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Employés, employeurs, entrepreneurs, entre autres, entreprises et business ont été durement frappés durant la période de confinement. Il en est de même pour les grandes marques présentes dans certains centres commerciaux. Cette situation plonge tous les concernés dans l’angoisse. Du côté des employés d’Air Mauritius, comme au sein d’autres entreprises qui passeront par des changements, les uns et les autres peinent à penser que c’est tout leur avenir et leur mode de vie même devront être revus du jour au lendemain. À cette situation pénible s’ajoutent les craintes liées aux nouvelles lois imposées par le gouvernement. Une partie de Maurice rentre dans la zone du désespoir.
À bientôt 50 ans, N.D a toujours travaillé comme steward chez Air Mauritius. Maintenant que la compagnie nationale d’aviation est sous administration lui-même et ses collègues sont conscients que le pire est envisageable. « Ça me prend à la gorge, je ressens un mélange de peur et de rage. Pas uniquement pour moi mais pour tout le monde. À ce jour, je ne sais pas si la compagnie me gardera ou pas. Ou dans quelles conditions je serai appelé à travailler. J’ai des responsabilités familiales, des dettes, la scolarité de mes enfants. Je ne sais pas comment faire. Tous nos projets familiaux ont été mis en suspens. » Ce sentiment revient chez des commerçants et des chefs d’entreprise qui parlent d’une situation « chaotique. »
Daoud Ingar, PDG de Mado Parfums & Co Ltd indique « Nous n’avons réalisé aucun chiffre d’affaires pendant le confinement. » Dominique Filleul, directeur général de City Sport Maurice souligne : « La période de fermeture a été catastrophique en termes de manque à gagner. » La compagnie emploie quelque 150 employés répartis à travers 17 boutiques. « Nous essayons de trouver un accord avec les propriétaires des bâtiments que nous occupons pour qu’ils allègent les loyers qui sont demandés. C’est la première bataille qu’il faudra gagner pour éviter de sombrer. »
Même constat du côté de Mado Parfums & Co Ltd qui compte 12 points de ventes et 91 salariés. Le PDG fait ressortir : « Bien qu’une partie des salaires de base soit prise en charge par les autorités », d’autres obligations demeurent comme payer les fournisseurs et les marchandises qui ont déjà été commandées pour la fête des mères. « Le fret coûte cinq fois plus désormais. Nous devrons absorber cette charge supplémentaire de nos réserves, c’est sans oublier nos frais de dédouanement », relate Daoud Ingar. Dans le secteur hôtelier, l’on se voit également contraint de toucher aux réserves. Jérôme B. propriétaire et gérant d’un guesthouse/restaurant dans le nord explique qu’à l’heure actuelle : « Mon objectif principal c’est aussi de sauver l’emploi de mes salariés. »

Fermer boutique

D’ailleurs, depuis le mois de mars, Jérôme B ne se verse plus de salaire et puise dans ses économies. « À chaque mois d’inactivité les pertes atteignent Rs 350 000. » Alors qu’il prévoit de rouvrir son établissement le 1er juin, il ne cache pas ses doutes. « J’ai très peu espoir de pouvoir travailler avec le marché local car nous sommes tellement nombreux dans ce domaine pour un si petit marché. » En effet la relance du tourisme ne sera pas dans l’immédiat.

La situation est aussi très critique pour plusieurs PME. Les commerçants sont conscients qu’ils surmonteront difficilement la crise. Ameerah, propriétaire d’une enseigne de bijouterie dans les hautes Plaines-Wilhems parle d’une situation « stagnante. » En deux mois, elle n’a quasiment rien vendu même sur son site en ligne et la production est au point mort. « Étant donné que mon marché principal est le tourisme, je me vois obligée de considérer fermer boutique pour m’orienter vers un autre secteur plus essentiel à la population. » Sailesh, gérant d’un Music Shop explique que le Covid-19 a apporté le coup de grâce à son activité. « L’industrie musicale n’est pas au beau fixe depuis quelques années déjà. Est-ce que ça vaut la peine de continuer à travailler dans un secteur qui ne génère quasiment pas de profits ? » Même si les activités reprennent le 1er juin, la priorité des Mauriciens selon ce dernier sera bien différente.

Covid Bill et projets avortés

N.D, le steward d’Air Mauritius est conscient que ses revenus baisseront par 40 %. Il ne sait pas comment il fera pour s’en sortir. Là encore, s’il n’est pas mis à la porte. Sans compter le Covid-19 Act lui rajoute un stress considérable. « Je vis avec une épée de damoclès sur la tête. Est-ce que mes économies seront suffisantes pour pallier à cette baisse de revenus ? J’ai la scolarité de mes enfants, quelques petits crédits et d’autres dépenses courantes du mois à payer. Si je suis renvoyé avec qu’un mois de salaire comme compensation après plus de 30 ans de service, je ne suis pas sûr d’être en mesure de supporter cette situation. Je me sens lésé, abandonné et jeté à la poubelle comme une ordure. »
Ameerah, contrainte de puiser dans ses réserves pour payer ses deux employés, fait face à une double inquiétude. Son époux vient de prendre de l’emploi dans une compagnie de construction, avec un salaire et un poste beaucoup plus importants. « Dans cette crise, ce secteur n’est pas non plus épargné. En tant que nouvelle recrue, et surtout avec le Covid-19 Act, qui n’offre aucune sécurité aux travailleurs et qui vient plutôt bafouer les droits humains, j’ai bien peur que nous nous retrouvions prochainement sans rien. » Pourtant, au début de l’année, le couple parlait d’acheter une nouvelle voiture et d’ouvrir une deuxième enseigne. Aujourd’hui : « Tous nos projets ont été avortés et nous nous inquiétons beaucoup plus pour l’avenir de nos deux enfants qui sont toujours au collège. Nous avons fait un bond de vingt ans en arrière. »