Le gouvernement a officiellement lancé, le jeudi 18 décembre 2025, les consultations nationales autour de Vision 2050, un exercice de planification stratégique destiné à définir les grandes orientations économiques, sociales et environnementales du pays pour les 25 prochaines années. La cérémonie s’est tenue à l’auditorium Octave Wiehé, à Réduit, en présence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, et de la ministre de la Planification économique et des Services financiers, Jyoti Jeetun.
Présentée comme un moment clé du parcours post-indépendance de Maurice, cette initiative marque le début d’un processus participatif d’envergure, dont l’objectif est l’élaboration d’un document stratégique devant être soumis à un examen national d’ici mi-2026.
Une vision à long terme face à un monde instable
Dans son intervention, le Premier ministre a situé la démarche dans un contexte mondial marqué par des « poly-crises » : tensions géopolitiques, fragmentation de la mondialisation, montée du nationalisme économique, bouleversements technologiques rapides et impacts croissants du changement climatique. Pour un petit État insulaire ouvert comme Maurice, a-t-il souligné, ces évolutions constituent un défi existentiel.
Navin Ramgoolam a insisté sur la nécessité de sortir d’une logique de court terme pour adopter une stratégie claire et durable. Vision 2050, selon lui, ne se veut ni un exercice technocratique ni un simple outil de projection, mais « un manifeste actif et collectif pour l’avenir », destiné à servir de boussole stratégique à la nation.
L’objectif affiché est de transformer Maurice en économie avancée et à forte valeur ajoutée d’ici le milieu du siècle. Le chef du gouvernement a plaidé pour un changement de modèle, s’éloignant des bas salaires au profit d’une économie fondée sur la productivité, les compétences et l’innovation.
Les secteurs jugés stratégiques incluent notamment l’intelligence artificielle, les services numériques avancés, la fintech, les sciences médicales, l’ingénierie, les technologies vertes et les industries créatives. L’IA a été présentée comme un tournant majeur, susceptible de transformer en profondeur les outils de travail, la productivité et la prestation de services, y compris dans le domaine de la santé.
Investir dans le capital humain et la cohésion sociale
Le Premier ministre a toutefois souligné que la transformation technologique ne peut se faire sans un investissement massif dans le capital humain. La Vision 2050 prévoit ainsi des efforts soutenus en matière de formation, de requalification et de reskilling, afin de préparer aussi bien les professionnels expérimentés que les jeunes entrant sur le marché du travail.
La dimension sociale occupe une place centrale dans la démarche. Le gouvernement affirme vouloir bâtir une société plus juste et équitable, où les chances de réussite ne sont pas déterminées par la naissance ou les circonstances, mais par le mérite et le travail. La croissance économique devra être inclusive, afin d’éviter que certains segments de la population ne soient laissés pour compte.
Face aux vulnérabilités spécifiques de Maurice en tant que petit État insulaire, Vision 2050 accorde une importance particulière à la résilience climatique. Les priorités évoquées incluent la transition vers les énergies renouvelables, l’agriculture durable et circulaire, la protection des terres, des lagons et des écosystèmes marins, ainsi que la sécurité alimentaire.
Pour Navin Ramgoolam, la préservation de l’environnement n’est pas un luxe, mais une condition essentielle de la résilience économique et du bien-être des générations futures.
L’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie figurent parmi les piliers de la Vision 2050. Le Premier ministre a appelé à une refonte des systèmes éducatifs afin de développer chez les jeunes des compétences clés telles que la pensée critique, l’adaptabilité et la capacité d’apprentissage continu. Il a également évoqué l’importance de systèmes de santé robustes et accessibles, ainsi que de chaînes alimentaires sûres et durables.
Un processus participatif inédit
La ministre de la Planification économique, Jyoti Jeetun, a mis l’accent sur le caractère inclusif du processus. Les consultations, qui débuteront en janvier 2026, s’étaleront sur quatre mois à travers Maurice et Rodrigues. Elles prendront la forme de dialogues dans tous les districts, de tables rondes sectorielles avec les entreprises et les universités, de forums dédiés aux jeunes, ainsi que d’échanges avec la société civile, les ONG et la diaspora mauricienne.
