Selon les Nations unies, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes peuvent avoir un effet transformateur et multiplicateur sur le développement durable et sont un moteur de la croissance économique dans les petits États insulaires. Où en est-on dans le processus d’autonomisation à Maurice ?

Trois coauteurs de l’Université de Maurice (UoM) se sont penchées sur la question dans une publication nouvellement lancée et intitulée The Gender Divides of the Mauritian Society: re-appropriating the empowerment and citizenship discourse. Elles partagent avec nous dans ces entretiens les points forts de leurs recherches. Verena Tandrayen-Ragoobur, Associate Professor au département Economics and Statistics à l’UoM, également éditrice et Project Leader de cette initiative revenant à Sheila Bunwaree, ancienne chargée de cours à l’UoM, rappelle que d’après le Global Gender Gap Report, Maurice est à la traîne surtout concernant le “political empowerment” et de l’“economic participation and opportunity”.

Elle fait ressortir que si la disparité entre hommes et femmes au niveau du “labour market participation” s’est creusée au fil des années, c’est parce que les femmes ont plusieurs rôles à jouer. Elle ajoute qu’il est difficile pour les femmes de pénétrer le monde du travail. « Il n’y a pas assez de mesures pour essayer de les intégrer. » Si depuis l’Indépendance, la situation de la femme a beaucoup évolué, s’il y a davantage de femmes sur le marché du travail par rapport à autrefois, elles sont toujours dans les “pink-collar jobs” ou les “administrative works”. Elle propose « d’intégrer la femme dans les diverses stratégies gouvernementales pour plus d’égalité et d’accès aux opportunités ».

De son côté, Ramola Ramtohul, chargée de cours en sociologie, fait voir que si « les mouvements de femmes ont permis de susciter la prise de conscience chez les femmes quant à leurs droits, c’est surtout après l’Indépendance, avec l’éducation des femmes que la conscience féministe s’est développée ». Ce qui manque, regrette-t-elle, c’est « une voix unifiée, ce qu’il y avait au milieu des années 70 et 80 où les différents groupes ont lutté ensemble pour changer la condition féminine ». Par ailleurs, « si beaucoup de choses ont été accomplies concernant les thèmes autour des femmes comme les droits égaux », ce qui fait défaut, « c’est leur mise en application ». Et de souligner que la société patriarcale retarde l’avancement de la femme à Maurice. « Il faut changer les habitudes et la façon de pensée à travers l’éducation. »

Chargée de cours en Media et Communication à l’UoM, Christina Chan-Meetoo constate que si le métier de journaliste s’est grandement féminisé, « il y a une présence féminine assez minime – moins d’un tiers – qui occupe des postes de responsabilité ». En dépit des évolutions, « on est assez loin de la parité de traitement du genre ». Pour qu’il y ait un vrai progrès, il faut un engagement, selon elle. « Cela doit venir de la société elle-même, dans la structure systémique en termes d’égalité des genres dans les familles, dans l’éducation, dans la rue, etc. Cela peut passer par le contenu pédagogique, par la sensibilisation. »

VERENA TANDRAYEN-RAGOOBUR (ASSOCIATE PROFESSOR) :

« Beaucoup plus de femmes au travail, mais dans des “pink-collar jobs” »

Vous avez été l’éditrice et le Project Leader dans le cadre de la publication de “The Gender Divides of the Mauritian Society: Re-appropriating the Empowerment and Citizenship Discourse”. Pourquoi une telle initiative était-elle nécessaire ?

C’est un projet initié par Sheila Bunwaree quand elle était à l’université. Elle avait réuni plusieurs auteurs, dont moi. On était une dizaine au début. Le but était de publier un livre sur les divers secteurs où il existe une disparité entre femmes et hommes. On a voulu que cela soit multidisciplinaire, comprenant les secteurs social, économique, etc. Si on regarde les dernières statistiques du Global Gender Gap Report, là où Maurice est le plus à la traîne, c’est au niveau du “political empowerment” et de l’“economic participation and opportunity”. En tant qu’économiste, j’ai travaillé sur le thème “Evidence for Women in Vulnerable Employment in Mauritius” alors qu’une autre collègue a travaillé sur “Women Entrepreneurs”. Les données concernent la période 2014-2017.

