Le Mauritius Research and Innovation Council (MRIC) organisera “Les assises de la recherche et de l’innovation” en janvier 2022. Cet événement, qui réunira des acteurs locaux et étrangers, débutera avec le lancement d’une campagne nationale sur l’innovation. Ces assises, selon le directeur exécutif du MRIC, Theeshan Bahorun, « sont primordiales à un moment où se tourner vers l’industrie 4.0 est synonyme de survie dans un monde affecté par la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 ». “Les assises de la recherche et de l’innovation” ont plusieurs objectifs, dont l’élaboration d’une feuille de route pour le développement de la recherche et de l’innovation à Maurice.

La décision de la tenue des « assises de la recherche et de l’innovation » a été avalisée le mois dernier par le Conseil des ministres. En tant que chercheur, que pouvez-vous dire sur le niveau de la recherche et de l’innovation à Maurice ?

Je pense qu’il est temps que nous axions à nouveau nos priorités et voir quels sont les axes stratégiques de recherches que nous devons mettre en place. Ces axes doivent s’aligner aux besoins prioritaires du pays, car nous sommes dans la nouvelle normalité. Les ressources sont limitées et nous devons les optimiser. D’ailleurs, les budgets sont diminués. Mais la recherche et l’innovation restent les éléments centraux pour pouvoir requinquer l’économie du pays. Certes, nous devons investir dans la recherche et l’innovation, mais cela ne doit pas se réaliser comme l’on veut. Les investissements doivent être faits de manière très judicieuse. Nous devons conscientiser les gens sur le fait que la recherche et l’innovation sont incontournables dans le paysage social et pour la croissance du pays. Il faudrait que l’innovation soit globale si nous voulons progresser au niveau national, ou au niveau du Global Innovation Index.

C’est pourquoi le MRIC veut mettre sur place une politique ciblée et de longue haleine pour promouvoir la recherche et l’innovation à Maurice. À ce jour, les plans et les stratégies du MRIC ne considéraient que le sommet de la pyramide avec les entreprises et les académiciens. Mais nous ne répondions pas au problème de la recherche et de l’innovation à la base. Je pense qu’il est temps que nous répondions au problème de la recherche et de l’innovation simultanément. Et pour ce faire, nous devons savoir où nous nous situons par rapport à ce que nous ferions à l’avenir. C’est la raison pour laquelle nous lancerons une campagne pour sensibiliser les gens. Cette campagne revigorera notre aptitude à innover. Si nous n’innovons pas, nous allons périr dans cette nouvelle normalité. Si de nombreux pays peuvent innover malgré le COVID-19, nous devons aussi pouvoir le faire.

La campagne de l’innovation sera un booster pour inculquer la notion d’innovation à tous les niveaux et toutes les parties à Maurice. Ce sera une campagne nationale pour galvaniser les gens autour du thème de l’innovation. Après cette étape, nous allons devoir montrer ce que nous avons accompli et ce que nous pensons faire. Nous devons aussi voir si ce que nous avons fait aide vraiment, et si nous devons en faire plus dans le domaine de l’innovation. Tout doit être très évident. Cela se fera en parallèle avec le concours national sur l’innovation où nous aurons des projets très localisés. Notre stratégie pour apporter de l’innovation est d’abord de montrer son importance. Ce sont des événements qui complémentent chacun pour qu’il y ait un renforcement national de l’innovation. Ce renforcement culminera sur l’organisation des assises de la recherche et de l’innovation à Maurice. Ce sera un événement majeur qui nous permettra de savoir qui sont nos parties prenantes et quels sont leurs besoins. Ces assises vont nous permettre de discuter sur l’élaboration d’une feuille de route sur l’innovation à Maurice pour les prochaines années.

Qui sont ceux qui seront réunis pour l’élaboration de cette feuille de route ?
Nous pensons réunir les parties prenantes locales, celles qui ont bénéficié de nos plans pour qu’elles puissent montrer ce qu’elles ont fait. Les académiciens seront présents, mais aussi le public et le secteur privé. Nous aurons aussi besoin de l’expertise internationale. De ce fait, des gens viendront à Maurice pour nous guider dans cette stratégie et l’élaboration de cette feuille de route.

