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La COVID-19 a entraîné l’économie mondiale vers une récession sans précédent. Ouverte sur le monde, l’économie mauricienne est sérieusement impactée. En effet, la contraction économique est bel est bien réelle et se traduit par des licenciements, des baisses importantes dans les revenus des entreprises et la chute libre du pouvoir d’achat. Depuis le confinement, le panier de la ménagère coûte cher, étant donné la hausse vertigineuse des prix. La majorité de la population souffre dans le contexte actuel. Selon Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers, notre situation économique « sera précaire » tant que l’économie mondiale ne se redressera pas. Pour l’économiste et cofondateur et directeur non-exécutif de Legacy Capital, « nous devons nous réinventer face à cette crise ». Alors que pour Jane Ragoo, syndicaliste au sein de la Confédération des travailleurs du secteur privé, le pouvoir d’achat des Mauriciens a lourdement chuté depuis le confinement.

Suttyhudeo Tengur :  « On a abusé des consommateurs »

Dans le sillage du couvre-feu sanitaire, nombreux sont ceux à avoir perdu leur emploi ou sont contraints au chômage technique. Comment faire pour relancer l’économie, et donc le pouvoir d’achat ?

Le “lockdown” ou le confinement a été une première historique pour le pays. Jamais dans nos annales, le pays n’a été soumis à un tel régime où toutes nos habitudes quotidiennes ont été bousculées. Port de masques obligatoire, distanciation sociale, nouvelles normes d’hygiène pour se laver les mains régulièrement en suivant le protocole de l’Organisation mondiale de la Santé. Toutes ces mesures ont été légiférées par le Parlement mauricien pour apporter au pays une « nouvelle normalité ». À un certain moment de cette période de confinement, il y a eu une certaine panique parmi la population. D’où la bousculade pour l’approvisionnement alimentaire. Avec ce bref tableau sombre, venons-en à la situation réelle. L’île Maurice comme tous les pays du monde atteints de cette pandémie où les ravages ne peuvent être quantifiés – des millions de personnes atteintes et des morts par milliers – a pu, par la force de sa population, minimiser les dégâts au strict minimum, d’abord sur le plan de la santé publique où le nombre de cas de COVID-19 a pratiquement disparu, et ensuite sur les plans social et économique où le gouvernement est venu avec des plans tels le Wage Assistance Scheme et le support financier aux PME pour soutenir l’emploi. Malgré ces efforts de l’Etat, il y a des secteurs qui ont été les plus touchés dont particulièrement le secteur touristique. Malgré ces supports financiers étatiques, ceux qui étaient employés indirectement, notamment les taximen et autres travailleurs parallèles dans ces secteurs, ont été mis au chômage technique. Dans cette perspective, le ministre des Finances a prévu une croissance économique négative et une hausse du taux de chômage. Malgré cette situation peu reluisante, nous ne sommes pas encore dans un état d’alerte où il y a pénurie alimentaire ou déséquilibre qui puisse provoquer un chaos social. Notre commerce international se poursuit assez normalement et nos secteurs productifs, hormis le secteur touristique qui est en panne en raison de la fermeture des frontières fonctionnent normalement. L’agriculture, le secteur manufacturier, le secteur financier et le secteur informatique opèrent normalement. Ces trois piliers économiques peuvent soutenir l’économie malgré des prévisions négatives quant à la croissance économique du pays. J’estime que la population mauricienne est assez consciente de la situation et est prête à relever les défis.

N’y a-t-il pas, du fait de la conjoncture, des abus envers les consommateurs, comme nous en avons vu pendant le couvre-feu sanitaire ?

