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Jusqu’il y a neuf semaines de cela, les riverains de la côte sud-est de l’île savaient pertinemment bien que les vagues étaient porteuses d’espoir. Pourtant, au vu de la fermeture des frontières depuis la mi-mars, COVID-19 oblige, ils avaient perdu leurs repères quant à l’atterrissage et au décollage d’avions. Mais avec le dramatique naufrage du MV Wakashio, samedi 25 juillet, et l’indécision plus que criminelle pour se débarrasser de cette potentielle marée noire, ils se rendent compte qu’aujourd’hui la mer n’est plus la même à leurs yeux et que demain encore il n’y aura aucune visibilité. Maintenant que les clameurs se sont tues, la communauté des gens de la mer s’interroge. Et ce, tout en tentant de conserver la tête hors de l’eau car joindre les deux bouts sans les vagues demeure, en effet, difficile…

Le deuil de la mer de la communauté des pêcheurs

  • La CSG possiblement déduite de l’allocation à partir du mois prochain

Cela fait plus de deux mois qu’ils ne sont pas sortis en mer. Ces pêcheurs de Vieux-Grand-Port peinent à réadapter leur quotidien, surtout face aux difficultés. Certains ne possèdent en outre pas de carte de pêcheur professionnel et sont à bout, puisqu’ils n’ont aucune allocation du gouvernement. De son côté, Eric Mangar, du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire, plaide pour que le ministère de la Pêche accélère le projet de pêche semi-industrielle dans cette région.

« Je devrais avoir honte de le dire, mais c’est la réalité : je vis de la pension de ma mère. » Chandradeosingh Ragoo, le visage fermé, raconte son calvaire de pêcheur sans carte. Depuis son plus jeune âge, il accompagne en mer son père, pêcheur, et a hérité du métier. Au décès de ce dernier, il y a six ans, c’est lui qui a repris les activités et assure les besoins de la famille. Mais depuis la catastrophe du Wakashio, le 17 juillet dernier, il est au chômage forcé. « J’ai toujours pêché, mais je n’ai jamais obtenu de carte de pêcheur. J’ai entrepris plusieurs démarches, mais sans succès. »

Le plus dur, pour lui, c’est que son nom ne figure pas dans le registre des Fisheries. Ce qui veut dire que même si le gouvernement décide d’accorder une allocation aux pêcheurs sans carte, il sera exclu. Il explique : « Je m’étais déjà inscrit pour une carte à deux reprises, sans succès. Récemment, je suis parti aux Fisheries pour d’autres démarches et l’officier m’a dit qu’il ne retrouvait plus mon dossier. J’ai entrepris d’autres démarches pour remplir un nouveau formulaire. Entre-temps, il y a eu l’échouement du Wakashio. Je n’ai pas eu le temps de déposer le formulaire », explique-t-il.

Depuis, les jours sont difficiles pour Chandradeosingh Ragoo, qui peine à joindre les deux bouts. « En sus de cela, la compagnie de crédit est en train de me harceler. J’ai beau expliquer que je ne travaille pas en ce moment, et demandé un délai, mais ils ne comprennent pas. L’année dernière, j’avais acheté un moteur à crédit pour mon travail et, maintenant, je suis au chômage. » Le jeune homme dit avoir également entrepris des démarches en vue d’obtenir une place le nettoyage de la plage, mais là encore sans succès. « On m’a dit qu’on a déjà recruté le nombre de personnes nécessaire. »

De son côté, Soobiraj Oozageer est un pêcheur enregistré. Il a donc droit à l’allocation de Rs 10 200, ainsi qu’à celle du mauvais temps, quand c’est applicable. Mais il concède que c’est difficile de s’en sortir avec cette somme. Le pire pour lui, c’est de s’être endetté pour un moteur neuf au mois de juin. « Seulement un mois après, il y a eu le Wakashio, et je ne peux plus travailler. Pourtant, je dois trouver de l’argent pour payer le magasin, » regrette-t-il.

Il ajoute qu’on ne sait combien de temps cela durera, car la mer a été très polluée dans sa région. « Auparavant, il y avait des fruits de mer, comme les palourdes, et il y avait même des gens qui posaient des casiers pour les crabes. Maintenant, il n’y a plus rien. Je ne sais quand ni comment nous allons reprendre notre travail. »

Jean-Pierre Marius est d’avis que les autorités devraient aider les pêcheurs à diversifier leurs activités. « Étant donné que nous ne pouvons pas pêcher, je souhaite que le gouvernement mette des terrains à notre disposition pour planter et faire de l’élevage. Cela nous permettrait de nous en sortir. » Il dit en avoir déjà fait part aux députés de la circonscription et attendre une réaction de leur part.