Plusieurs recherches sont réalisées à Maurice, mais il semblerait que leur impact ne soit pas aussi visible. Quelles sont les raisons ?
C’est vrai que nous faisons des recherches à Maurice, mais elles ne sont pas assez visibles pour créer l’impact aux niveaux national et international. C’est ce dont nous avons besoin. C’est pourquoi le MRIC doit travailler sur ce dossier pour apporter une stratégie nationale sur l’innovation. Il faut que nous offrions des perspectives importantes en ce qu’il s’agit des technologies émergentes pour divers secteurs concernés, telles la Smart Agriculture, l’économie circulaire et l’innovation sociale. Ce sont des domaines que nous devons développer davantage. Nous devons apporter une stratégie renforcée pour favoriser le leadership dans ces secteurs, ainsi qu’identifier et éliminer les obstacles qui nous empêchent d’innover. Nous devons savoir comment les éliminer et devons aussi apporter des incitations pour encourager l’innovation dans les secteurs formel et informel.

Par rapport à d’autres pays, Maurice traîne encore en matière de recherches. Selon vous, quels sont les obstacles qui empêchent la recherche et l’innovation de monter en grade ?
Nous voulons justement savoir quels sont ces obstacles à travers cet événement. Quelle est la raison qui empêche une entreprise d’innover. Où se situe son problème ? Est-ce que c’est un manque de savoir-faire, d’idées, de finances ? Il ne faut pas oublier que nous devons nous tourner vers l’industrie 4.0. Nous devons maintenant nous poser la question si nous avons la main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux problèmes qui nous empêchent d’aller vers l’industrie 4.0. Nous devons avoir des parties prenantes pour en discuter et il faut aussi voir si les programmes des institutions d’enseignement s’adaptent à apporter de l’innovation dans le pays. Les assises nous donneront l’opportunité de discuter des points saillants de façon franche.

Que peut-on dire de l’impact réel des projets financés par le MRIC ?
Ces projets ont leur utilité. Plusieurs vont dans le domaine commercial. Cela nous permet de soutenir encore d’autres entreprises qui innovent.

L’innovation est le maître mot pour les entreprises. Combien parmi elles ont approché le MRIC pour des recherches ?
Si on analyse la situation, les entreprises éprouvent beaucoup de difficultés. Elles ne pourront pas réaliser du progrès en se contentant de ce qu’elles possèdent en ce moment. Ce n’est que l’innovation qui pourra assurer leur progrès et ce n’est que l’aspect innovant au niveau de leur traitement ou le développement de nouveaux produits qui pourra faire émerger les entreprises. Au cas contraire, celles-ci ne pourront pas survivre. Et au MRIC, étant donné que plusieurs plans axés vers l’innovation ont été lancés, dont les Fast Track Innovation Initiatives et l’Entreprise Innovation Booster Scheme, nous avons su quels sont les besoins de ce secteur. Mais nous ne pouvons uniquement les contenter à ce secteur. Les entreprises sont très intéressées par nos programmes. Toutefois, nous observons que certaines ne savent pas faire leur demande. Elles doivent réfléchir sur les nouveautés qu’elles peuvent apporter au niveau de leur processus pour avoir de nouveaux produits. Il y a une lacune au niveau de la réflexion des entreprises. Avec le COVID-19, nous ne pouvons agir de la même manière. Sans innovation, les entreprises risquent de disparaître. Nous voulons qu’elles nous présentent des idées pour que nous puissions les aider.

La recherche nécessite souvent des fonds importants. Or, le budget accordé au MRIC a drastiquement baissé pour cette année financière. À un moment où le MRIC veut davantage exploiter le domaine de la recherche, comment feriez-vous pour pouvoir répondre aux attentes et réaliser vos objectifs ?
Il est vrai que nos finances ont chuté. Mais nous devons nous ajuster en fonction de la conjoncture économique du pays.