Certainement. Nous avons observé durant la période de mars à juin dernier un abus sauvage de la part des commerçants, que ce soit de la part des grandes surfaces commerciales ou des petits commerçants du coin. La population dans cette période difficile et de panique n’avait d’autre choix que d’accepter les diktats des commerçants sans scrupule. Nous avons dénoncé cette situation et il y a eu une action tardive du ministère de la Protection des consommateurs avec un peu plus d’un millier de verbalisations des commerçants. Sinon, la population a dû endurer toutes ces secousses sismiques au niveau prix. On a abusé des consommateurs. Ces derniers sont aujourd’hui désabusés, leurs portefeuilles amoindris… C’est assez malheureux de voir que les autorités ont pris du temps pour agir afin de mieux protéger les couches sociales les plus défavorisées. Cette réaction léthargique aurait pu avoir de graves conséquences sociales.

Assurer une relance générale tout en préservant l’emploi et maintenant les acquis des travailleurs n’équivaut-il pas à un numéro d’équilibriste ?

Le Premier ministre sait que le gouvernement joue l’équilibriste et particulièrement, le ministre des Finances est sur une corde raide. Depuis le confinement, l’Etat a déboursé des milliards de roupies pour d’une part maintenir l’emploi, et d’autre part s’assurer que la cohésion sociale n’est pas mise à rude épreuve. Jusqu’ici, les mesures prises par le gouvernement ont contenu l’effet de choc. Mais pendant combien de temps cela va durer ? Car la pandémie ne cesse de créer des problèmes au niveau mondial avec une recrudescence dans plusieurs pays européens, soit en France, au Royaume-Uni, en Espagne et j’en passe.

Il ne faut pas oublier que notre développement économique est étroitement lié au développement économique des pays européens, américains, asiatiques et africains. L’ouverture des frontières demeure la question primordiale de ce développement. Tant que la situation pandémique ne se stabilise au niveau international, notre situation économique restera précaire. Donc, tous les Mauriciens, du plus riche au plus pauvre, doivent être en état d’alerte afin de parer à toute éventualité, surtout avec l’ouverture de nos frontières depuis le 1er octobre. Il nous faut éviter à tout prix une recrudescence de cette épidémie à Maurice. Sinon, la situation risque d’être encore plus sombre et l’avenir du pays sera en péril.

Cette crise a mis en relief les failles de nos sociétés globalisées. Ne devrait-on pas plancher sur un système plus résilient aux chocs systémiques ?

Nous vivons à l’ère de la libéralisation économique. Nous sommes signataires d’accords avec l’Organisation mondiale du Commerce et à ce titre, nous sommes obligés de nous conformer aux normes internationales du commerce. Cela dit, nous ne pouvons pratiquer une politique protectionniste pour certains produits. Cela est fortement interdit. Avec l’OMS, nous sommes condamnés à être dans un état de dépendance et d’interdépendance pour notre survie. Outre notre production sucrière et manufacturière, et l’agriculture dans son ensemble avec la production vivrière presque autosuffisante, nous vivons de nos services financiers et technologiques à travers l’informatique. Les services financiers se comportent plutôt bien. En termes alimentaires, outre notre production vivrière, nous dépendons énormément des importations des commodités essentielles, notamment les grains, le riz, la farine, les céréales, la viande et le lait en poudre, pour alimenter la population mauricienne. Nous n’avons pas d’autre choix que de consolider nos acquis, notamment notre savoir-faire dans le domaine sucrier, notre capacité de production manufacturière et notre intelligence dans les domaines financiers et technologiques pour survivre. Il n’y a aucun secret ni de baguette magique pour remonter la pente sur les plans économique et sociologique et refaire de Maurice un pays où le bien-être est non seulement physique mais aussi moral.

Qu’est-ce qui fera la réussite de Maurice dans la conjoncture actuelle ?

