À l’occasion de la Journée mondiale du Thon célébrée dimanche, l’ambassadeur de l’Union européenne à Maurice, Vincent Degert, revient sur la situation des ressources thonières dans l’océan Indien.

Il note que Maurice a développé un Seafood Hub performant et dynamique, avec une attention particulière sur l’état des ressources. Et de préciser par là même que les accords de pêche signés entre l’UE et les deux îles (Seychelles et Maurice) constituent des instruments importants dans la gestion soutenable des ressources thonières. Par ailleurs, il annonce que « je vais même partager en direct, sur la page Facebook de la délégation européenne à Maurice, des secrets d’une recette de thon dimanche ».

Monsieur l’ambassadeur, pourquoi tenez-vous à célébrer la Journée mondiale du Thon ce dimanche 2 mai ?

Je tiens à célébrer cette journée pour deux raisons principales. La première appartient à la sphère professionnelle : vous savez que l’Union européenne est très engagée dans ses opérations de pêche au thon dans l’océan Indien, notamment à Maurice et aux Seychelles. Nos accords de pêche signés avec les deux îles sont des instruments importants dans la gestion soutenable des ressources thonières.
Les droits de pêche que paye l’UE sont basés sur les volumes autorisés de captures et sur le principe de captures complémentaires par rapport aux capacités de pêche du pays. Tout cela détermine un droit de pêche qui vise à ne pas détruire les stocks et à ne pas nuire à la flotte thonière locale. La pérennité est le maître-mot de nos opérations. Il me paraissait important d’évoquer ces principes essentiels de conservation et gestion durable des ressources.
Mais j’ai aussi une seconde raison de célébrer cette journée : à Maurice comme dans l’océan Indien, le poisson est un produit local mis en valeur par la cuisine de façon savoureuse et à ce titre, reconnue dans le monde entier. Comme tout un chacun, j’apprécie beaucoup le vindaye de thon, mais aussi les recettes de thon rouge à base de feuille de banane et de chutney de noix de coco ou de saveurs tropicales de gingembre ou de konbava !
Alors, pour moi célébrer la Journée mondiale du Thon, c’est goûter du thon cuisiné localement et pêché à partir de stocks gérés de façon durable pour alimenter la population locale comme internationale. Je me ferai un plaisir de me mettre personnellement aux fourneaux ce week-end.

N’êtes-vous pas un peu optimiste quant à la situation des stocks de thon dans l’océan Indien. Le Yellowfin Tuna (thon albacore) est en situation de surpêche et de surexploitation. Des campagnes de boycott du thon originaire de l’océan Indien ont même été lancées en Europe?

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer plusieurs fois sur ces sujets en expliquant tous les arguments  techniques, mais aussi juridiques, financiers et sociaux. Aujourd’hui, en ma qualité d’ambassadeur de l’Union européenne, je voudrais simplement vous réitérer notre engagement ferme et constant à gérer la pêche thonière en fonction de critères rigoureux, basés sur l’avis scientifique.
Notre règlementation, qui, en passant, est la même pour les eaux européennes que pour les eaux externes comme celles de Maurice, nous interdit de pratiquer la surpêche. A-t-on éradiqué la surpêche en Europe ? Pas totalement, mais des progrès énormes ont été réalisés puisque l’on parle maintenant de 50 espèces sur 80 qui sont dans un état jugé à l’équilibre, voire satisfaisant. Il reste encore 30 espèces surpêchées, et il faut intensifier nos efforts à travers des politiques structurelles qui améliorent la situation générale.
Cela ne doit pas nous empêcher de parler des stocks en mauvaise situation, évidemment. Et le Yellowfin Tuna est en mauvaise posture en ce moment. C’est un fait reconnu de tous. Je peux vous assurer que mes collègues qui siègent dans les instances de la Commission Thonière de l’océan Indien (CTOI) ne ménagent pas leurs efforts pour faire adopter des recommandations allant dans le sens de la réduction des prises annuelles, avec des efforts différenciés entre nations (celles qui ont des historiques de captures importantes, les états insulaires, les économies en développement).  Privilégions l’action et il faut une réponse régionale ambitieuse pour récupérer ces stocks.

Un récent documentaire sur la plateforme Netflix (Seaspiracy, 7e programme le plus regardé à Maurice à un moment), appelle à ne plus manger du thon. Que leur dites-vous ?

Premièrement, je dirai que chacun est libre de refuser de consommer des protéines d’origine animale que ce soit la viande ou le poisson. J’ai le plus haut respect pour les comportements individuels fondés sur des convictions personnelles ou des principes éthiques.
N’y a-t-il pas d’ailleurs déjà une part non négligeable de la population mauricienne qui est végétarienne ?  Par contre, le documentaire se base parfois sur des études scientifiques qui ont été récusées et il se réfère ainsi à des données erronées (par exemple : il n’y aura plus de poisson dans la mer en 2040). De ce fait, le documentaire paraît, à certains égards, insuffisamment ou partiellement documenté et à ce titre il ne présente pas toujours au téléspectateur le contexte global nécessaire pour bien comprendre la situation, les défis et les solutions possibles (autre que celle, radicale, de prescrire que nous ne devons plus manger de poisson !).
Pour nous, une pêche durable est possible si on s’en donne les moyens avec les instruments de gestion et de contrôle nécessaires !

Question plus personnelle : vous dites que vous serez aux fourneaux. Un ambassadeur peut-il se révéler un bon cuisinier?

Je ne vous surprendrai pas en disant que d’abord, j’apprécie les bons plats, et particulièrement la cuisine mauricienne. Je vois aussi que Maurice a développé un Seafood Hub performant et dynamique, et qui porte une attention particulière sur l’état des ressources.
Mais je vois aussi 2 000 pêcheurs et coopératives de marins qui partent en mer et ramènent du poisson de la côte ou des bancs de Saint-Brandon. Toutes les conditions sont réunies pour cuisiner un bon poisson conseillé par un voisin ou un ami mauricien. Moi, j’ai la chance d’avoir mon chef de cuisine, Mike, et à l’occasion de cette journée, je vais même partager en direct, sur la page Facebook de la délégation européenne à Maurice, les secrets d’une recette de thon que j’apprécie particulièrement.
Pour répondre à votre question : oui, et comme chacun d’entre nous, j’aime manger les bons produits locaux. Alors, amis mauriciens, soyez fiers de votre art et de vos traditions culinaires et célébrons cela ensemble ce dimanche 2 mai … en dégustant une spécialité locale à base de thon.