Des plateformes numériques participatives seront également mises en place afin de permettre aux Mauriciens résidant à l’étranger de contribuer au débat.
Les contributions recueillies alimenteront l’élaboration d’un document-cadre, destiné à servir de base à un débat national avant sa finalisation à mi-2026. Selon le gouvernement, Vision 2050 vise à offrir une visibilité accrue aux ménages, aux investisseurs et aux partenaires de développement, tout en assurant une meilleure coordination des politiques publiques.
Le lancement des consultations a également été marqué par une analyse de l’économiste Vimal Thakoor sur les progrès économiques réalisés depuis l’indépendance, suivie d’un débat réunissant des représentants du secteur public et privé, dont Rundheersing Bheenick, Bashir Currimjee, Hector Espitalier-Noël, Guillaume Dalais et Sangeetha Ramkelawon.
Présentée comme une promesse faite aux générations futures, Vision 2050 ouvre désormais un vaste chantier national. Sa crédibilité dépendra de la capacité du pays à transformer cette vision collective en actions cohérentes et durables dans le temps.
Encadré 1
Comment la stratégie doit se traduire dans les faits
Lancée comme un cadre de réflexion à long terme, Vision 2050 se veut avant tout un outil opérationnel destiné à orienter l’action publique au-delà des cycles électoraux. Sa mise en œuvre reposera sur un processus progressif et structuré.
À partir de janvier 2026, une vaste phase de consultations nationales sera engagée afin de recueillir les contributions des citoyens, des entreprises, de la société civile, des jeunes et de la diaspora. Ces échanges serviront à alimenter un document-cadre, appelé à être soumis à un débat national avant sa finalisation à mi-2026.
Une fois adoptée, Vision 2050 devra servir de référence transversale pour les politiques publiques, en guidant les choix budgétaires et les stratégies sectorielles. Elle sera déclinée en feuilles de route par secteur, assorties d’objectifs intermédiaires et d’indicateurs de suivi, afin de mesurer les progrès réalisés.
Le pilotage du processus sera assuré par le ministère de la Planification économique, en coordination avec le Bureau du Premier ministre, avec un mécanisme de suivi et d’évaluation régulière. Le secteur privé et les partenaires de développement seront associés comme acteurs clés de l’investissement et de l’innovation.
Présentée comme un cadre évolutif, Vision 2050 pourra être ajustée au fil du temps afin de tenir compte des chocs économiques, climatiques ou technologiques, tout en maintenant un cap stratégique clair pour l’avenir du pays.
Encadré 2
Ils ont dit
Navin Ramgoolam, Premier ministre
- « Mon rêve ultime pour le pays est de construire pour les générations futures une nation sûre et souveraine, fermement ancrée dans les valeurs démocratiques, la stabilité politique et l’État de droit. »
- « Vision 2050 n’est ni un exercice technocratique ni un simple outil de prévision, mais un manifeste actif et collectif pour l’avenir. »
- « Maurice ne peut pas se permettre la complaisance ou la pensée à court terme ; nous devons adopter une stratégie claire et à long terme. »
- « Pour un pays comme Maurice, cet environnement mondial représente un test existentiel : nous devons mobiliser activement les forces du changement pour assurer notre avenir. »
- « La transformation économique ne doit jamais se faire au détriment de la cohésion sociale ou de l’inclusion. »
Jyoti Jeetun, ministre de la Planification économique
- « Sans vision, il n’y a pas de victoire durable. »
- « Vision 2050 sera élaborée à travers le processus de planification le plus inclusif jamais entrepris par notre nation. »
- « Vingt-cinq ans correspondent à une génération entière ; les décisions prises aujourd’hui détermineront le pays que nos enfants hériteront demain. »
- « Si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marchons ensemble. »

