L’affaire de l’agression du constable Nasser Pheerungee (46 ans) au domicile du vice-président de la République, Eddy Boissézon, survenue à Quatre-Bornes le 13 avril, progresse. Les enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de la Western Division soupçonnent désormais que les faits seraient en réalité une mise en scène. Ils suspectent en effet le quadragénaire d’avoir remis volontairement son arme de service à des complices et ce, sans avoir subi quelconque acte de violence. La police est également en présence d’informations selon lesquelles il y avait ce soir-là quatre individus, et non deux, sur les lieux du vol présumé.

Mamodally Jhunggee (47 ans), un des quatre suspects en question, et qui a été arrêté dans le cadre de cette affaire, a affirmé s’être entretenu avec le constable Pheerungee pour lui expliquer qu’un réseau de criminels cherchait à se procurer une arme à feu afin de « commettre des braquages ». Le gardien de la résidence du vice-président de la République se serait ainsi vu proposer une importante somme d’argent en échange de son arme. Par ailleurs, le suspect interrogé dit connaître le policier en question, tous deux habitant en effet Camp-Levieux. Selon les enquêteurs donc, à l’arrivée des malfrats au domicile d’Eddy Boissézon, le policier de garde leur aurait remis discrètement son arme, non sans s’être auparavant procuré le revolver (Taurus) au poste de police de Quatre-Bornes. A noter que l’équipe du surintendant Bansoodeb, de la CID, a appris que l’arme en question est passée de main en main, les empreintes de plusieurs individus ayant en effet été relevées.

De son côté, le principal suspect, à savoir le policier qui était de garde ce soir-là, est toujours en détention préventive. Il continue de clamer son innocence et estime avoir été victime « d’un coup monté ». Quant aux autres suspects – Louis Beneze L’Intelligent (41 ans) et le récidiviste Jonathan Soupen (27 ans) – ils ont uniquement admis avoir pris possession de l’arme à feu, affirmant ne rien savoir des modalités de la transaction.
Depuis l’éclatement de cette affaire, les enquêteurs avaient porté leurs soupçons sur le policier et ce, en raison de certaines contradictions dans ses versions. Ainsi, lors de sa déposition, le policier avait dit être retourné vers 2h45 du matin à sa voiture afin de chercher de la nourriture qui se trouvait dans le coffre, lorsque tout à coup, deux individus encagoulés l’auraient attaqué. Il aurait ainsi notamment reçu des coups à la tête, pendant qu’un des malfrats se saisissait de son revolver, chargé de cinq balles de calibre .32. Le problème, c’est que le policier a changé de version plus tard, affirmant cette fois qu’il se trouvait en réalité dans sa voiture lorsque les voleurs ont débarqué. Ajoutant qu’il montait la garde depuis son engin « de peur d’attraper le coronavirus » dans la cour de la résidence du vice-président de la République.

Après plus d’une semaine d’enquête, la police a effectué une descente mardi chez Louis L’Intelligent, à Petite-Rivière-Noire, où le revolver dérobé a été retrouvé au pied d’un tamarinier. Un cellulaire, que les malfrats ont utilisé pour communiquer entre eux, a également été saisi. Interrogé, Louis L’Intelligent a alors donné le nom de Jonathan Soupen qui, selon lui, lui aurait demandé de cacher les objets retrouvés. Ce dernier a ensuite été arrêté à sa résidence de Palma. Interrogé à son tour, le dénommé Soupen devait alors affirmer que l’arme à feu lui aurait été donnée par Mamodally Jhunggee, lequel a impliqué le constable Pheerungee.

Tous les suspects sont en détention préventive. Ils devraient participer à une reconstitution des faits cette semaine.