Cyril Lagaillarde, 53 ans, habitant Bambous-Virieux depuis dix ans, cultive deux portions de terre dans sa localité. Tandis que Ganesh Maudoo est planteur à Grand-Sable. Tous deux subissent encore les effets des fortes pluies du vendredi 16 avril qui avaient provoqué des inondations dans plusieurs régions du sud-est du pays, à Quatre-Soeurs, Rivière-des-Créoles, Vieux-Grand-Port, et plus particulièrement à Bambous-Virieux.

« Ma mère âgée de 76 ans m’a dit ce jour-là qu’elle n’avait jamais vu autant de pluies », confie Cyril. Et de poursuivre : « Pas étonnant si après tant de jours une odeur nauséabonde émane encore de nos plantations. Nos plantations ont été transformées en marécages. Ces inondations ont causé de gros dommages aux cultures. Tous les légumes ont été emportés, des carottes, bringelles, du piment. Sauf les lalos et des bananiers ont résisté. Du jamais-vu. »

À la suite des fortes averses, il était question que des officiels de l’Agro-industrie, du Food and Agricultural Research Institute and Extension Institute (FAREI) et du Small Farmers Welfare Fund allaient visiter les champs des planteurs qui sont sous le “Crop Loss Compensation Scheme” pour « procéder à une évaluation des pertes encourues par les planteurs de la région », avait précisé un communiqué émis par le ministère des Finances le dimanche 18 avril, soit deux jours après les inondations. « Pa trouv pa tann personn ziska zordi », se plaint Cyril Lagaillarde avant de rappeler que les planteurs de Bambous-Virieux sont beaucoup plus affectés par ces inondations.

Pour Ganesh Maudoo, « the situation is still under the water », dit-il en rigolant. Il ne perd espoir pour autant. « J’ai de la patience », dit-il avant de parler de la visite faite par le Premier ministre dans la région le 18 avril, soit deux jours après les inondations. Lors de sa visite, le Premier ministre Pravind Jugnauth était accompagné des ministres Bobby Hurreeram (Infrastructures nationales et Développement communautaire) et de Maneesh Gobin (l’Agriculture). Ils s’étaient rendus dans les villages de Bambous-Virieux, Rivière-des-Créoles, Providence, Bois-des-Amourettes. Le Premier ministre avait précisé qu’un soutien sera accordé aux familles durement touchées par la montée des eaux à travers le Prime Minister’s Relief Fund et que tous les partenaires concernés allaient travailler de concert pour que les planteurs de ces régions reçoivent « une aide au plus vite possible ». Selon Ganesh Maudoo, il s’est rendu au bureau du FAREI à Plaisance pour se faire enregistrer officiellement en tant que planteur pour qu’il puisse bénéficier de certaines facilités. « Nous demandons au Premier Ministre d’honorer ses promesses au plus vite. Car nous ne pourrons pas compter sur nous-mêmes. Cela demande trop d’investissements », dira Ganesh Maudoo.

Cyril Lagaillarde, sérieusement affecté par les inondations, ne dort plus tranquillement lorsque la météo annonce le mauvais temps. « Kot kapav dormi apre seki nou pe viv. Bizin cout min lorite pou nou kapav sorti dans sa dife. Et plus particulièrement, les planteurs du village de Bambous qui sont les plus affectés dans cette zone », insiste-t-il.

Il est temps, dit-il, que les autorités trouvent des solutions durables à ces inondations. Les habitants de cette région sont fatigués. Ils ne souhaitent plus vivre cette situation qui devient très pénible pour les planteurs, soit une cinquantaine dans le village de Bambous-Virieux.

Selon Ganesh Maudoo, les planteurs sont restés sous la menace continue d’inondations pendant des années au cours desquelles ils ont subi régulièrement des dommages et les terres qu’ils cultivent ont connu des érosions. Une situation qui a forcé beaucoup de planteurs à abandonner la culture de légumes. Le planteur de Quatre-Soeurs plaide pour ceux de la région qui ne possèdent pas leur contrat foncier. « Leur contrat devrait être régularisé, ce qui leur permettra de répondre aux exigences des institutions en termes de prêts. »

Selon Éric Mangar du Mouvement suffisance alimentaire, une étude menée par le ministère de l’Environnement souligne que l’érosion des sols et les problèmes de drains « restent encore un mystère ». Il devait souligner que plusieurs ateliers de travail ont été organisés en 2005 réunissant les membres de l’Association des planteurs du Sud-Est. Il avait fait appel aux autorités compétentes pour comprendre la vulnérabilité des planteurs et des communautés de la côte sud-est. Et dit que l’inondation des champs et la forte érosion des sols ont été causées par l’obstruction des drains et l’absence d’un système de drainage adapté à la région. Son mouvement avait expliqué dans un rapport que les inondations se produisent lorsque l’eau de pluie sur les pentes s’accumule plus rapidement que la terre ne peut absorber. « Il n’y avait pas de canaux appropriés pour drainer l’eau de pluie qui s’y accumule. » Il reconnaît toutefois que la National Development Unit avait entrepris des travaux pour draguer les deux parties de deux rivières à Grand-Sable et Bambous-Virieux et avait renforcé les berges, drains et ponts dans la région, entre autres.

Éric Mangar rappelle qu’en 2001, le gouvernement d’alors, par l’intermédiaire du ministère de l’Environnement, avait réalisé une étude sur les problèmes d’inondations, l’érosion des sols et les problèmes de drains le long de la côte sud-est. La MAA avait fourni les contributions nécessaires à l’étude. « Les résultats de l’étude restent encore un mystère », dira Éric Mangar.

Selon lui, il ne peut y avoir de développement durable dans la région du sud-est lorsqu’une quantité massive de terre végétale est emportée vers la mer pendant des inondations. Il est important, suggère-t-il, de mettre sur pied un programme de reboisement avec l’aide des communautés locales et d’autres parties prenantes dans les zones sujettes aux inondations afin d’atténuer la dégradation des terres. Le responsable de la MAA avait collaboré avec l’Association des artisans pandamus du sud-est à Vieux-Grand-Port et Bois-des-Amourettes pour fournir des feuilles comme matière première aux artisans et contribuer au reboisement de la région.