Il n’y a plus de marée noire à Mahébourg et les autres villages avoisinants du Sud-Est. Trois semaines après la fuite de 1 000 tonnes d’huile dans le lagon, issue du naufrage du Wakashio, les nappes d’huiles noires et visqueuses ont été enlevées. Mais la mer n’est pas encore accessible pour autant, car il y a toujours des résidus d’hydrocarbures. Les techniciens des deux compagnies fournies par l’assureur pour ce service, à savoir Le Floch Depollution et Polyeco, affichent la satisfaction, mais confient leurs difficultés en ce qu’il s’agit des sites contenant les mangroves. Le défi, disent-ils, est de pouvoir nettoyer sans faire davantage de tort aux plantes et à l’écosystème.

« Les Mauriciens avaient déjà fait un très bon travail pour contenir l’huile avant notre arrivée », s’accordent à dire tous les experts, qui sont depuis trois semaines sur les différents sites touchés, du Mahébourg Waterfront à Bambous-Virieux. Toutefois, affirment-ils, les barrages artisanaux avaient leurs limites et, après un certain temps, ils commençaient à s’abîmer en mer. Il a donc fallu les retirer pour ne pas causer davantage de pollution. Pour cela, Le Floch Depollution et Polyeco ont engagé environ 80 pêcheurs et autres résidents de la localité, qui étaient au chômage en raison de la situation.
Matthew Sommerville et Pierre Gelas sont des experts des Nations Unies dépêchés à Maurice pour suivre les opérations.

« Les navires s’échouent plus souvent qu’on ne le pense. Les Mauriciens, les volontaires, ont bien réagi, mais il nous fallait des équipements qui n’étaient pas disponibles à Maurice. Nous avons sur place différentes compagnies, différentes équipes venant du Japon, d’Inde, de France, de Grande-Bretagne, ainsi qu’une équipe des Nations Unies, qui proposent plusieurs idées et essayent de trouver les meilleures solutions pour minimiser les dégâts », explique Matthew Sommerville.

Déjà, sur le lieu du naufrage, à Pointe-D’Esny, il est considéré que la zone a été complètement nettoyée. « Comme vous le voyez, il n’y a plus d’huile à la surface de la mer, ni sur le sable. Cependant, nous faisons un monitoring régulier pour évaluer la qualité de l’eau. Nous avons agi en deux phases : la première consistait à nettoyer la surface de l’eau et, la deuxième, à nettoyer la plage. Aucun produit chimique n’a été utilisé, car il fallait nettoyer tout en veillant à préserver l’environnement », dit pour sa part George Artemakis, Project Manager de Polyeco.

En ce qui concerne les résidus d’hydrocarbures, il faudra laisser la nature faire son travail, ajoute-t-il. Ce qui prendra le temps qu’il faudra, car tout dépendra des conditions météo. « Il se peut qu’il y ait une tempête demain et que tout soit balayé, sans quoi, il faudra attendre patiemment. » Pour cette raison, il ne peut dire quand la mer sera à nouveau accessible au public. « En ce qui concerne la plage, je peux dire que nous comptons rendre la plage de Pointe-D’Esny au public dans un mois. Mais pour ce qui est de la mer, tout dépendra du gouvernement et des analyses de la qualité de l’eau. »

Pour ce qui est de l’impact sur les coraux et l’écosystème marin, il affirme qu’il faudra continuer à faire le suivi. Pour l’heure, hormis les coraux abîmés sur les récifs où s’est échoué le MV Wakashio, on ne peut encore évaluer les dégâts. Notre interlocuteur précise qu’il ne peut se baser sur l’expérience passée pour donner un délai dans ce genre de cas, car les situations diffèrent. « Il y a des différences au niveau de la température de l’eau, du temps qu’il fait, etc. Chaque cas est unique. » En revanche, ce qui est certain, ajoute-t-il, c’est que Polyeco œuvre à réhabiliter les plages et le lagon tout en faisant attention de ne pas endommager davantage les sites et les écosystèmes.

Ce défi est d’autant plus grand en ce qu’il s’agit des îlots et des marais à mangroves. Si le nettoyage a déjà eu lieu à l’Ile-aux-Fouquets et le matériel absorbant disposé à l’Ile-aux-Phares, cela s’avère ainsi plus délicat pour l’Ile-aux-Aigrettes. « Cet îlot comprend des zones sensibles et il faut faire très attention. Nous avons procédé à un “mapping” pour identifier les différentes zones et agir en conséquence. Souvent, quand on commence une opération, on ne sait sur quoi on va tomber », dit pour sa part Chiara Chourdaki Operations manager de Polyeco.

Nettoyer les marais de mangroves et permettre aux racines de respirer librement demeurent le grand défi de cette opération. À ce sujet, Polyeco et Le Floch Depollution, qui agissent chacun sur des sites différents, privilégient pour l’heure le “flushing”. Cette technique consiste à nettoyer les racines avec de l’eau de mer chauffée et à pression pour enlever le pétrole et le faire remonter à la surface, où il est alors récupéré. Mais cette tâche s’avère compliquée, étant donné le terrain rocheux ou boueux où sont situées les mangroves.

Pauline Morvan, responsable de développement à Le Floch Depollution, ajoute pour sa part que cet exercice de nettoyage comprenait deux phases : l’une manuelle, qui consistait à collecter les déchets, et la deuxième, mécanique, avec le nettoyage à pression. « Cette technique consiste à enfoncer une lance dans le sable après avoir identifié les zones polluées pour faire remonter les hydrocarbures. C’est ce qu’on appelle le “flooding and flushing”. » Elle précise également qu’il n’y a eu, à ce jour, aucune preuve d’efficacité de produits biodégradables permettant de nettoyer la mangrove. « Il y a des entreprises qui nous ont approchés, mais nous ne voulons prendre aucun risque étant donné que ces zones sont très sensibles. Nous ne voulons mettre aucun produit. »

À la Case du Pêcheur, à Bambous-Virieux, un des sites les plus impactés par le déversement d’huile, le nettoyage est également presque complété. Des bâches de protection y ont été installées sur le sable, pour le préserver. Jean-Luc Daridon, responsable technique à Le Floch Depollution, explique que le but est de ne pas ramener de couches d’huile sur le sable lorsque les équipes reviennent de la mer. « Il n’y a plus de nappe en mer, mais il y a quelques irisations. » De même, précise-t-il, les barrages artisanaux ont été remplacés par des barrages hydrophobes, « qui absorbent le pétrole, et pas l’eau ».

Outre les plages et les mangroves, les équipes interviennent aussi sur des lieux où il y a des constructions. C’est notamment le cas au Mahébourg Waterfront. Là également, c’est l’eau de mer chauffée et à pression qui est utilisée pour désincruster l’hydrocarbure des rochers et de l’esplanade.