J’estime que le génie mauricien fera ses preuves dans ces circonstances difficiles. Le Mauricien est connu pour sa débrouillardise et il peut faire des merveilles. Il ne nous faut pas dépendre non plus de la subsistance de l’Etat pour survivre. Même si cela est nécessaire à court terme. Il nous faut être fiers et nous tenir sur nos propres jambes pour défier le temps et l’espace. À un moment où Maurice a fortement besoin d’une solidarité sans faille, j’estime que toute manifestation pour réclamer la démission du gouvernement ou pour toute autre revendication est futile et est une perte d’énergie et de temps. Il nous faut, au contraire, revoir nos capacités pour les mettre positivement au service du pays et pour le bien-être de la population. Avec le pays qui traverse un moment extrêmement difficile tant sur les plans sanitaire, économique et social, tout excès de zèle ne sert strictement à rien, sinon à servir certaines causes individuelles ou politiques…

Swadicq Nuthay : « Il faut que cette crise nous pousse à nous réinventer »

Alors que le monde se bat toujours pour relancer l’économie dans le sillage de la COVID-19, que peut faire un petit pays comme Maurice ? A-t-on réellement la latitude nécessaire pour agir ? Et si oui, comment ?

Comme prévenu par les économistes, le monde est plongé dans une récession économique, d’une sévérité sans précédent depuis la grande dépression de 1929. Selon les dernières estimations de la FMI, on s’attend à une contraction du PIB mondial de 4,9% en 2020, mais cela pourrait être encore plus sévère si le monde est frappé d’une seconde vague et qu’un vaccin n’est pas trouvé de sitôt. Les conséquences sur les pays dits moins avancés seront dramatiques.

À Maurice, on est techniquement entré en récession économique après deux derniers trimestres de croissance négative du PIB : 2% et -32,9% respectivement. Il est évident qu’un vaccin contre la COVID-19 soit indispensable pour un retour à la normale des activités économiques globales. Notre secteur touristique, qui pèse presque 25% du PIB, est lourdement impacté, idem pour le secteur manufacturier et de la construction. Selon le dernier rapport de Statistics Mauritius, pour Q2 2020, le secteur touristique, manufacturier et construction ont contracté de 98,1%, 43,6% et 89,4% respectivement comparés à l’an dernier.

Si le budget a apporté une aide financière pour sauvegarder les emplois et empêcher une fermeture généralisée des entreprises à travers le Wage Assistance Scheme, entre autres, ce n’est qu’une solution à court terme. Il faut que le citoyen lambda arrive à comprendre que la crise est bien réelle et qu’il n’existe aucune solution miracle pour éviter une situation économique qui va malheureusement continuer à s’aggraver. Le pays ne dispose pas de moyens ou de réserves illimitées pour éviter un tel scénario. Il s’agit donc bien d’un scénario sans précédent auquel l’économie globale fait face aujourd’hui. Maurice, étant très dépendante du monde extérieur, est très impactée et nous devrons nous attendre à une contraction autour de 15% du PIB cette année. En 2021, il faut s’attendre à un impact encore plus conséquent sur la population.

Les autorités ont injecté des milliards pour la préservation des emplois et la relance des activités économiques. Cela suffit-il ou y a-t-il d’autres moyens que simplement l’injection de capitaux ?

Aussi longtemps qu’il n’y a pas l’ouverture des frontières et une reprise des activités économiques généralisée, nous aurons à faire face à une reprise économique très lente, étant une économie ouverte axée vers l’exportation de biens et de services. L’ensemble des mesures entrepris par l’état à ce jour n’est qu’un levier fiscal servant à absorber temporairement le choc, mais cela a ses limites. De plus, c’est de la fiction de croire que le gouvernement peut créer de la monnaie gratuitement et venir en aide aux entreprises et les personnes touchées par la crise sans aucun coût. L’économie, c’est un “zero sum game”. Pour chaque roupie dépensée, quelqu’un d’autre doit passer à la caisse.

