Le tourisme, pilier économique de Maurice générant des revenus par milliards de roupies, est sévèrement frappé par la pandémie de Covid-19. Les opérateurs de ce secteur, durement touchés, essaient de garder espoir quant à l’ouverture des frontières à partir du 1er octobre. L’Inbound Tourism Promoters Association, qui regroupe 22 membres répartis dans divers secteurs liés au tourisme, est prête à démarrer ses activités une fois que les touristes commenceront à fouler le sol mauricien.
Le président de cette association, Vishal Hannah, est optimiste pour un démarrage réussi, mais reste prudent sur les investissements à court terme dans ce secteur. Il conseille de ne pas investir pour les trois prochaines années par manque de visibilité. Ce professionnel du tourisme souhaite que l’accent ne soit pas mis uniquement sur le protocole sanitaire mais sur l’accueil chaleureux des Mauriciens. Il note avec regret que cette culture se perde.

Le secteur du tourisme est inévitablement un des secteurs le plus durement touché par la pandémie de Covid-19. Quels ont été les effets du Covid-19 sur votre association ?
L’impact du Covid-19 est grave sur l’industrie du tourisme. Étant donné que l’île Maurice est à vocation touristique, l’impact a été encore plus dévastateur. Le fait que le touriste ne voyage pas influe directement sur nos activités. C’est l’un de plus grands problèmes. Afin de surmonter ce problème, nous avons travaillé en équipe pour mettre en place différents ateliers de travail avec le ministère du Tourisme et la Mauritius Tourism Promotion Authority pour que nous établissions des plans de travail et relancions l’industrie.

Est-ce facile de mettre en place des stratégies pour ce secteur lorsqu’on sait à peine ce qui pourrait se passer demain ?
C’était difficile de mettre en place ces stratégies. Nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir car c’était une pandémie que nous connaissions à peine et qui a carrément mis l’industrie à genoux à Maurice. Mais en concertation avec des experts, nous avons élaboré des stratégies. En ce sens, nous avons le Premium Visa. Nous avons ouvert nos frontières à ceux qui veulent investir. Nous mettons aussi l’accent sur le tourisme médical. Le gouvernement offre ces facilités.
Pour tout vous dire, nous sommes moins affectés à Maurice. De ce fait, les gens préfèrent venir à Maurice pour se faire soigner. L’élaboration de ces stratégies nous a pris six mois. Nous ne devons pas oublier que nous avons des îles de l’océan Indien et d’autres pays qui sont en concurrence avec nous. Nous avons dû travailler sur notre stratégie de telle façon pour dire aux touristes que nous n’avons pas uniquement la mer et de la place mais aussi l’accueil, la qualité des services. Nous avons mis l’accent sur la qualité des services et la destination de qualité.

Avez-vous des membres qui ont investi dans leurs activités et qui se voient grandement endettés aujourd’hui ?
Effectivement. Avant que n’apparaisse le Covid-19, beaucoup de nos membres ont acheté des véhicules à crédit-bail. Malheureusement, ils se sont vus dans une situation difficile où ils ne peuvent pas honorer leurs dettes. Il y a eu des négociations en partenariat avec quelques associations et nous nous sommes tournés vers des institutions financières pour leur demander de nous accorder un délai sur les prêts. Ce n’était pas facile, mais nous avons fait un travail d’équipe. Heureusement que nous avons traversé ce volet.
Ce qui est triste, c’est que certains opérateurs ont vu leurs véhicules saisis. Nous n’avons rien pu faire. Mais nous travaillons sur une stratégie où ils pourront demander un nouveau prêt et reprendre ces véhicules pour qu’ils puissent travailler.

Quelles sont les leçons que vous avez apprises des deux confinements ?
Suite à nos réunions, la plus grande leçon que nous avons apprise, c’est de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. La plupart de nos membres ont diversifié leurs activités. Certains sont retournés vers l’agriculture. D’autres sont retournés vers le textile. Et c’était une nécessité d’ailleurs pour la survie. Par rapport à leur connaissance, ils ont diversifié leurs activités. N’empêche, l’industrie du tourisme demeure quand même notre pilier.

Les Seychelles et les Maldives ont une longueur d’avance sur nous. Pensez-vous que Maurice pourra se rattraper sur ces deux îles concurrentes ?
Je crois que Maurice est une destination qui offre plus de variétés que les Seychelles ou les Maldives. C’est notre point fort. Au niveau de la destination, notre aménagement paysager est plus diversifié que les autres. Nous mettons l’accent dessus pour attirer plus de touristes.

Après ces deux confinements, pensez-vous avoir pu solidement préparer vos assises pour la réouverture des frontières ?
La réouverture des frontières peut réussir d’un coup avec l’entrée des touristes ou ne pas réussir comme nous le prévoyons. Nous espérons une bonne reprise et proposons autant d’activités que dans le passé. Grâce à la réouverture, nous allons rembourser nos dettes. Pour que cela puisse se produire, il nous faudra effectivement du travail. Vu la stratégie mise en place par le ministère du Tourisme et la MTPA, nous gardons espoir. Si tout marche comme il faut, nous allons pouvoir sortir la tête de l’eau. Je suis confiant pour 2022.

En tant que président, quels sont les conseils que vous donneriez à une personne qui veut investir dans le secteur du tourisme ?
Vu que ce secteur est toujours improbable et qu’on n’est pas sûr de son avenir sur le court terme, je ne conseille à personne d’y investir pour les trois prochaines années. Mais avec l’évolution du secteur, les activités augmenteront et on verra la lumière au bout du tunnel.

Est-ce que c’est facile de continuer d’opérer dans ce secteur ? Comment voyez-vous l’avenir ?
L’idée derrière cette formation est d’aider les opérateurs touristiques pour qu’ils puissent surmonter les implications auxquelles ils feront face une fois que les frontières seront ouvertes. Elle était importante pour que tous les opérateurs comprennent ce que c’est le protocole sanitaire et comment s’adapter à la nouvelle normalité. Elle donne la chance à nos membres d’avoir une connaissance approfondie du protocole sanitaire.
Aujourd’hui, nous avons tellement de choses reliées au Covid-19. Si nous ne nous protégeons pas, ce sera difficile. Il faut nous protéger, le touriste et les habitants. Je note qu’on met plus l’accent sur le protocole sanitaire à la réouverture des frontières. Mais il faut savoir que le tourisme, ce n’est pas uniquement le protocole sanitaire. Il y a l’accueil et l’hospitalité qui priment. Nous ne pouvons pas uniquement vendre notre protocole sanitaire au touriste. C’est la raison pour laquelle notre formation est aussi axée sur le tourisme et l’hospitalité. Nos membres sont mieux préparés pour la nouvelle normalité.