Vision 2050 : Préoccupation des syndicats : L’autosuffisance nationale, la refonte du système éducatif et plus de justice sociale

 

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Dans le cadre de la onzième session de consultations publiques organisées par le ministère des Services Financiers et de la Planification Économique, une trentaine de représentants syndicaux — issus du secteur privé comme du secteur public — se sont réunis pour contribuer à l’élaboration de la Vision 2050, la feuille de route nationale qui ambitionne de dessiner l’île Maurice de demain autour des piliers de la prospérité, de l’inclusivité et de la durabilité.
C’est dans ce contexte collaboratif que les syndicats ont partagé leur vision pour le pays, notamment par rapport à l’autosuffisance nationale ou encore la transformation profonde du système éducatif. Pour ces acteurs du monde du travail, l’île Maurice de 2050 ne se construira pas sans une révision fondamentale des priorités collectives. Réagissant, Narendranath Gopee de la Federation of Civil Service and Other Unions, a indiqué que « plusieurs idées ont germé au cours de cet atelier. Mais au-delà des propositions, le véritable défi reste l’implémentation, surtout avec les changements de gouvernement à chaque mandat. Il nous manquait justement cette vision à long terme… Pour moi, Maurice 2050, c’est un pays où chaque Mauricien peut se sentir chez lui – un pays qui valorise davantage sa main-d’œuvre locale et offre plus d’opportunités à ses citoyens . »
L’éducation et la technologie au cœur des débats
Le renforcement de l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM), la formation vocationnelle et l’agriculture moderne sont apparus comme des priorités incontournables. Les participants ont insisté sur la nécessité d’aligner le système éducatif avec les réalités d’une économie en mutation rapide, tout en assurant une reconversion équitable des travailleurs face à l’automatisation. La question de la protection des plus vulnérables dans un contexte de transformation technologique a été soulevée avec insistance afin que la marche du progrès ne laisse personne à terre.
Évoquant l’avenir des jeunes à l’horizon 2050, notamment dans un contexte de plus en plus marqué par l’essor de l’Intelligence Artificielle, Rajshree Thylamah, présidente du Congress of Independent Trade Unions, avance qu’« il faudra trouver des solutions concrètes pour répondre à ces nouveaux défis. Le ministère accomplit un travail important en organisant ces consultations qui nous donnent à tous l’occasion de réfléchir ensemble aux perspectives. Nous devons aussi assurer une plus grande autonomie. À titre d’exemple, lorsqu’on est une île entourée par la mer, il est légitime de s’interroger sur notre capacité à mieux valoriser des ressources comme le sel ou encore les produits de la pêche. »
Un faisceau de défis structurels
Au-delà de l’éducation, les échanges ont porté sur plusieurs défis que Maurice devra impérativement affronter : la dépopulation et les flux migratoires qui affectent le tissu social et économique du pays, la réforme des systèmes de pension, les enjeux climatiques et sanitaires, la pression sur les ressources en eau ou encore la crise énergétique. Pour de nombreux participants, ces questions sont indissociables, car elles dessinent ensemble le portrait d’un pays à la croisée des chemins, qui doit agir maintenant pour ne pas subir demain.
Pour Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), l’île Maurice de 2050 doit être un pays où il fait bon vivre. « Nous nous devons d’être un pays de référence en matière de paix et d’harmonie, capable d’attirer encore davantage de visiteurs. Cela exige une planification adéquate dès maintenant, en tenant compte du contexte mondial actuel dans lequel nous évoluons afin de rester compétitifs à l’échelle internationale. Si nous ne planifions pas dès aujourd’hui, nous risquons de nous retrouver en difficulté demain », dira-t-il.
Vecteur de justice sociale
Un message fort a traversé l’ensemble des interventions : le rôle fondamental des syndicats dans la société ne se réduit pas à la défense des conditions de travail. Pour cause, il s’agit également d’un levier de justice sociale, d’une voix pour ceux que les décisions politiques touchent en premier. Les participants ont ainsi appelé à un renforcement du mouvement syndical et ont exigé d’être associés à toutes les étapes d’élaboration de Vision 2050 — de la rédaction à la mise en œuvre — et non sollicités ponctuellement pour valider des orientations déjà arrêtées.
Condition sine qua non
Par ailleurs, la question de la volonté politique a traversé les débats comme un fil rouge. Les participants ont salué l’initiative de consultation tout en soulignant que l’exercice n’a de sens que si ses conclusions se traduisent en actes concrets. Si 2050 peut sembler lointain, c’est précisément cette distance qui donne la liberté de penser grand, à condition bien évidemment que les engagements soient assortis d’un calendrier crédible.
Saluant l’engagement prospectif des syndicats, la ministre de tutelle, Jyoti Jeetun, a exprimé sa satisfaction face à la qualité des échanges. « Ce qui m’a surtout frappée aujourd’hui, c’est la volonté des syndicats de se projeter vers l’avenir. Les critiques portent souvent sur le présent et c’est légitime, mais si nous ne prenons pas le temps de penser à demain, nous ne serons pas préparés aux défis qui viennent, car après tout, demain se construit aujourd’hui, » affirme-t-elle.

 

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