Récemment, le ministre de l’Agro-Industrie Maneesh Gobin a exprimé son voeu d’envisager une autre solution que celle du “catch and kill” et a lancé un appel aux vétérinaires, aux amis des animaux et aux différentes ONG afin d’aider les autorités sur une base de volontariat dans leur programme de stérilisation massive de chiens et chats errants à Maurice. Concernant le problème des chiens errants à Maurice, la stérilisation massive serait, pour lui, une mesure de lutte contre la prolifération et pourrait porter ses fruits à long terme. Mais aussi la fin de la politique de “catch and kill” pratiquée sans succès depuis des décennies à Maurice. Sauf que le pays fait actuellement face à un manque de vétérinaires  —  environ 80 pour une population de plus de 240 000 chiens. Si le Dr Eric Bestel, ancien Chairman du Vet Council, félicite et encourage le ministre Maneesh Gobin pour cette nouvelle approche, il estime cependant que l’approche du volontariat est irréalisable.

Pour ce professionnel de la santé animale pratiquant dans la région de Rivière-Noire, ainsi que pour les autres ONG locales, augmenter les effectifs de vétérinaires dans l’île en acceptant, par exemple, l’aide des Vets Beyond Boarders de l’Australie serait la solution. Selon les estimations (études 2013) de l’Humane Society International (HSI), Maurice compterait une population de 246 000 chiens. 22%, soit 54 000 ont un propriétaire, mais errent dans les rues. Cependant, il y a une disproportion entre le nombre de chiens et le nombre de vétérinaires, 80 au total. Quant à la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), elle se retrouve sans vétérinaire depuis le 15 septembre dernier. Raison pour laquelle le ministre de l’Agro-Industrie Mannesh Gobin a, il y a un mois, lancé un appel aux professionnels de la santé animale et aux ONG afin de venir en aide aux autorités sur une base volontaire pour la stérilisation massive de chiens et de chats errants. Pour le Dr Eric Bestel, ce projet est irréalisable. «Qui travaille bénévolement?»,dit-il. «J’ai un cabinet et des employés. Je suis d’accord pour aider dans le programme de stérilisation en masse, mais cela a un coût».Tout en ajoutant qu’il pratique déjà la stérilisation à prix réduit pour les ONG de la région Tamarin/Rivière-Noire. L’ancien Chairman du Vet Council regrette que la plupart de ses idées n’aient pas été approuvées au sein du conseil d’administration. «Il y a trois ans encore, j’ai été blackboulé, car mes idées n’ont pas été approuvées par mes confrères»,déplore-t-il. Et l’un de ses souhaits était que le Council donne son accord pour le permis de travail des Vets Beyond Boarders, basé en Australie et qui fournit à travers le monde, des vétérinaires bénévoles expérimentés à des projets de bien-être animal. «Les Vets Sans Frontières qui ont un réseau de vétérinaires à travers le monde, avaient pris contact il y a trois ans, avec une ONG locale pour déployer des volontaires en vue d’une campagne de stérilisation à Maurice. Il n’y avait rien à payer. Il suffisait juste d’organiser leur permis de travail. Pour cela, il fallait que le Council donne son accord. Le PS d’alors au ministère de l’Agro-Industrie m’avait dit que cela ne peut pas se faire»,regrette-t-il.

“Sterilisation is the kindest way to control stray dog population”

A l’instar du Dr Bestel, les membres des ONG que nous avons interrogés sont tous unanimes pour dire que la stérilisation est la seule solution efficace pour lutter contre la prolifération des chiens et des chats errants, mais que ce projet serait irréalisable si les effectifs de vétérinaires dans l’île ne sont pas augmentés. Petra Gisske, fondatrice de la fondation Petra Animal Mauritius et présidente de la Czech-Mauritian Chamber of Commerce, souhaite que l’Etat mauricien trouve une solution rapidement à ce problème, car elle considère la pratique du “catch and kill” comme étant non seulement la solution la plus cruelle et inhumaine qui soit, mais également la moins efficace. «Catch and kill is not the solution to the stray issue and has over the forty years in which it has been practised, not resolved the stray problem on the island. I have witnessed several instances where the animals caught were treated with utmost cruelty. I am involved in the tourism sector and the cruelty done by employees of an animal welfare institution shocked the whole world, including my VIP clients who are from the Czech government. Sterilisation is the kindest way to control stray dog population. It is also the most effective method. We will need help from veterinarians from abroad for the mass sterilisation», dit-elle.

“Les ONG n’ont pas suffisamment de ressources”

Pour Moira Van Der Westhuizen, fondatrice de All Life Matters (ALM), les ONG manquent de ressources pour réaliser un projet d’une telle envergure. «The NGOs by no means have the finances nor the resources to be able to do intense sterilisations across the island. Also there is a big shortage of vets, All Life Matters with Dr Patel is about the only NGO who has a vet. Dr Patel has over the past year sterilised over 4000 animals, which is great but it’s not enough», dit-elle. La fondatrice du sanctuaire situé à Bois-Rouge explique que même avec le seul vétérinaire employé dans leur clinique, ils offrent leur assistance aux autres ONG pour la stérilisation. Pour elle, la campagne de stérilisation qu’avait démarrée le HSI dans l’Est aurait dû se poursuivre. «At the end of the day if the government is going to leave it up to the NGOs then the problem will never go away as we just do not have the resources both financially, vet wise and logistically. Vet council needs to allow more foreign vets here on a temporary basis to work on sterilisation campaigns», dit-elle.

Nathalie Duthil-Cowham de Happy Tails Foundation est aussi d’avis que faire venir des vétérinaires de l’étranger reste la solution. «In order for the CNR program to work in Mauritius we need the likes of HSI and Vets Beyond Borders to help us, there is little chance that the 80 vets on the island will want to give up their time, money and efforts towards doing sterilisation campaigns. We have a waiting list of over 150 dogs waiting to be sterilised in the small village of Choisy Baie-du-Cap, with no vets willing to lend us a hand, even if we offer to pay them the going rate!  The solution I believe, is for the Ministry to allow those international bodies, whom are truly experienced in CNR programs, to come to the island and work as long as it takes to stop the overpopulation of dogs. Alongside this island-wide campaign, we need to also educate the locals through the media & education system about the importance of the work being done, so that no resources or time are being wasted, like in previous attempts», dit-elle.

Pour Sameer Golam, de l’association Second Chance Animal Rescue(SCAR), le ministre devrait organiser un tour de table avec les ONG afin de discuter sur le sujet et trouver ensemble des solutions. «Le ministre a posé des conditions irréalisables. Les avancées de cette proposition devraient s’effectuer au travers une table ronde réunissant les différents acteurs ayant une vision différente des choses, dans le plus profond respect pour les animaux. Et trouver avec le ministre des solutions», dit-il.