Par contre, comment sortir des chantiers battus ? Il est primordial d’adresser les contraintes structurelles auquel le pays fait face, telles que le “mismatch” des compétences, la baisse dans la productivité et la compétitivité, et les hausses dans les coûts opérationnels afin de mieux sortir de la crise économique post-confinement. Des mesures appropriées pour baisser les coûts de production, telles des avantages fiscaux ou congés fiscaux, pourront dans un premier temps encourager les exportations manufacturières, les investissements directs étrangers et les activités commerciales.

Il faut que cette crise nous pousse à nous réinventer. Il faut créer les conditions, où chacun peut prendre l’initiative, développer ses idées et en faire un projet, et ce quels que soient son origine, sa condition et son parcours professionnel. Ce potentiel existe : il se trouve dans la croissance surtout de nos entrepreneurs, particulièrement les PME. Malgré la détermination de beaucoup d’entrepreneurs, le fait demeure qu’ils font face à des “road-blocks” à plusieurs niveaux. Il faut que les autorités arrivent à déverrouiller les principaux freins à leur croissance, afin de libérer leur capacité d’emploi et d’innovation. Il nous faut nous donner les moyens pour relancer les activités et éviter une trop grande dépendance de la population et des acteurs économiques sur l’aide financière de l’État. Rappelons-nous ce dicton de Confucius : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson. »

Avec une croissance négative depuis le confinement, le développement peut-il suivre ? Ne devrait-on pas au contraire plancher sur un système plus résilient aux chocs systémiques ?

Il faut qu’on réalise que l’impact de la crise ne sera pas de courte durée. Si cette année a été difficile, 2021 ne le sera pas moins et sera peut-être pire. Par contre, nous devons nous saisir de la situation pour peut-être améliorer l’efficience et la structure existante de notre économie d’un point de vue macro-économique, et ce afin d’être plus résilients face aux défis qui nous guettent. Il n’y a pas de solution miracle, mais nous devons nous atteler à améliorer l’opération et la performance des institutions clés, telles la DBM, FSC, EDB, etc. pour pouvoir répondre au mieux aux exigences des investisseurs et des entreprises incluant les PME. Il nous faut identifier les avantages comparatifs de notre économie et investir en conséquence, encourager l’investissement par exemple à travers des partenariats entre les investisseurs étrangers et les entreprises mauriciennes. Il faut aussi éviter à tout prix que le pays perde sa capacité à produire et qu’on soit capable de rebondir quand l’économie mondiale repartira.

Les enjeux environnementaux sont-ils compatibles avec la croissance selon vous ?

Les enjeux environnementaux et la croissance sont complémentaires. Nous devons prôner une politique axée sur l’innovation et le développement durable. L’économie bleue et l’économie verte représentent des opportunités réelles. Il faut enfin mettre sur pied l’écosystème pour encourager l’investissement dans l’économie bleue. C’est notre futur, on possède l’une des Zones économiques exclusives les plus importantes au monde. Nous devons promouvoir davantage le “green financing”, qui est un instrument pour le financement de projets verts, avec des avantages écologiques, et qui a pour but d’atténuer les risques du changement climatique. Ces types d’instruments sont maintenant utilisés globalement, non seulement par les sociétés d’énergies renouvelables, mais aussi par des fonds souverains et des organes supranationaux. Cela pourrait bien attirer des investissements directs étrangers.

Jane Ragoo : « Le gouvernement doit écouter le peuple »

Alors que le monde se bat toujours pour relancer l’économie dans le sillage de la COVID-19, croyez-vous que les mesures prises par le gouvernement sont suffisantes pour protéger les entreprises et les employés ?

