« Le chemin qui mène à la fin du SIDA est celui des droits », affirme l’ONUSIDA, marquant la journée Zéro Discrimination le 1 er mars. À Maurice, Prévention Information et Lutte contre le SIDA (PILS) initie une campagne de sensibilisation pour contrer les souffrances provoquées par la stigmatisation et la discrimination, les principaux freins à la lutte contre le VIH et les situations associées. Les atteintes aux droits, les mauvaises langues, le rejet et autres comportements rétrogrades provoquent plus de drames que le VIH. La campagne de PILS comprendra aussi un atelier de travail et de sensibilisation avec les politiciens, les représentants des institutions, entre autres.
« Je ne suis toujours pas libre de vivre comme je le voudrais. C’est-à-dire d’avoir la possibilité d’être moi-même, de pouvoir parler de mon état de santé, d’avoir accès à certains services et d’être à l’aise avec mes collègues, mes amis, et même certains membres de ma famille. Pour ne pas être jugée et critiquée, je suis obligée de garder des aspects de ma vie secrets et cela me pèse. » Pourtant, les choses auraient pu être différentes pour Christelle (prénom modifié), âgée de 44 ans.
Testée positive au VIH depuis cinq ans, elle explique : « grâce au traitement et à l’accompagnement dont je bénéficie ma santé se porte bien et ma charge virale est indétectable. Ce qui me pèse, c’est le regard des autres, les préjugés, la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes qui vivent avec le VIH », avoue-t-elle.
Pour faire entendre la voix de Christelle et celle des autres victimes, PILS s’engage dans une campagne contre la discrimination . Visible sur les billboards de FlowerAd, partenaire de cette initiative, et sur les réseaux sociaux, cette action de sensibilisation débouchera sur un atelier de travail de deux jours les 29 février et 1er mars.
À cette occasion, PILS et ses partenaires discuteront avec les représentants des partis politiques, des médias, des institutions gouvernementales, du secteur privé, entre autres, sur ce sujet qui reste l’un des défis majeurs dans la lutte contre le VIH et les situations associées.
Présentes en société, dans le milieu médical aussi bien que dans le domaine privé, la discrimination et la stigmatisation sont parmi les principaux facteurs qui gardent les personnes loin des centres de dépistage et des centres de traitement et d’accompagnement.
« Dans le milieu médical, les réactions varient en fonction du personnel. Certains sont professionnels, d’autres ont toujours des réactions discriminantes qui découragent plusieurs patients et qui les mettent dans des situations délicates. Cela indique que la sensibilisation doit être continue », indique Christelle.
À septembre 2024, Maurice comptait 9 109 Mauriciens officiellement recensés comme ayant contracté le virus du Sida. Ce chiffre comprend 117 enfants, 6 503 hommes et 2 606 femmes. 2 175 patients sont décédés de causes liées au Sida de 1987 à 2023. Le nombre de Mauriciens vivant avec le VIH est estimé à quelque 14 000.
À Maurice, la stigmatisation a accompagné le VIH dès son apparition dans le pays en 1987. La première patiente testée positive avait provoqué une vague de protestations à l’hôpital où elle avait été admise pour des soins. Malgré les avancées dans la connaissance du virus, dans la prise en charge et les soins, la situation n’a pas toujours évolué.
L’indignation soulevée par Malini, quand elle avait parlé de son statut sérologique en public en 2004, avait confirmé cette mentalité. Chassée de chez elle et rejetée parce qu’elle avait voulu contribuer à la lutte en prenant la parole ouvertement, elle est décédée le cœur brisé quelque six mois après. « Jusqu’aujourd’hui, il est difficile de dire à son entourage que l’on vit avec le VIH. Parce qu’ils sont mal informés et qu’ils ont des idées préconçues les gens ont tendance à juger, critiquer et condamner sans comprendre qui nous sommes et ce que nous vivons. Finalement, ce sont eux qui causent plus de torts », poursuit Christelle.
La journée Zéro Discrimination est une initiative de l’ONUSIDA, qui a retenu le thème : Protéger la santé c’est protéger les droits. Dans un communiqué, cette instance précise : « le monde a fait d’énormes progrès vers l’objectif de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. Ces progrès ont été alimentés par des avancées en matière de protection des droits de l’homme. Mais les lois, les politiques et les pratiques qui punissent, discriminent et stigmatisent les femmes et les filles, les populations clés et d’autres communautés marginalisées violent les droits de l’homme et entravent l’accès à la prévention, au dépistage, au traitement et aux soins en matière de VIH. Il est urgent de supprimer les lois qui portent atteinte aux droits des personnes et d’introduire des lois qui défendent les droits de chacun. Le chemin qui mène à la fin du SIDA est celui des droits. »

