De nos jours, on entend de plus en plus parler d’une nouvelle manière de consommer, de donner une seconde vie à des vêtements et autres objets recyclés. L’idée est de sensibiliser tout un chacun à une consommation plus responsable et solidaire. Beaucoup d’entreprises mauriciennes veulent jouer dans la cour de la transition environnementale et de l’économie circulaire pour améliorer le niveau de vie et le pouvoir d’achat des Mauriciens. On parle aussi de la génération des “millennials” ou des “digital natives”, allusion aux jeunes qui dépendent des technologies. Avec la COVID-19, beaucoup ont revu leur priorité en termes d’achats. Et si acheter du recyclé permettait de mieux gérer son budget, de profiter d’un vêtement d’un autre à moitié prix et de lui redonner une nouvelle personnalité, pourquoi hésiter ? Le Mauricien a tâté le pouls de quatre enseignes : Netlab et son concept de Dressme.mu, Laura Constantin de Kipoufer, une PME qui donne vie aux déchets, Ted Dantier, de Recyclo Crafting Ltd, et Élodie Adone, de Créloa, spécialisée dans les serviettes hygiéniques écolos.

Élodie Adone : « Des serviettes hygiéniques en tissu pour le côté écolo »

Ce qui plaît d’emblée dans l’approche d’Élodie Adone, c’est le sens de créativité dont a su faire preuve cette jeune femme. À travers son entreprise Créloa (Création Élodie Adone), Élodie s’adresse aux femmes qui, tous les mois, doivent investir dans l’achat de serviettes hygiéniques. Pour prévenir les éruptions cutanées face à une matière à laquelle sont allergiques certaines femmes, Élodie a choisi de créer des serviettes jetables réutilisables.

« J’ai moi-même eu quelques soucis de santé avec ces produits vendus sur le marché et j’ai décidé de créer des pads jetables. Ma matière de fabrique tourne essentiellement autour du tissu et du coton et de là, je laisse libre cours à mon imagination. »
Permettre à la femme de vivre pleinement sa féminité tout en se sentant sécurisée, tel est le défi de cette jeune créatrice de 26 ans. « J’ai contribué en partie à briser le tabou. En 2020, il y a encore beaucoup de femmes qui ne possèdent pas assez de connaissances et d’informations sur les règles et leur propre corps. »

Ces pads écolos sont livrés avec une pochette imperméable glissée subtilement dans le sac et qui peut dépanner les femmes. Élodie mise beaucoup sur le confort de la femme dans la réalisation de son produit écolo tout en optant pour des motifs fleuris. Selon Élodie Adone, un tissu avec motif coloré est une meilleure façon pour la femme de se sentir en confiance pendant ses règles. « De plus, les serviettes Créloa contribuent à un environnement plus durable. Les femmes aiment beaucoup ce confort fait main et le produit est local, un détail qui aide à promouvoir le Made in Moris. »

Son utilisation est simple : « La particularité des tampons est qu’ils ne renferment aucun produit chimique et doivent être changés toutes les quatre à six heures. Les serviettes jetables ne sont pas biodégradables et comprennent des composants en plastique, alors que les serviettes réutilisables sont en tissu. Je souhaite que les serviettes réutilisables soient choisies par plus de femmes. Cela les aidera davantage à changer la façon dont elles vivent leurs règles, pour une période plus saine et plus écologique tout en leur permettant de faire des économies, de soutenir une petite entreprise locale et aidant du coup l’économie locale. » Créola voit grand dans sa démarche et a aussi fabriqué des ronds de démaquillants et des lingettes pour bébés.

Ludovic Balloux : « Le vrai changement commence par un mode responsable »

Ludovic Balloux

Le textile est la deuxième industrie et la plus polluante au monde. Ludovic Balloux, COO de Netlab, vient de lancer il y a quelques semaines la plateforme Dress.mu pour la vente de vêtements d’occasion. Un marché facilité par le digital et s’adressant à un public qui veut consommer et s’habiller autrement. En créant Netlab il y a cinq ans, il voulait avec weshare.mu mettre en place une plateforme dédiée aux petites annonces d’objets seconde main. Avec 820 000 visiteurs annuels sur le site, celui-ci est devenu le site le plus fréquenté à Maurice par des utilisateurs en situation d’achat.