Quels sont donc les points forts qui ont émané de vos recherches ?

Dans mon chapitre, je parle de la femme dans le monde du travail. On a vu qu’au fil des années, il y a une disparité entre les hommes et les femmes en termes de “labour market participation”. Pourquoi cette disparité ? Les femmes ont plusieurs rôles à jouer à la maison, en tant que mères, etc. C’est difficile pour elles d’avoir un travail où il y a une certaine flexibilité. C’est difficile pour elles de s’occuper de leurs enfants en même temps que d’accomplir les tâches ménagères. Certaines doivent aussi s’occuper de leurs parents. C’est difficile pour les femmes mauriciennes de trouver un équilibre. Le manque de flexibilité dans le monde du travail ne les aide pas vraiment. Donc, elles sont nombreuses à ne pas prendre des responsabilités ou viser haut dans leur carrière car elles savent que si elles occupent des postes à responsabilité, elles auront à passer plus de temps au bureau et moins de temps avec la famille. Elles préfèrent avoir un travail avec des horaires réguliers ou être profs. Mais ce que j’ai étudié dans mon chapitre, c’est davantage en termes d’emploi vulnérable. Des fois, la femme aide le mari dans son business et ses rémunérations laissent à désirer. Elle n’est alors pas vraiment autonome en termes d’“income generating activity”. Elles sont souvent dans des situations vulnérables. Les conditions ne sont pas vraiment établies. On a aussi vu qu’il y a un dilemme chez les femmes contrairement aux hommes : les femmes passent beaucoup de temps dans les “domestic works” et ne peuvent de fait pas passer plus de temps au travail.

D’un point de vue plus général, qu’est-ce qui vous frappe dans les diverses recherches faites par vos diverses collaboratrices ?

Une de mes collègues a travaillé sur la femme rodriguaise, ce qui est très intéressant car il n’y a pas vraiment d’études sur les Rodriguaises qui vivent à Maurice. On peut voir à quel point elles sont vulnérables. Elles sont venues ici pour avoir une vie meilleure mais finalement ce n’est pas ce qu’elles attendaient. Elles se trouvent à faire plusieurs travaux en même temps et leur niveau de vie est assez difficile, surtout avec les enfants à élever. Deuxième chose qu’on peut retenir, c’est la violence domestique. On a vu comment cela s’est dégénéré à travers les années et comment c’est un vrai problème social. Troisièmement, on a trouvé à quel point il est difficile pour les femmes de pénétrer le monde du travail. Il n’y a pas assez de mesures pour essayer de les intégrer. Comme on l’a vu, elles ont plusieurs responsabilités, plusieurs rôles à jouer et plus de flexibilité dans le monde du travail les aideraient.

Quelle est la situation de la femme mauricienne aujourd’hui ? Où en est-on avec le processus d’autonomisation ?

En comparaison aux années précédentes, depuis l’Indépendance notamment, la situation des femmes a beaucoup évolué. Il y a beaucoup plus de femmes dans le monde du travail. Certaines prennent plus de responsabilités. Beaucoup occupent des positions assez hautes dans le secteur public. Elles essayent de penser à leur carrière et de jongler en même temps avec leurs diverses responsabilités. Il y a eu une amélioration certes mais beaucoup reste à faire, surtout quand on voit le Global Gender Gap Index. En termes de politique, Maurice est à la traîne. Il n’y a pas assez de femmes qui vont de l’avant pour faire entendre leur voix et qui participent à des prises de décision concernant le pays. Cela aurait aidé pourtant. Si la femme ne participe pas, c’est aussi la façon dont est faite la société mauricienne, le “mindset” qui existe. Aussi, s’il y a plus de femmes aujourd’hui qui sont sur le marché du travail, elles sont toujours dans les “pink-collar jobs” ou les “administrative works”. Beaucoup en sont satisfaites alors qu’elles auraient pu progresser. Elles ne sont pas motivées à aller plus loin. Je pense qu’il y a beaucoup à faire dans plusieurs domaines.

Selon les Nations unies, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes peuvent avoir un effet transformateur et multiplicateur sur le développement durable et la croissance économique dans les PEID…

Bien sûr. D’après les dernières statistiques sur le taux de chômage, le nombre de femmes est presque deux fois plus élevé que celui des hommes à Maurice. Ce qui montre qu’on n’utilise pas la main-d’œuvre féminine. On n’est pas en train d’utiliser les talents qui existent, ce qui pose problème pour la productivité et le développement.