Analysons d’abord ce qu’a fait le gouvernement. Suite à une rencontre entre le monde syndical et le gouvernement où les ministres Soodesh Callichurn, Alan Ganoo, Maneesh Gobin et Joe Lesjongard étaient présents, soit à la veille où le pays allait être en confinement, les syndicats avait demandé des protections pour les travailleurs, que ce soit sur le plan financier, pour leur santé et leur sécurité au travail. Par la suite, le gouvernement a présenté une circulaire sur le site web du ministère du Travail pour dire que si une entreprise demande à ses employés de travailler, il faudrait impérativement avoir les protections nécessaires, soit le gel hydroalcoolique, le masque, le transport et le permis que la police devait donner. Cela a été respecté. Et pour tous ceux qui allaient travailler, il n’y avait pas d’heures supplémentaires et certaines personnes dans le secteur essentiel devaient aller travailler. Ils étaient payés, mais ce qui est plus important, c’est que tous ceux qui sont restés à la maison ont été payés par la Mauritius Revenue Authority vu qu’on était enregistré sous le National Pension Fund. Mais pour le secteur informel, étant donné qu’ils ne contribuent pas au NPF, le gouvernement est quand même intervenu avec Rs 5 100 pour que personne ne meure de faim. Après la période de confinement, soit le 2 juin, nous n’avons pas eu autant de personnes qui sont parties travailler. Les gens dans le domaine touristique ne sont pas partis travailler, mais le gouvernement a continué à payer les salaires. Le problème se pose lorsque le gouvernement a présenté une certaine protection pour les travailleurs, mais elle concernait plutôt les entreprises avec plus de 15 employés. Une entreprise qui emploie plus de 15 employés n’a pas le droit de licencier parce que le gouvernement a mis sur pied trois sources de financement qui permettent à un employeur de contracter un emprunt pour payer les salaires. Mais le problème survient concernant les entreprises qui emploient moins de 15 personnes. Ici, il est véritable car ces employeurs n’ont pas de cœur et profitent de la situation pour licencier. Beaucoup de personnes sont licenciées. Est-ce qu’il y a déjà 75 000 chômeurs ? La CTSP a parlé au ministère du Travail pour dire pourquoi offrir une certaine protection rien qu’aux entreprises de plus de 15 employés. Il faut étendre cette protection à tous les employés. Même si une entreprise a moins de 15 employés, ces derniers doivent être protégés. Il faut forcer les employeurs à prendre un emprunt jusqu’à ce que la situation retourne à la normale car nous sommes dans une situation catastrophique et nous devons tous vivre. Il faudrait protéger tout le monde.

Ne devrait-on pas profiter de la crise sanitaire pour revoir notre modèle économique global ? Y a-t-il suffisamment de mesures incitatives pour prévenir le spectre du chômage ?

J’ai cru que le confinement nous aiderait à réfléchir au modèle économique dans lequel nous étions et qu’il y aurait des mesures pour changer notre façon de penser, comprendre que nous vivons une seule fois et que tout le monde a droit à une vie décente et des conditions de travail décentes. Je croyais que les 72 jours passés en confinement, on se serait donné le temps d’y réfléchir. Je parle plutôt des employeurs, je pensais vraiment voir un changement de mentalité et qu’on aurait pu discuter de la meilleure façon de voir les choses et protéger tout le monde, surtout que nous ne sommes que 1,2 million d’habitants. Cela aurait été tellement facile de trouver ensemble des mesures pour vivre correctement. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. La CSTP a écrit une lettre de dix pages au Premier ministre pour lui dire ce qu’on devrait faire. Nous avons mis l’accent sur la sécurité alimentaire, dire que nous pouvions travailler plus facilement avec la terre. Nous avons aussi parlé d’avoir moins d’heures de travail pour pouvoir nous occuper de notre famille, d’avoir un jardin pour produire nos légumes. Beaucoup de nos mesures ont été retenues dans le budget mais elles sont toujours sur le papier. Il faudrait veiller à ce que ces choses soient prises en considération et mises en application. Nous avons une année à attendre pour le prochain budget pour voir la réalisation de tout ce qui a été dit. Mais nous devons nous serrer les coudes et attendre janvier 2021 pour voir ce qui va se passer.

Avec une croissance négative depuis le confinement et une perte du pouvoir d’achat, comment peuvent survivre ceux qui sont économiquement faibles ?

