Ce qui ressemblait à un incident isolé s’est transformé, un mois plus tard, en l’une des immobilisations les plus massives de l’histoire récente de l’aviation civile. Près de 6 000 Airbus A320 ont été maintenus au sol ce vendredi pour une mise à jour logicielle urgente, après la découverte d’une vulnérabilité liée… aux radiations solaires.
Le 30 octobre, le vol 1320 de JetBlue, un Airbus A320 de 162 sièges, quitte Cancún à 13h03, cap sur Newark. Conditions stables, pas de turbulences, un trafic habituel en plein golfe du Mexique.Mais, sans action des pilotes, l’appareil plonge b rutalement de plus de 14 500 pieds (4 500 m) en cinq minutes, puis enchaîne avec une seconde chute de 12 200 pieds (3 700 m). L’équipage parle alors d’une « perte d’altitude soudaine ».
Jusqu’à 20 blessés,
dont 3 traumatismes crâniens
À bord, la panique est réelle. « Nous avons au moins trois blessés, dont une lacération à la tête », entend-on sur les communications radio rendues publiques par LiveATC.net. Le commandant choisit d’atterrir immédiatement à Tampa, en Floride. L’avion se pose sans encombre à 14h19. Les secours recensent entre 15 et 20 passagers légèrement blessés, mais trois d’entre eux souffrent de traumatismes crâniens liés aux secousses. Tous seront hospitalisés puis relâchés sans séquelles graves. JetBlue parle d’un « problème de contrôle de vol ». La FAA ouvre immédiatement une enquête.
Des radiations solaires
corrompent un calculateur
Le rapport préliminaire, un mois plus tard, identifie une cause inattendue :
Des radiations solaires intenses ont corrompu les données d’un calculateur profondeur–ailerons (ELAC), produit par Thales. Ce module, essentiel à la stabilité de l’appareil, comporte un logiciel sensible à certaines charges radiatives, susceptibles d’altérer temporairement son fonctionnement. Même si ce scénario est rare, il constitue un risque critique dans un cockpit numérique, où plusieurs calculateurs doivent croiser leurs données en permanence. Airbus a donc ordonné une mise à jour logicielle d’urgence sur l’ensemble des A320 concernés — soit environ 6 000 appareils. Résultat : retards, annulations, réacheminements dans de nombreux aéroports.
À Genève, aucun vol n’était annulé samedi, mais les autorités préviennent : les perturbations pourraient être bien plus importantes à partir de dimanche. Swiss invite déjà ses passagers à vérifier l’état de leur vol. Pour l’avionneur comme pour les compagnies, cet épisode représente :
• une opération logistique mondiale de mise à jour simultanée ;
• des centaines de milliers de passagers impactés ;
• une communication complexe, car l’incident initial n’avait fait l’objet d’aucun détail technique.
Airbus insiste toutefois : la mesure est préventive, aucun risque immédiat ne subsiste une fois la mise à jour effectuée.
Un rappel qui restera
dans les annales
L’incident du vol JetBlue 1320, sans dégâts majeurs mais aux conséquences mondiales, rappelle à quel point les avions sont aujourd’hui dépendants de systèmes électroniques ultrasophistiqués, eux-mêmes exposés à des phénomènes naturels difficilement prévisibles.
Il ne s’agit pas d’un défaut de structure ni d’une panne généralisée, mais d’un bug rare et ciblé, dont la correction nécessite une action globale. Une anomalie microscopique, née à 10 000 mètres d’altitude, qui aura suffi à immobiliser le moyen-courrier le plus utilisé au monde.