Par ailleurs, les pêcheurs se disent également préoccupés, car ils ont appris qu’à partir du mois d’octobre, la contribution à la CSG sera déduite de leur allocation. Et ils ne savent à quelle hauteur exactement. « On nous dit qu’on déduira la sécurité sociale, et cela nous inquiète, car déjà nous n’avons pas beaucoup. »

QUESTIONS À… | Eric Mangar : « Accélérer la pêche semi-industrielle dans la région »

Le Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire accompagne les pêcheurs à travers l’île. Quels sont les besoins actuellement, selon vous ?
Il y a un certain intérêt actuellement pour la pêche semi-industrielle. D’ailleurs, nous encourageons les pêcheurs à aller dans cette voie, car c’est l’avenir. Nous avons déjà aidé à mettre en place des coopératives et préparer des projets dans certaines régions. Ici même, dans le sud-est, il y a deux coopératives qui ont obtenu le “grant” du gouvernement pour la pêche semi-industrielle. Il y a la coopérative Goélette Blanche, dont le bateau est actuellement en construction au Sri Lanka, et Migrateur, qui a obtenu sa “letter of intent”.
Cependant, je dois dire que les procédures sont lentes et lourdes. Surtout au niveau de la MauBank. Car selon les projets, les coopératives obtiennent 50% du montant et doivent emprunter l’autre moitié de cette somme. Le projet Goélette Blanche, par exemple, tarde à se concrétiser justement à cause de ces lourdeurs administratives.
Je lance un appel aux autorités pour accélérer le projet de pêche industrielle pour la région du sud-est car cela permettrait aux pêcheurs de s’en sortir. Ils pourront aller pêcher hors du lagon et sur les bancs, puisqu’ils ne peuvent le faire dans le lagon. De plus, les coopératives pourraient recruter d’autres pêcheurs au chômage puisqu’ils ont déjà une connaissance de la mer.

Quels sont les autres moyens d’aider les pêcheurs ?
Il faudrait aider les pêcheurs à diversifier leurs activités. On ne peut plus aujourd’hui se fier uniquement à la pêche. À Rodrigues, d’ailleurs, les pêcheurs sont aussi planteurs et éleveurs. Mais à Maurice, tel n’est pas le cas. Il y a plein de choses qu’ils peuvent faire dans cette région. Par exemple, le sud-est est réputé pour la plantation de bananes et d’oignons. On aurait pu également les aider à se lancer dans la production d’oeufs. Cela aurait permis d’apporter un revenu supplémentaire et de ne pas fier uniquement sur la pêche. En 2000, nous avions déjà lancé certains projets dans ce sens.

Comment le MAA peut-il apporter son aide ?
Il y a un projet que nous attendons de finaliser avec un sponsor pour les habitants de Rivière-des-Créoles. Nous prévoyons la mise en place d’un jardin communautaire et organique, ainsi que l’élevage de pondeuses. Les gens doivent également apprendre à travailler en communauté. Il faut également se rendre compte que la côte du sud-est a été une région très marginalisée. À la fois sur le plan social et économique. Ce drame qui frappe la région est peut-être l’occasion pour les autorités de réagir. À notre niveau, nous offrons déjà la formation technique. Nous avons également prévu cinq pondeuses par famille.

MAHÉBOURG : Encore des poissons morts

Enrico Philibert et son ami Rutradev Ramchurn ont découvert mardi dernier des vielles ainsi qu’un cordonnier flottant dans le lagon du Mahébourg Waterfront. Ils les ont ensuite récupérés et remis aux officiers du centre de recherche d’Albion, qui visitaient les lieux en compagnie de responsables de Polyeco ce jour-là. À noter que ce n’est pas la première fois que les deux amis font une telle découverte depuis l’échouement du Wakashio. Enrico Philibert explique ainsi qu’il a l’habitude de retirer ces espèces de poissons de l’eau pour éviter les mauvaises odeurs. Les deux hommes tentent en vain, eux aussi, de trouver du travail auprès des compagnies procédant au nettoyage des plages.