En conclusion…

On nous dit souvent qu’il y a beaucoup de conventions qui ont été signées. Certes, mais cela ne se traduit pas en actions. On a tendance à faire des sensibilisations, etc. Peut-être faudrait-il intégrer la femme dans les diverses stratégies gouvernementales pour plus d’égalité et en termes d’accès aux opportunités. On parle d’égalité mais il s’agit plus d’“equity” car il y a des différences entre hommes et femmes. Quand les femmes ont beaucoup d’“unpaid work” comme les tâches ménagères, elles ont donc moins de temps pour les “paid works”. Il y a déjà une différence. Il faut penser à “mainstream” la question du genre dans les diverses stratégies.

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RAMOLA RAMTOHUL (SOCIOLOGUE) :

« La société patriarcale retarde l’avancement de la femme »

Dans “The Gender Divides of the Mauritian Society: Re-appropriating the Empowerment and Citizenship Discourse”, vous vous penchez sur le thème “Finding a common working terrain: an analysis of the women’s movement in Mauritius”. De quoi s’agit-il exactement ?

Dans ce chapitre, j’écris sur les mouvements de femmes et leur contribution à l’“empowerment” des femmes. Leurs activités ont permis de susciter la prise de conscience chez les femmes quant à leurs droits, les inégalités entre hommes et femmes sur le plan des droits de la femme et de la citoyenneté. La citoyenneté a souvent été analysée en termes de droits et de reconnaissance légale d’une personne. Donc, la citoyenneté et les droits sont liés.

Que doit-on comprendre par le début de votre titre “Finding a common working terrain” ?

Je fais l’historique des mouvements de femmes. Si on regarde comment ces groupes ont évolué, on constate que même avant l’Indépendance, il y avait des groupes de femmes. Même s’ils n’étaient pas toujours des mouvements de femmes, ils étaient des branches d’organisations religieuses ou socioreligieuses. À l’instar des mouvements hindous comme l’Arya Samaj et les mouvements musulmans et catholiques. Les écoles ménagères étaient proches de l’Église catholique. Les différents mouvements travaillaient sur l’amélioration des conditions des femmes, mais chacun de leur côté. Avant l’Indépendance, ces mouvements faisaient un travail de sensibilisation et d’éducation mais pas tant sur les droits. C’est surtout après l’Indépendance, quand on a eu un nombre assez conséquent de femmes éduquées qui avaient été à l’université que la conscience féministe s’est développée. On a alors réalisé qu’il y avait des lacunes sur le plan des droits de la femme. Avant 1980, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que maintenant. Il s’agissait surtout des droits en lien avec le mariage à travers le code Napoléon. La femme était considérée comme mineure. Cela affectait les femmes de toutes les communautés et couches sociales.

Dans les années 70-80, il y a eu des groupes qui ont travaillé sur la condition féminine et les droits de la femme. Il y a eu un “consciouness raising”. D’autres groupes se sont formés, pas associés aux groupes socioreligieux.

Que peut-on retenir ?

Les groupes religieux sont des organisations patriarcales. Il y a toujours à la tête des hommes. Les femmes se retrouvaient dans une des branches de ces groupes. Ces mouvements féminins ont eu un “peak” dans leurs activités : lutte en faveur des droits de la femme, l’amendement du code Napoléon pour que les femmes aient les mêmes droits au sein du mariage. Suite à cela, il y a eu une sorte de fragmentation parmi ces mouvements. Ce qui manque un peu, c’est une voix unifiée, ce qu’il y avait au milieu des années 70 et 80 où les différents groupes ont lutté ensemble pour changer la condition féminine. Il y avait Solidarité Fam, Mauritius Alliance of Women, SOS Femmes, Association des femmes mauriciennes. Aujourd’hui, on ne voit pas cet élan.

Qu’est-ce qui vous frappe le plus au niveau de l’engagement des femmes ?