Nous avons tous subi la perte de pouvoir d’achat pendant et après le confinement. Les supermarchés ont profité de l’occasion pour augmenter les prix terriblement. Le lait qui était à Rs 169 a augmenté à Rs 234. En ce moment, le prix est descendu à Rs 208. Mais toujours est-il que le prix était à Rs 169. Ceux qui sont plus faibles continueront à souffrir. Le gouvernement a pris des mesures pour protéger les consommateurs mais il n’y a pas assez de surveillance car les supermarchés continuent de faire la pluie et le beau temps. Il n’y a pas de surveillance quotidienne. Le gouvernement devrait s’asseoir en novembre pour discuter de la compensation salariale à payer. C’est très important que les travailleurs soient compensés même s’ils nous disent que le taux d’inflation est moins de 5%. Je ne pense pas qu’on puisse mesurer la perte de notre pouvoir d’achat par rapport au taux qu’ils vont annoncer. Il faut réellement voir ce qui se passe sur le terrain. Ceux qui sont plus faibles souffrent. Ceux qui touchent plus de Rs 25 000 essaient de s’accommoder et peuvent survivre, mais ceux qui touchent moins que Rs 25 000 souffrent. Le gouvernement doit venir avec des “income support” pour ceux qui ont des médicaments à acheter. Nous sommes dans une situation vraiment difficile. Le gouvernement doit écouter le peuple au lieu d’écouter certains de ses conseillers.

Ne devrait-on pas profiter de la crise sanitaire pour revoir notre modèle économique global ? Notamment, en privilégiant la production locale, l’autosuffisance et l’entraide communautaire…

Dans le document de dix pages soumis par la CTSP au Premier ministre, l’accent a été mis sur la sécurité alimentaire car nous avons tous souffert pendant la période de confinement. Les planteurs souffrent toujours car ils n’arrivent pas à écouler leurs produits sur le marché. Le budget avait annoncé la transformation de nos légumes mais nous ne voyons rien venir jusqu’à présent. Je pense que notre île, Rodrigues et Agalega, nous devons voir comment produire plus au lieu d’importer des produits de l’extérieur. On peut aller vers le “barter system”. On peut produire nos propres œufs, faire du “roof gardening”. Le gouvernement aurait pu venir avec un système pour ceux qui ont laissé leur terrain à l’abandon et offrir à ceux qui vivent dans des appartements et qui sont intéressés à la culture. Ces terrains vont, bien sûr, être rendus à la requête des propriétaires. Cela pourra faire baisser le prix. Les Rodriguais produisent ce qu’ils mangent. Pourquoi on ne le fait pas à Maurice ? Il faudrait impérativement beaucoup d’efforts dans la production de notre alimentation car c’est vital.

Croyez-vous que la COVID-19 est une belle excuse pour les entreprises de trouver des astuces afin de se refaire une santé financière, soit en mettant à la porte certains employés ?

À la CTSP, nous le constatons tous les jours. C’est pour cette raison que nous avons forcé le gouvernement à présenter plusieurs amendements aux lois du travail après le confinement pour protéger les travailleurs car les compagnies ont commencé à profiter de la situation pour mettre les gens à la porte. Il faut carrément citer ces compagnies. Mais qu’est-ce qui va se passer après le 31 décembre ? Nous sommes sur le qui-vive. Nous allons surveiller cela car certaines entreprises vont essayer de licencier et iront devant le Redundancy Board. Par ailleurs, les entreprises ont aussi voulu changer les conditions de travail. Si une personne travaille pendant ses heures normales, certaines compagnies vont changer cela pour que le travailleur soit mis sur un “shift system”. Mais le syndicat a pu mettre un frein à cela. Mais la majorité des employés du secteur privé ne sont pas syndiqués. Alors imaginez le calvaire de tous ces travailleurs car il y a encore des employeurs sans scrupule qui essaient de changer les conditions dans leur intérêt.