L’objectif de Netlab, selon Ludovic Balloux, est « d’être un facilitateur de lien social mais aussi d’être un acteur majeur de l’économie collaborative. » Plus de trois Mauriciens sur quatre, selon lui, utilisent aujourd’hui les plateformes Netlab et ce, dans divers secteurs à la recherche d’un produit moins onéreux. Avec Dressme.mu, Netlab entend sensibiliser les Mauriciens à une consommation écoresponsable circulaire en leur offrant le choix de vendre leurs vêtements de seconde main auprès de la plus grande communauté digitale de Maurice.

Dans le même ordre d’idées, Ludovic Balloux évoque une consommation équilibrée entre le neuf et les vêtements de seconde vie, en expliquant que 30% des gens utilisent les vêtements qu’ils possèdent. D’où l’idée de revendre le reste et de leur donner cette deuxième vie. « Notre démarche est de faire comprendre que les produits de seconde main sont moins onéreux qu’adhérer à ce style de vie, c’est limiter son empreinte carbone. On veut surtout éviter que les gens tombent dans de la surconsommation et que le vrai changement commence par un mode responsable. »

Pour avoir accès à Dress.me.mu, Ludovic Balloux explique qu’il suffit de déposer une annonce sur le site et qu’une équipe se chargera de vérifier si le produit est identique à la photo tout en invitant le vendeur à mieux décrire son produit. L’annonce, une fois validée, restera sur le site pendant une soixantaine de jours et pour l’achat final, il suffira de prendre contact directement avec le vendeur. De plus, Dressme.mu est une plateforme gratuite. La particularité de ce type de vente est qu’elle repose sur trois axes majeurs : l’humain, le fait de pouvoir améliorer son pouvoir d’achat et de pouvoir toucher bon nombre de clients. De plus, Netlab permet à ses utilisateurs d’avoir un User service gratuit de 8h à 22h, six jours sur sept, tout en les accompagnant dans leur démarche de présentation de leurs biens et objets. Toutefois, insiste le COO de Netlab : « Nous n’achetons ni ne vendons, le modèle est CtoC. Notre rôle est de permettre uniquement cette mise en relation entre vendeurs et acheteurs en leur proposant des vêtements, voire aussi des chaussures, des accessoires de seconde vie pour les enfants, les femmes et les hommes. Car notre principe repose uniquement sur le concept de vente et d’achat entre particuliers avec une équipe de qualité et des modérateurs qui approuvent les annonces postées sur la plateforme. La livraison finale se passe entre le vendeur et le client avec remise en main propre et paiement alors que d’autres choisissent d’avoir recours aux services de livraison. »

Rien que pour cette audience, Ludovic Balloux estime pouvoir cerner 100 000 utilisateurs sur les deux premiers mois, s’attendant à une croissance à deux chiffres les mois suivants. « Nos attentes reposent sur l’humain, sa manière de consommer et les réflexes associés aux démarches d’achat-vente. »
Fort de ce succès, Ludovic Balloux annonce la naissance de trois nouvelles plateformes d’ici fin décembre. À savoir que Netlab possède à l’heure actuelle cinq plateformes d’offres centralisées dans les objets de seconde main, l’immobilier, les voitures d’occasion, l’entraide entre particuliers et les vêtements de seconde vie. Ludovic Balloux indique dans la foulée que développer ce créneau de « seconde main aide à consommer plus intelligemment et de manière responsable ».

Laura Constantin : « Du surcyclage pour transformer le jetable en produit innovant »

Sa devise est de « rendre visibles les invisibles », dans le registre des déchets, Laura Constantin est devenue une pro du surcyclage. Cette technique consiste à transformer ce qui est jetable en produit innovant. De plus, chacun de ses produits achetés sous le label K aide un entrepreneur mauricien à décoller. Son enseigne Kipoufer est à la fois garante d’un certain savoir-faire dans le tri des déchets. Se décrivant comme une femme entrepreneuse, bricoleuse, Laura Constantin a recyclé sa maison de Pointe-aux-Sables à 90% avec des objets de récup.