La société évolue. Il y a eu beaucoup de choses accomplies concernant les thèmes par rapport aux femmes comme les droits égaux mais ce qui manque, c’est leur mise en application. Par exemple, concernant la violence domestique, on a toutes les lois mais il y a des lacunes au niveau de la mise en pratique de ces lois. Dans ce chapitre, je parle aussi de l’avortement qui est un problème à Maurice. Malgré l’assouplissement de la loi, il y a toujours des “back street abortions”. Ce sur quoi on doit davantage se focaliser, c’est pourquoi autant de grossesses non désirées. Quel est le problème ? On a un service de santé gratuit mais pourquoi ces grossesses ? Cela met en danger la vie des filles et des femmes, surtout celles qui n’ont pas les moyens de payer un avortement à l’étranger où c’est légal.

Comment se frayer un chemin pour plus de progrès ?

La base, c’est l’éducation sur les questions liées au genre. Cela doit être enseigné à l’école. On peut sensibiliser les adultes. Mais si les enfants vivent des situations d’inégalité entre hommes et femmes à la maison où ils voient les parents se disputer et devenir violents, cela restera dans leur culture. S’il n’y a pas d’éducation et de sensibilisation élargie, le progrès sera lent car cela prend du temps de changer la culture d’une personne. Il faut faire comprendre que les rôles traditionnels attribués aux hommes et aux femmes ont été “socially constructed” et non pas biologiques. On peut renverser la vapeur.

L’autre manquement, c’est la présence de la femme en politique et au Parlement. Il y a un grand “gap” à combler. Malheureusement, ce sont les leaders des partis qui décident quelles sont les femmes qui auront des tickets. La contribution de ces femmes n’est pas vraiment visible. Le problème, c’est qu’il y a aussi un manque de “role models” même si le système est grandement en cause. Ce sont les hommes qui décident quelles femmes choisir. Il n’y a pas assez d’autonomie.

Comment définiriez-vous la place de la femme mauricienne aujourd’hui ?

La place de la femme mauricienne a beaucoup évolué. Les filles font mieux que les garçons à l’école. Il y a des femmes éduquées et compétentes grâce à l’éducation gratuite. Quand on voit l’absence de femmes au Parlement ou dans les “decision making positions”, on ne peut dire qu’il y a un manque de femmes qualifiées. Le problème est ailleurs. C’est la société patriarcale qui retarde l’avancement de la femme à Maurice. Il faut changer les habitudes et la façon de pensée à travers l’éducation.

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CHRISTINA CHAN-MEETOO (SENIOR LECTURER) :

« Dans la presse, on est assez loin de la parité de traitement du genre »

Vous êtes parmi les auteurs de “The Gender Divides of the Mauritian Society: Re-appropriating the Empowerment and Citizenship Discourse” qui vient d’être lancé mardi. Et vous avez écrit précisément le chapitre “An analysis of Gender Balance in the News Industry and its Output in Mauritius”. Quels sont les points saillants de vos recherches ?

L’étude que j’ai faite est basée sur des données récoltées en 2015. Dans le monde académique, le souci est que cela prend du temps pour faire des “reviews”. Le livre devait être lancé l’an dernier mais la sortie a été repoussée à cause de la pandémie. Dans mon chapitre, j’adopte trois méthodologies. D’abord, j’ai comptabilisé la présence des femmes au niveau de la hiérarchie supérieure (propriétaire, directrice, rédactrice en chef, chef d’édition ou chef de rubrique) dans les entreprises de presse. On a vu qu’en comparaison avec le nombre de journalistes femmes qui sont majoritaires dans les rédactions, il y a une présence féminine assez minime – moins d’un tiers – qui occupent des postes de responsabilité.

Est-ce qu’il y a eu malgré tout une évolution ?

Il y a eu une petite évolution au fil des décennies mais il y a quand même un déséquilibre car la profession s’est grandement féminisée. Dans nos cours, à l’UoM, nous avons une majorité de jeunes femmes. Dans les rédactions, cela se reflète et malgré cela, les femmes sont peu nombreuses aux postes de responsabilité.

La deuxième méthodologie a consisté à compiler des articles parus dans des journaux à grand tirage. Nous avons analysé les sujets, les sources d’information (si ce sont des voix féminines ou masculines, si ce sont des politiciennes, des professionnelles). Sur plus de 664 articles parus pendant la campagne électorale de 2014, on a noté encore une disparité avec 70% des voix interrogées étant des voix masculines. Idem en termes de voix expertes, il y a une majorité d’hommes qui parlent. Les femmes ont souvent témoigné comme ménagères, comme interlocutrices dans la rue, etc. Concernant la représentation visuelle, les hommes ont tendance à être au premier plan dans les photos de Une, alors que les femmes ont tendance à être secondaires. Quand elles sont à l’avant-plan, elles sont des objets à regarder, admirer, avec une connotation un peu sexuelle.

