Après des mois de nettoyage, suivant la marée noire provoquée par le naufrage du Wakashio, le lagon du Sud-Est est à nouveau praticable. Du moins à certains endroits. Du coup, ceux qui bénéficiaient d’une allocation de l’État ont vu celle-ci supprimée. C’est le cas notamment pour les skippers. Mais dans la réalité, avec l’absence de touristes et des restrictions sur certaines parties du lagon, le travail n’a pas vraiment repris. Pour Virginie Orange, les autorités auraient dû engager le dialogue avec les différents partenaires pour voir comment la situation évolue.

Le lagon de Blue-Bay où vous exercez est enfin ouvert. Que ressentez-vous à cet effet ?

Je trouve que c’est un peu précipité. L’autre partie du Wakashio est toujours là, à Pointe-d’Esny à côté. D’après les informations, il sera démantelé le mois prochain. Que va-t-il se passer alors ? Y a-t-il des risques ? Est-ce qu’il y a des résidus d’huile lourde qui peuvent encore s’échapper ? Va-t-on fermer le lagon à nouveau pendant cette opération ? Nous n’en savons rien. Il y a un gros manque de communication à ce sujet. Tout comme sur la qualité de l’eau dans cette région.

À ce jour, nous n’avons eu aucun rapport officiel disant que la mer est propre, qu’il n’y a aucun risque. En tout cas, moi, je ne laisserai jamais mes neveux venir nager ici. De plus, la plage est ouverte, mais il y a toujours un panneau de la Beach Authority disant de ne pas s’aventurer dans l’eau. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que ceux qui vont nager le font à leurs risques et périls ?

Vous avez tout de même repris le travail…

Non. On ne peut reprendre le travail vraiment. Car il y a encore certaines parties du lagon qui sont fermées. Blue-Bay est ouvert, mais Pointe-d’Esny et Mahébourg sont toujours sous contrôle. Donc, pas possible de faire des “full day trips”. Généralement, nous faisons des sorties à l’île-aux-Cerfs et aux îles voisines, l’Île-de-la-Passe, l’Île-aux-Fouquets… Pointe-Jérôme est partiellement ouvert, avec accès sur l’Île-aux-Aigrettes uniquement. Il n’y a que de Rivière-des-Créoles à l’Île-aux-Cerfs que c’est complètement ouvert.

Ensuite, il y a eu pas mal de cafouillages. D’abord, on a annoncé l’ouverture du lagon pour le 3 décembre. Nous avons commencé à prendre les réservations, car on ne pouvait démarrer tout de suite. Cela demande du temps pour remettre le bateau en état après plusieurs mois d’inactivité.

Puis, on a dit qu’on n’allait pas pouvoir ouvrir, qu’on allait le faire lorsqu’il y aura la régate, dans le cadre du Festival Kreol. Finalement il n’y a rien eu. Même la régate n’a pu avoir lieu. Et ce n’est qu’une semaine avant Noël qu’on a finalement décidé de rouvrir le lagon de Blue-Bay. À cette période-ci, les Mauriciens sont en plein dans le shopping. Ils ne font pas de sortie en mer. Il nous reste la fin de l’année, mais d’expérience, je peux vous dire qu’à cette époque les gens préfèrent passer du temps en famille. S’ils viennent à la mer, ce sera donc pour un pique-nique, pas pour des sorties en mer. Généralement, la période des excursions c’est du début à la mi-décembre.

Et vos collègues, comment s’en sortent-ils ?

Nous sommes tous dans la même situation. Il n’y a que deux skippers sur la plage de Blue-Bay actuellement. Il y a des jours, ils ne travaillent pas du tout, d’autres jours, ils n’ont travaillé que pour Rs 150… Moi je trouve que c’est une situation plutôt stressante que de venir s’asseoir et attendre vainement.

Entre-temps vous ne bénéficiez plus d’allocation du gouvernement ?

Nous avons reçu le paiement pour le mois de novembre. À ce jour (ndlr : 29 décembre), nous n’avons rien reçu pour le mois de décembre. Je ne sais pas si on aura quelque chose ou pas. Le drame, c’est que toute notre famille vit de cette activité. Il y a mon père, ma mère, ma sœur, mon beau-frère et moi-même. La situation est grave. Je trouve que les autorités auraient dû communiquer, chercher à savoir si nous arrivons à nous en sortir ou pas. Et non pas se contenter d’ouvrir le lagon. On doit se mettre autour d’une table et trouver des solutions ensemble.

Avez-vous songé à des alternatives à ce métier ?

Oui et non. Car l’alternative dans l’immédiat, ce serait quoi ? Tous les domaines sont saturés. Tout le monde court vers l’agriculture, l’agroalimentaire. Jusqu’ici, nous avons vécu de nos économies. Mais jusqu’où peut-on aller comme cela, quand on n’a pas travaillé pendant neuf mois ?

On avait plutôt bien géré la COVID. Car nous avons aussi une clientèle mauricienne. Mais le Wakashio a été le coup fatal. Nous avons des engagements et nous attendons toujours une réponse concernant notre demande de moratoire. Et puis, étant une petite compagnie familiale, nous avons également eu recours au Wage Assistance Scheme, qu’il nous faudra rembourser à la prochaine année financière. Beaucoup de familles dans cette région du Sud-Est sont dans la même situatio que nous.

Avez-vous abordé la question avec le Comité de soutien du gouvernement ?

Nous avons rencontré Charles Cartier. Nous lui avons expliqué la situation et il a été à l’écoute. Mais pour l’heure, nous n’avons pas de solution.

Selon vous, le gouvernement devrait maintenir l’allocation de Rs 10 200 ?
Oui, au moins jusqu’au démantèlement complet du Wakashio. Comme je l’ai dit, nous ne pouvons faire de “full day trips” pour le moment car certaines parties du lagon sont encore fermées. Je pense qu’il ne faut pas se contenter de rouvrir les plages. Il faut faire un suivi avec les personnes affectées pour voir comment cela évolue.