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Cela fait plus de dix jours que  la région de Vallée-Pitot n’est plus considérée comme zone rouge. Mais les séquelles de cette décision du ministère de la Santé se font toujours sentir. Si les activités y ont repris timidement, les habitants ne digèrent toujours pas le manque de communication des autorités qui a provoqué un dérapage le lundi 7 juin.

« Le ministère de la Santé n’a pas communiqué sa décision d’étendre la durée de la zone rouge à Vallée-Pitot alors qu’on nous avait dit que les restrictions expiraient à 20h. Les habitants étaient en colère de ce manque de considération. Ce n’est que vers 21h50 qu’un communiqué est tombé pour nous informer que la durée de la zone rouge était prolongée », déplore Farouk Barahim, président de la mosquée Abu Bakr Siddique. Ce dernier se rappelle que c’est tard dans l’après-midi du 24 mai que le ministère de la Santé a informé les résidents que Vallée-Pitot allait passer en zone rouge. « Nou ti ena zis de-z-er tan pou pran provizion », explique-t-il.

C’était la panique dans la localité avec des personnes qui n’étaient pas préparées à affronter de telles restrictions, d’autant plus que beaucoup d’entre elles n’avaient même pas encore reçu leur salaire mensuel. « Il y a beaucoup de marchands ambulants et de travailleurs manuels ici. Ena dimounn travay gramatin, manz tanto dan sa landrwa la », explique, pour sa part, le travailleur social Nizam Nasroollah. Plusieurs habitants n’étaient même pas au courant de la décision du ministère de la Santé annoncée à la population lors d’un point de presse à 17h alors que les restrictions entraient en vigueur à 19h. « Avek led lapolis ki met la sirenn, ban fors viv inn al dan sak kwin Vallée-Pitot pou explik dimounn seki pe pase. Ena dimounn pa ti kone mem ki sa vedir enn zonn rouz », dit Nizam Nasroollah.

Entre-temps, c’était le panic buying dans certains coins où les boutiques étaient prises d’assaut. Même la police de Vallée-Pitot a dû faire preuve de compassion envers les habitants. « C’était un moment difficile à vivre. Nous avons fait notre travail en plaçant des barrages aux différentes entrées de Vallée-Pitot. Avec l’aide des travailleurs sociaux, nous avons pu sensibiliser les habitants de ce qui allait se passer ce jour-là », explique, pour sa part, le chef inspecteur Thomair, responsable du poste de police de Vallée Pitot.

Reza, un habitant de la rue Alma, soutient que les premiers jours étaient difficiles. « Il n’y a pas de supermarché à Vallée-Pitot, mais que des tabagies. En plus, nous n’avons pas de guichet automatique. Je connais des personnes qui se sont retrouvées à court d’argent avec rien à manger. » Des familles défavorisées surtout dans des quartiers de « Crownland », Eidgah, Park bef, et Cité Rozemont entre autres, ont passé des moments difficiles. « J’ai deux enfants à ma charge et je travaille comme femme de ménage chez des particuliers. Je reçois entre Rs 800 et Rs 1 200 chaque samedi. Comme je n’avais pas le droit de sortir pour travailler, j’ai dû demander de l’aide à des voisins pour nourrir mes enfants. Parfwa mo ti pe manz enn sel repa par zour pou ki zanfan kapav gagn zot manze », se remémore Nazma, rencontrée près du poste de police, lundi. Cette dernière bénéficie d’une allocation de veuve, mais elle déplore qu’aucun officier du ministère de la Sécurité sociale n’ait déposé son argent devant sa porte. « Le bureau de poste était fermé. Je ne savais pas quoi faire. »

Comme Nazma, beaucoup de pères et mères de famille se sont tournés vers les lieux de culte pour une aide. « Nous avons préparé des food packs pour distribuer aux familles démunies. Cette démarche a été rendue possible grâce à un travail d’entraide avec les forces vives et les travailleurs sociaux à Vallée-Pitot », explique Farouk Barahim. « Nous avons travaillé avec les représentants des mosquées, du kovil, et du mandir de l’endroit pour aider les démunis. Nou tou ti enn sel », se remémore Bijeya du kovil de Vallée-Pitot. Et d’ajouter : « Zame nou viv enn situasion parey. »

Entre-temps, Vallée-Pitot a pu compter sur l’aide des travailleurs sociaux de Plaine-Verte qui préparaient de la nourriture chaque jour pour la distribuer à une centaine de familles vulnérables. La police laissait les ONG de Vallée-Pitot prendre la nourriture aux barrages. « Heureusement nous avons une force vive très active à Vallée-Pitot », reconnaît le travailleur social Ali Jookhun. Ce dernier avance : « Nous avons travaillé en collaboration avec la police dans une entente cordiale. »

Outre le problème de la nourriture, des habitants ont déploré une hausse abusive des commodités dans certains commerces. « Isi pena sipermarse, li xtra difisil. Ena la boutik fer nou pey ser. Monn pey Rs 225 enn pake dile. Boutikie la inn mem dir mwa mo pa abitie pran kitsoz kot li, li pa pou vann avek mwa. Li pou rezerv lartik pou so ban klian habituel », avance Reza. Ce dernier avance que certains commerces étaient déjà en rupture de stock pour certains produits de base comme de l’huile une semaine seulement après être passé en zone rouge. Et ce, alors que les camions de livraison arrivaient au compte-gouttes. « Beaucoup de familles ont dû faire des sacrifices et rationner certains produits de base. Ena dimounn ti ena kas, me pa ti ena manze pou aste », dit-il. Malgré ces difficultés, les activités dans l’endroit se sont déroulées normalement avec l’ouverture des rares magasins, quincailleries et food shops.

Par ailleurs, les travailleurs sociaux de Vallée-Pitot estiment que le dérapage du lundi 7 juin aurait pu être évité s’il y avait eu une bonne communication. « Se enn mank de kominikasyon kinn amenn sa problem la », estime Farouk Barahim. Ce dernier se félicite que la police n’ait pas utilisé du gaz lacrymogène contre les habitants qui sont descendus dans la rue. « C’est malheureux que le ministère de la Santé ait eu peu de considération pour Vallée-Pitot ce jour-là. C’est avant 22h qu’un communiqué est sorti. Heureusement qu’il y a eu une médiation entre les habitants, des députés et les travailleurs sociaux. Vers 23h, les rues étaient désertes et tous ont pu rentrer chez eux. On aurait pu éviter ce dérapage », dit-il.

De son côté, Nizam Nasroollah fait ressortir que Vallée-Pitot est un endroit paisible. « Les habitants ont collaboré avec les autorités. Ils ont participé à plusieurs tests de dépistage sans broncher, même s’ils étaient fatigués. Nous avons toujours collaboré avec les autorités et nous attendions qu’ils fassent de même avec nous », dit-il. Et d’ajouter que certains ont voulu donner une mauvaise image de cette localité. « Les habitants pratiquent leur religion en toute liberté. Indirectement, la zone rouge a renforcé les liens et l’entraide entre toutes les communautés à Vallée-Pitot. Nounn travers sa difikilte la ansam », se réjouit pour sa part Farouk Barahim.