Son travail est novateur et porte surtout sur la préservation de l’écologie. Elle est ainsi parvenue à faire d’un meuble jetable un poulailler de luxe ! Des idées foisonnent dans sa maisonnette de Pointe-aux-Sables. Laura a de l’œil et chaque objet jeté, elle le recycle avec ses idées à elle. « Les produits choisis par nous à Kipoufer regroupent trois catégories d’objet, l’artisanat alimentaire, l’art et la production, le travail de verre, du métal et du bois. Notre mission est d’éradiquer la pauvreté pour un avenir meilleur et notre rêve est qu’ensemble, nous puissions changer le monde.»
Lancée en mai 2017 avec une amie française, Kipoufer transforme les déchets « en quelque chose de beau et d’utile ».

Cette méthode, connue au départ comme de l’“upcycling”, a très vite trouvé ses marques. Aujourd’hui, Laura propose du surcyclage qui consiste à donner une nouvelle orientation de vie à un objet jeté aux ordures.

Sa plateforme sert à conscientiser les artisans et à être un intermédiaire entre eux. Elle le dit d’ailleurs : « Maurice renferme beaucoup de déchets, les gens jettent leurs ventilateurs, machines, meubles et autres dans la nature sans réfléchir aux conséquences. » Récipiendaire de deux prix dont l’un pour TEF Foundation Association Nigeria regroupant les entrepreneurs africains de 54 pays et cette année, D 1000, Digital Africa en France, la renommée de Laura a dépassé les frontières. « Mon métier est une forme d’aboutissement en sensibilisant les Mauriciens sur leurs habitudes de consommation. Palettes en bois, polystyrène, roues de bicyclettes, tuyaux, panneaux de signalisation, tout peut être recyclé. Il n’y a qu’à voir à la plage le volume de déchets accumulés. »

Au cœur de la nature, Laura puise son inspiration en donnant une seconde vie aux déchets à tel point que sa réutilisation créative des objets a fait des émules. Elle envisage même une construction de ressourcerie à Pointe-aux-Sables avec ce désir inné de travailler avec des artisans locaux et de mettre en lumière leur talent. « Kipoufer est une association qui veut donner de la visibilité aux initiatives du surcyclage. La COVID-19 a poussé beaucoup de gens à la réflexion et je souhaite que la mentalité change et que les gens ne dépensent plus leur argent sur des meubles chers qu’ils ne pourront payer mais se concentrent sur le recyclé qui est à la fois non polluant pour l’environnement et à moindre coût. »

Recyclo Crafting Ltd : l’art de la récup

Lancé durant la période de confinement, Recyclo Crafting Ltd fait dans du recyclage d’objets grâce à la passion de Teddy Dantier, un jeune qui, lui-même, reste bouche bée devant le succès rencontré. Entre bacs de rangement, quelques meubles simples, tous provenant du recyclage de palettes et d’autres pièces de bois, on est séduit par ce nouveau concept.

Pourtant, Ted Dantier avait choisi une autre carrière, passant huit ans en Chine à étudier l’architecture. Il devient enseignant en anglais et gère un centre de formation. L’an dernier, il quitte la Chine pour son île natale en proposant dans un premier temps des cours en e-learning, mais devant la passion de ses parents pour les vieux meubles, Ted se laisse tenter et crée Recyclo Crafting Ltd. « On prend des déchets des dépôts-ventes, des greniers, des vieux meubles et on les détourne en des objets utiles et pratiques. Il y a surtout ce rapport qualité-prix qui séduit. Depuis le confinement, il y a eu des améliorations dans la fabrique, je crée des dessins originaux et sur demande de mes clients aussi. » Parmi ses plus belles réalisations, une table basse avec couvercle qui sert à la fois de sofa ou qui peut être mis contre le mur sous forme de bibliothèque.