Pena pou gagn so tracas, linn fini gagn lamain la… », dit-elle. Le regard dans le vide, elle interroge: « Zordi pe fer vaccin pou portez dimoun ou soit pou touye dimoun? » Pour la famille Magen qui a porté plainte à la police de Grand-Baie contre les institutions sanitaires, la communication autour de la vaccination est très mal faite par les autorités. « Kan nou pe lire aster nou pe trouver pa tou laz ki kapav fer tou vaccin. Zot zot nek pe dir vacciner, zot pe guetter ki leffet sa ena lor dimoun. Mo espérer dimoun faire attention, guetter ki pe mette are zot. Li pa facil ou perdi enn zenfan. Douler la pa kapav tini », dit Vimi en larmes.