Aussi, on a analysé les types de sujets couverts par les journalistes. Les “top news” ont tendance à être assignés aux journalistes masculins. Les femmes se voient plus assigner des “social news”. En revanche, les femmes journalistes font plus d’efforts à chercher des voix féminines.

La troisième méthodologie a consisté à interviewer 60 journalistes dont des responsables de rédaction pour voir s’il y a une prise de conscience, un code d’éthique, comment on traite les femmes journalistes. Les journalistes ont tendance à dire qu’il y a plus de soucis chez leurs concurrents que chez eux.

Quelle conclusion tirez-vous de ces recherches ?

Malgré certains progrès, il y a encore du chemin à faire. Il ne faut pas une prise de conscience seulement sur le papier mais un vrai engagement, avec un vrai code d’éthique sur la question du genre. Il y a une nécessité de créer des opportunités au sein des rédactions pour les femmes. C’est vrai que dans la profession, on a tendance à dire que c’est compliqué pour les femmes : elles peuvent être en situation d’insécurité dans les meetings politiques ou quand elles vont interviewer des personnes douteuses, etc. Mais ce sont davantage ces contextes qui doivent être revus. Dans un meeting politique, il est inacceptable que les femmes se sentent en insécurité alors qu’elles y vont en tant que citoyennes, pour s’informer sur qui elles vont élire démocratiquement. Bien sûr, tout cela est lié au fait qu’on a une société un peu plus patriarcale qu’égalitaire. Il y a eu des évolutions mais on est assez loin de la parité de traitement du genre. Mais les jeunes femmes d’aujourd’hui sont différentes de celles de ma génération. Elles ont moins d’inhibition, même si cela ne veut pas dire qu’elles pourront grimper les échelons plus rapidement que leurs collègues masculins.

Quel chemin adopter pour atteindre cette parité ?

Un code d’éthique ne suffit pas. Il faut un engagement. Cela doit venir de la société elle-même, dans la structure systémique en termes d’égalité des genres dans les familles, dans l’éducation, dans la rue etc. Cela peut passer par le contenu pédagogique, par la sensibilisation, l’exemple que l’on donne soi-même quand on est dans des postes de responsabilité.

Est-ce que les femmes ont davantage de sensibilité dans certains secteurs de la profession ?

Certes, il y a ce qu’on appelle la sensibilité féminine que j’appelle plutôt une sensibilité sociale. Certains hommes en ont aussi. Cela n’a pas trait à la nature du sexe de la personne. L’origine géographique, la classe sociale, l’origine culturelle peuvent aussi entrer en jeu. Pour moi, chacun a quelque chose à apporter si tant est qu’on a une vision claire de ce qu’on veut faire, qu’on a un climat de confiance et de sécurité dans les entreprises de presse. On peut avoir des directions à visage humain. C’est tout un ensemble de facteurs. Le changement doit venir de la société, des lecteurs par exemple, qui peuvent réagir pour dire que ce que vous avez écrit est complètement sexiste et inacceptable. Ou alors suggérer d’interviewer d’autres personnes. Il faut qu’il y ait un questionnement.

Le mot de la fin…

Il y a des évolutions. On ne peut pas dire que la presse est complètement mal faite. Il y a beaucoup d’acteurs qui sont entrés dans le métier depuis 2015, surtout sur les plateformes numériques. Les jeunes femmes journalistes sont très dynamiques et bien plus vocales que celles de ma génération mais elles ont aussi plus d’obstacles car il y a plus de compétitions. Les employeurs en profitent aussi pour offrir le strict minimum, voire même en dessous du minimum. Mais la presse est extrêmement importante dans une démocratie. On peut la critiquer mais on aime bien notre presse qui est très ancienne, diverse et variée. Le plus gros souci, c’est le sensationnalisme et l’aspect commercial. Il faut trouver un modèle plus réconciliable avec ce que nous souhaitons comme démocratie.