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Si Samy (nom modifié), qui compte plusieurs années de service au sein de la compagnie d’aviation nationale, se dit prêt à reprendre du service à n’importe quel moment quand Air Mauritius fera appel à lui pour assurer un de ses vols, il n’est toutefois pas serein. Pour cause, il a lui-même été atteint de la Covid-19 en mars dernier. Le souvenir de cette période pénible est toujours vivace.

Alors que plusieurs de ses collègues ont refusé de travailler, lui était de service sur le dernier vol retour d’Air Mauritius en provenance de Paris, le lockdown ayant été décrété et les frontières fermées.

« Il y avait des appréhensions, car le virus faisait des ravages presque partout dans le monde. D’ailleurs, la France également était entrée en confinement. Mais par devoir, j’ai fait mon travail », dit-il. Dans le contexte, où s’effectue ce dernier vol. Samy, comme les autres membres d’équipage, est munio de masque, gants, lunettes de protection,etc….
Selon le protocole d’alors, lorsque les membres d’équipage débarquaient à Maurice, en cette période où le virus était également présent localement, ils étaient sommés de s’auto-isoler chez eux pendant sept jours. Cela si le seul test de dépistage de température effectué à l’aéroport à l’atterrissage n’avait rien révélé, avec toutefois pour instruction d’informer la hotline du ministère de la Santé si jamais un symptôme se manifestait .
Totalement asymptomatique, c’est sans crainte que Samy rentre chez lui pour s’auto-isoler. « Une mesure pas si simple, surtout quand on a des enfants en bas âge », dit-il. Or, une semaine plus tard, il est informé que suivant l’exercice de contact tracing, il avait été en contact avec un cas de Covid-19 détecté parmi les personnes qui étaient sur ce dernier vol de MK.

« J’étais comme un pestiféré »

D’ailleurs, un autre membre de l’équipage avait contracté le virus. Dans le contexte, les officiers de la Santé se sont rendus chez lui pour effectuer un test PCR dont les résultats lui ont été communiqués deux jours après : Samy était Covid positif. Un véritable choc pour lui et sa famille.

« Surtout que l’auto-isolement n’a pas été facile à respecter avec mes enfants qui me réclamaient, mais surtout du fait qu’il fallait utiliser les espaces communs comme la salle de bain ou les toilettes », dit-il. Dès lors, une multitude de pensées lui traversent l’esprit surtout qu’il doit se rendre dans un centre de quarantaine.

« On m’a demandé si j’avais des symptômes, mais je n’en avais pas. Peut-être un peu mal à la gorge, mais rien d’alarmant. Mais ce qui m’inquiétait le plus, est-ce que ma famille aussi l’avait contracté , même si j’avais eu un minimum de contact avec elle, ? », se rappelle-t-il.

Il avait deux heures pour se préparer avant qu’une équipe ne vienne le récupérer. Heureusement, aucun membre de sa famille n’avait été contaminé.

« Tout s’est passé très vite. À peine avais-je eu l’occasion d’expliquer aux enfants que je devais partir pour 15 jours encore que l’ambulance, avec les gyrophares et des gars encagoulés et en combinaison, était devant ma porte », raconte Samy, qui se souvient du regard de ses voisins curieux de savoir se qui se passait. Ce départ s’est déroulé comme dans un film, dit-il, ajoutant que ses enfants ont été traumatisés par cette expérience. « Les choses se sont passées très vite. Il faisait sombre et je ne savais même pas où on me conduisait et par quel chemin nous passions. Lorsque nous sommes arrivés, il faisait nuit et à l’hôtel où je suis descendu, tout le monde, notamment le personnel médical, restait très loin de moi. C’était comme si j’étais devenu un pestiféré », se souvient-il. À la porte de sa chambre, on lui a remis balai, serpillière, produits de nettoyage, des draps et des serviettes. « Pour rappeler que nous n’étions pas à l’hôtel, mais bel et bien en quarantaine et qu’il fallait compter que sur nous-mêmes », dit Samy. Les repas étaient mis dans des take-aways et chaque pensionnaire de la quarantaine était informé par les infirmiers sur place lorsque c’était prêt. Heureusement, son cas n’était pas grave et il ne souffrait d’aucun symptôme. Cependant, comme les autres patients, il a été mis sous traitement pendant 14 jours.

Le côté positif de cette expérience, selon lui, « C’est le grand cadeau de n’avoir pas contaminé ma famille, mes enfants, ma mère, etc. »

Si cette période de quarantaine s’est plutôt bien déroulée, Samy redoute une nouvelle contamination si la compagnie d’aviation nationale faisait à appel à lui pour l’un de ses prochains vols. « Nous sommes tous actuellement en attente et à n’importe quel moment on peut nous demander de partir », dit-il. « Jusqu’aujourd’hui, je ne sais pas où j’ai pu attraper la Covid et je m’interroge encore. Cela peut avoir été en vol, à l’hôtel ou dans le transport qui nous a ramenés à la maison », dit-il.

Aucune idée où il avait contracté le virus

C’est ainsi, avec la peur au ventre, qu’il reprendra les vols, non sans avoir effectué tous les tests nécessaires quant à ses capacités de reprendre le service, après son épisode Covid. « Cette maladie touchant aussi les sens, comme l’odorat, il était impératif de savoir si j’étais apte à assurer les vols, du fait qu’en tant que personnel navigant, nous sommes amenés à avoir tous nos sens en éveil lors des vols pour détecter les moindres failles. Mais heureusement, je n’ai aucune séquelle », dit Samy qui est peut-être immunisé aujourd’hui,même si cette théorie n’est pas prouvée.

Bannir l’auto-isolement

Si Samy se dit prêt à voler de nouveau, il n’est cependant pas prêt à effectuer, comme l’imposent les autorités pour le personnel navigant, « de l’auto-isolement à la maison » à son retour. Cette option n’est pas envisageable du fait que « c’est quasiment impossible de ne pas être en contact avec ses proches lorsqu’on est chez soi, surtout quand il y a des enfants en bas âge qui nous réclament».
Il insiste : « Imaginez les conséquences si je contamine mes enfants, qui vont à l’école et qu’ils refilent cela, soit dans le van, soit dans leur classe, à leurs petits camarades ! » Catégorique, Samy est d’avis que l’auto-isolement pour les membres d’équipage n’est pas la solution. « Faudrait-il qu’un membre du personnel navigant soit le patient zéro qui ramène la Covid à Maurice pour qu’on s’en rende compte?», peste t-il en souhaitant vivement que ce ne soit pas le cas !