Le Premier ministre Navin Ramgoolam a fait part hier de sa conviction de rester au pouvoir pendant les quatorze prochaines années. Il l’a affirmé dans un discours prononcé à l’occasion de l’ouverture officielle du Lady Sushil Ramgoolam (LSR) Welfare Centre Complex, à Caroline Rivière-Sèche. En réponse à ceux qui estiment qu’il a déjà perdu le pouvoir, il a répondu : « Pagla ou pagli ».
L’inauguration du LSR Welfare Centre Complex s’inscrivait dans le cadre de la commémoration de la naissance de Lady Sushil Ramgoolam qui coïncide avec l’anniversaire du Mahatma Gandhi. Cette commémoration avait été marquée plus tôt par un dépôt de gerbes au monument érigé en hommage à Lady Sushil à St-Aubin.
Le Premier ministre a donné le ton politique dès le début de son discours. Alors que les organisateurs de la cérémonie faisaient éclater des pétards au moment où il s’apprêtait à prendre la parole, Navin Ramgoolam a lancé : « Une ambiance de campagne électorale. Certains ont écrit que j’ai perdu ma majorité. Pagla ou pagli ! », s’est-il insurgé. Il a rendu un vibrant hommage à sa mère. Prenant à témoin Raj Ringadoo qui se trouvait dans l’assistance, il a rappelé comment la vie des épouses des politiciens était dure à l’époque. Les époux étaient pour la plupart du temps sur le terrain et il revenait aux épouses de s’occuper de la maison, des enfants et de la cuisine. Lady Sushil préparait personnellement les repas de la famille. Navin Ramgoolam a rappelé comment le chef d’État singapourien, Lee Kwan Yew, l’avait reçu « grâce à sa mère », alors qu’il était de passage à Singapour. Le dirigeant singapourien s’était souvenu des faratas qu’avait préparés sa mère lors d’un déjeuner organisé dans la maison de la rue Desforges. Il a expliqué que même si sa mère était la fille d’une riche famille de planteurs dans le sud du pays, elle était restée simple et ne faisait pas de déclarations politiques, car cela incombait à son époux qui était politicien.
Sur un plan plus général, il s’est demandé où certaines personnes puisaient leurs renseignements pour faire des déclarations. Il a fait mention d’une remarque selon laquelle il avait perdu sa majorité ainsi qu’une déclaration de Paul Bérenger à l’effet qu’Arvin Boolell avait pleuré après la cassure du gouvernement Ptr-MMM en 1997. « On a évoqué cela à New York et Arvin Boolell a bien ri », a-t-il dit.
Le chef du gouvernement a souligné les valeurs démocratiques de Maurice qui sont reconnues sur le plan international. Dans ce contexte, il a mentionné une conversation qu’il a eue avec le président Alpha Condé et un reportage paru dans The Economist, dans le sillage des élections en Zambie qui ont vu la défaite du président sortant. L’auteur de l’article souligne que sur les 53 pays d’Afrique, Maurice était le premier à pratiquer un régime démocratique avec un changement régulier du gouvernement. Le PM a alors rappelé que Maurice a connu quatre Premiers ministres, à savoir Sir Seewoosagur Ramgoolam, Sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger et lui-même. Il s’est déclaré convaincu qu’il ne connaîtra pas de défaite à l’avenir et a estimé que l’Opposition aura à patienter encore quatre ans et puis encore cinq ans et à nouveau cinq ans pour le pouvoir.
Sur le plan économique, il a souligné que Maurice est un des rares pays à connaître une croissance de plus de 4 %. L’objectif de son gouvernement consiste à faire de Maurice un pays développé. Sans croissance on ne peut, selon lui, faire de progrès, voire construire des centres sociaux du genre de celui qui a été inauguré hier. Le Premier ministre a expliqué qu’il a actuellement des discussions avec le ministre des Finances pour déterminer comment attirer l’investissement à Maurice.
Il a, d’autre part, insisté sur le fait qu’il n’y a pas de progrès sans discipline et sur la nécessité d’éviter d’être mêlé à la corruption pour ne pas avoir à répondre devant l’Icac. Et de souligner que la commission anti-corruption réalise un bon travail et qu’il n’a jamais interféré dans les activités de celle-ci. « Les gens croient que le Premier ministre peut tout faire. Ce n’est pas le cas », a-t-il souligné. Selon lui, en raison de sa façon de faire et sa volonté d’interférer dans les institutions, l’Opposition ne mérite pas d’accéder au pouvoir.
Dans un autre ordre d’idées, sur la base des protestations qui lui ont été faites, le PM a annoncé que la livraison des certificats de moralité devra être informatisée. Par ailleurs, faisant allusion à la remarque d’un Imam vendredi concernant la drogue, il a expliqué que des mesures sont actuellement prises pour contrôler son entrée dans l’île et que des accords ont été signés avec des pays étrangers et que d’autres verraient le jour. Il a exprimé sa volonté de rendre les sanctions contre les trafiquants plus sévères et que cela nécessite le vote des parlementaires selon leur conscience.