Vu autrement : C’est une femme qui leur donne la vie…

Comment en finir avec les féminicides ? Existe-t-il une réponse absolue à cette question, alors que le meurtre de femmes et de filles constitue un drame universel ? Chacun pourra avancer sa solution. À Maurice, on pourra rendre les lois plus sévères qu’elles ne le sont, en remplaçant la Protection from Domestic Violence Act. On aura beau citer le nom du coupable, du bourreau, sur la place publique. Réputation brisée, conséquences judiciaires après le délit, prison… rien, absolument rien, n’arrête la violence impulsive qui envahit le cerveau d’un agresseur au moment de passer à l’acte. Si l’on parvient encore à recueillir la parole des survivantes d’agression — de celles qui ont vu la mort de près sous les coups d’un partenaire ou d’un inconnu —, des témoignages pertinents utilisés non seulement pour informer, mais aussi pour sensibiliser contre les violences faites aux femmes, il n’en va pas de même pour les auteurs de violences, qui ne sont généralement abordés que sous l’angle policier et judiciaire. La plupart du temps, lorsqu’une voix de femme s’éteint, ce sont celles d’une autre — ou des autres — qui s’élèvent pour réclamer un durcissement des politiques de protection et de justice. Celle des hommes, elle, reste le plus souvent confinée au registre du discours. Ils n’osent pas contester des codes qui leur conviennent.

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Entre novembre 2024 et le 5 novembre 2025, ce sont 4 127 situations de violence domestique qui ont été officiellement recensées dans le pays. Derrière ce chiffre, 3 042 cas de violences physiques : autant de corps marqués, autant de vies fracturées. Le 31 décembre dernier, un homme a été arrêté pour le meurtre présumé de sa femme, une trentenaire. L’année 2025 s’est ainsi achevée sur un féminicide. Que nous réserve celle qui commence ?

« En 2024, toutes les dix minutes, à travers le monde, un conjoint ou un membre de la famille tuait intentionnellement une femme, et cette tendance est à la hausse », alertait l’ONU. ONU Femmes rappelle qu’en 2024, environ 50 000 femmes et filles ont été tuées dans le monde par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit une moyenne glaçante de 137 victimes par jour. En novembre dernier, l’Organisation mondiale de la santé rapportait de son côté : « Ces douze derniers mois, 316 millions de femmes — soit 11% des femmes âgées de 15 ans ou plus — ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime. » Des chiffres qui donnent froid dans le dos.

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« Les meurtres liés au genre ne sont pas inévitables », martèle l’ONU Femmes à juste raison. Les féminicides et les abus contre les femmes résultent souvent d’une escalade de violences répétées qui peuvent être détectées et stoppées dès les premiers signes. Les actions les plus efficaces reposent sur la prévention précoce, la transformation des normes sociales et l’engagement des communautés afin d’instaurer une tolérance zéro envers les violences faites aux femmes et aux filles. À Maurice, nous en sommes loin. Bien loin encore. Pour cause, la prévention reste le parent pauvre des politiques publiques. La prévention reste encore perçue comme une affaire de femmes, menée par et pour les femmes, dans une société profondément patriarcale. Pourtant, il n’existe aucun père digne de ce nom qui accepterait que sa fille subisse la violence, l’humiliation ou la peur au quotidien entre les mains d’un autre homme.

La prévention doit miser sur l’éducation des garçons. Les nombreux commentaires et posts sexistes, dénigrants, dégradants, injurieux à l’égard des femmes sur les réseaux sociaux témoignent également de l’urgence d’une action nationale. Mais quand l’Éducation publique décide de se défaire de la mixité, on ne peut guère s’attendre que les jeunes hommes apprennent à respecter les femmes, à déconstruire les stéréotypes ou à comprendre l’égalité comme une valeur fondamentale.

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Et pendant que nous reculons, l’Angleterre — où, comme dans la majorité des pays développés, la coéducation est une réalité ancienne — a récemment franchi une étape importante dans la lutte contre les violences sexistes en décidant d’intégrer explicitement la sensibilisation à la misogynie dans l’enseignement scolaire en septembre 2026. Face à la montée des discours haineux envers les femmes, notamment véhiculés par certaines sphères en ligne et des figures influentes sur les réseaux sociaux, les autorités éducatives ont choisi d’agir en amont, dès l’adolescence. L’objectif affiché est double : protéger les jeunes filles contre les violences et le harcèlement, mais aussi offrir aux garçons des repères positifs pour construire des relations saines. Le gouvernement a consacré 20 millions de livres sterling à cette initiative.

En attendant que la prévention progresse, parents, rappelez toujours à vos fils qu’une femme leur a un jour donné la vie…

Sabrina Quirin

 

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