People leave a vaccination centre against the Covid-19 set up at the exhibition hall in Nantes, western France, on April 9, 2021. (Photo by LOIC VENANCE / AFP)

La pandémie fait toujours rage, les pays riches accaparent les vaccins et l’origine du virus reste floue. De quoi inciter les membres de l’Orgnisation mondiale de la santé, qui se réunissent la semaine prochaine, à trouver les moyens d’éviter une autre catastrophe.

Cette 74e Assemblée mondiale de la Santé (du 24 mai au 1er juin), qui se tiendra comme l’an dernier en ligne, « est sans doute l’une des plus importantes de l’histoire de l’OMS », a prévenu le patron de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Plusieurs hauts dignitaires, dont des chefs d’Etats, prendront la parole à l’ouverture des débats. Avec un objectif: prendre acte de la réponse inadéquate du monde au Covid et dresser le plan de bataille contre les éventuelles pandémies à venir.

Un enjeu majeur est la réforme de l’OMS, poussée à ses limites par le Covid. Plusieurs pays, en particulier européens, réclament une organisation plus puissante, capable de mener des enquêtes indépendantes et mieux dotée financièrement.

Actuellement, seulement 16% du budget provient des cotisations obligatoires des Etats, le reste étant des contributions volontaires de donateurs publics et privés qui décident des conditions qui y sont attachées.

« L’année écoulée a été la plus éprouvante de l’histoire de notre organisation. Cependant, elle a également démontré pourquoi, plus que jamais, le monde a besoin d’une OMS forte et durable », a souligné le Dr Tedros.

De nombreux rapports d’experts, qui seront présentés pendant l’assemblée, réclament aussi de vastes réformes des systèmes d’alerte et prévention pour éviter un autre fiasco sanitaire, alors que trop de pays ne disposent toujours pas des capacités de santé publique nécessaires pour protéger leurs propres populations et pour alerter en temps utile la communauté internationale et l’OMS sur d’éventuels risques sanitaires.

Un projet de résolution sur le renforcement de l’OMS est encore en discussion, avec pour objectif notamment de consolider son rôle central de coordination des crises sanitaires mondiales.

Le texte, qui n’a pas encore été publié, devrait aussi proposer que les pays participent – de façon volontaire dans un premier temps – à un mécanisme d’évaluation du niveau de préparation aux pandémies de chaque Etat par ses pairs, comme au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

– Vers un traité sur les pandémies? –

« Instaurer un mécanisme de revue par les pairs sur la préparation aux urgences sanitaires (…) est un point de vue que partage complètement la France, puisqu’elle va participer à la phase pilote », a déclaré cette semaine le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Il a également souligné que la France préconisait la « mise en oeuvre de mécanismes d’enquête sur le terrain en cas de crise ». Une proposition qui risque de se heurter aux susceptibilités de certains Etats.

L’OMS ne peut pour l’instant enquêter de son propre chef dans un pays. Ainsi, il aura fallu plusieurs mois de discussions avec la Chine pour qu’une équipe de scientifiques indépendants, mandatée par l’organisation onusienne, puisse se rendre sur place pour étudier l’origine du Covid.

« Il est clair que les défis ne manquent pas, ni les solutions (…) mais il n’est pas non plus certain que le moment sera saisi pour renforcer l’OMS », a prévenu Suerie Moon, spécialiste de la santé globale à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève.

D’autres réclament que l’autorité du chef de l’OMS soit renforcée par un mandat unique de sept ans sans possibilité de réélection (contre un mandat actuel de 5 ans reconductible). « Ainsi, aucun dirigeant de l’OMS ne sera à l’avenir en situation d’être soumis à des pressions », a expliqué Gro Harlem Brundtland, qui a dirigé l’OMS de 1998 à 2003.

Plusieurs pays réclament aussi que la réunion soit l’occasion de lancer des négociations sur un traité international sur les pandémies, destiné à mieux affronter les futures crises et éviter le chacun pour soi mis en lumière par le Covid.

Loin d’avoir déclenché un élan de solidarité, la crise a accru les tensions. L’inégalité vaccinale se creuse, et la question de l’accès aux médicaments devrait également être débattue la semaine prochaine par les membres de l’OMS.

Comme à chaque assemblée, l’OMS devrait également être pressée par les Etats-Unis de permettre à Taïwan de participer à la réunion, au moins en lui rendant son statut d’observateur dont l’île jouissait jusqu’en 2016.

Taïwan a depuis été exclu de l’OMS sous la pression de la Chine, qui considère l’île comme faisant partie intégrante de son territoire.