En vacances à Maurice, deux étudiants de la prestigieuse université Yale (États-Unis) ont initié pendant deux jours la semaine dernière au théâtre et à l’expression corporelle les élèves de l’école spécialisée Craft Academy à Poste de Flacq. Cette initiation s’inscrit dans le cadre du programme « Learn To Earn » que l’institution charitable a commencé en avril 2010 pour aider les adolescents en difficultés scolaires des régions défavorisées de Flacq à utiliser l’art et la créativité pour une meilleure intégration sociale.
« Je voulais montrer à ces élèves que l’on pouvait utiliser le théâtre, en particulier les expressions corporelles pour, d’une part, contrôler ses émotions et, d’autre part, arriver à mieux exprimer ses sentiments refoulés », explique McKay Nield, étudiant en théâtre et études culturelles à l’université Yale (voir encadré) en classe 2013. Il était soutenu dans sa tâche par Karen Yvon (étudiante mauricienne en Global Studies à la même université), Muriel Yvon (licenciée en Art du Spectacle de l’Université Paul Valérie à Montpellier en France et présentement enseignante au Collège du Saint-Esprit), Colette Bernon et Alexandra Arlapen (toutes deux enseignantes d’art et de créativité à la Craft Academy).
« C’est une occasion unique que j’ai là pour non seulement partager ce que moi j’ai eu la chance d’apprendre à Yale mais aussi pour aider ceux qui ont moins de chance que moi dans la vie », dit MacKay Nield. La première journée de cet atelier d’initiation a été consacrée aux exercices d’échauffement et d’expression corporelle. « Ces exercices servent d’abord à briser la glace. Ils nous aident à mieux nous connaître. En outre, ils permettent aux élèves à mieux contrôler leur mouvement », explique Karen Yvon, qui a été plusieurs fois primée au National Drama Festival du ministère de la Jeunesse et des Sports alors qu’elle était au Queen Elizabeth College. C’est ainsi que les élèves ont été amenés à marcher de différentes façons pour exprimer plusieurs situations : l’âge, l’empressement, la colère, entre autres.
Par la suite, McKay Nield a enseigné aux élèves comment utiliser leur voix pour mieux se faire entendre, comprendre et surtout s’exprimer. « Utiliser la voix et le contact visuel (eye contact) est essentiel dans la vie pour attirer l’attention quand on peut se faire comprendre », explique-t-il.
Forts des rudiments du théâtre et des mouvements qu’ils ont appris le premier jour, les élèves ont été amenés le lendemain à s’appuyer sur ce qu’ils ont acquis la veille pour commencer à « se mettre en situation ». « L’improvisation joue un rôle capital dans l’expression théâtrale », soutient pour sa part Karen Yvon.
Lors de ces divers exercices, Muriel Yvon s’est attelé à jouer le rôle d’entraîneur incitant les participants à se donner à fond. « Ces élèves sont extraordinaires. Ils ont été d’une réceptivité extraordinaire », s’enthousiasme-t-elle.
L’application et l’enthousiasme des élèves ont en effet été à la hauteur du dévouement des animateurs. « C’est la première fois que j’apprends à exprimer la colère ou la tristesse. Cela m’a permis de comprendre qu’on peut contrôler ses sentiments si l’on veut », explique Rachelle Denis, 17 ans. Aînée d’une famille de six enfants, cette élève de la Craft Academy raconte qu’elle s’est empressée l’après-midi à partager avec ses jeunes frères et soeurs ce qu’elle avait appris. « Zot anvi fer teat aster ! » ricane-t-elle.
Durla Armand (15 ans) a pour sa part trouvé cette initiation « cool et géniale ». Cette élève de la Craft Academy se dit étonnée d’avoir appris qu’on pouvait utiliser les différentes intonations de la voix pour exprimer diverses émotions. « Ti bizin ena enn prof teat dan nou lekol ! »
Peu loquace, Denis Mamerou (15 ans) semble avoir surmonté sa timidité. « Monn finn aprann boukou kiksoz », lance-t-il laconiquement. Une demi-douzaine d’élèves de la Craft Academy avaient suivi cette initiation. Colette Bernon et Alexandra Arlapen disent ne pas avoir reconnu leurs élèves durant cet atelier. « C’est vrai que nous faisons une ouverture sur l’art mais sans le théâtre et les expressions corporelles elle est incomplète. Cet atelier a permis à nos élèves de se donner à fond », se félicite Mme Bernon.
« Au deuxième jour, nous avons vu des élèves timides s’exprimer sans complexe devant leurs amis », explique McKay Nield. « Ces ados peuvent ne pas savoir ni lire ni écrire… Ils semblent ne pas avoir ce qu’on appelle “l’intelligence traditionnelle”, une intelligence académique. Mais, ils nous ont démontré qu’ils ont tous une intelligence émotionnelle et sociale, qui n’attendaient qu’à remonter à la surface », affirme-t-il.
Selon le jeune animateur américain, l’environnement sécurisant de leur école est une occasion en or de donner l’occasion à ces élèves de se surpasser. « Ils sont entourés de dessins qu’ils ont fait eux-mêmes. Ils apprennent à utiliser et à mieux contrôler leur corps et leurs émotions. L’art leur permet d’avoir confiance en eux. Et la confiance, c’est ce qui vous fait avancer dans la vie », ajoute McKay Nield avec philosophie.
Soutenir le développement national, communautaire et individuel à travers la formation à la production, les arts et l’éducation créatifs, c’est la mission de la Craft Academy, selon la présidente de son comité de direction Danielle Babooram, également rédactrice en chef de La Vie Catholique. Depuis avril 2010, cette institution, avec l’aide de la Stock Exchange of Mauritius et du comité Eradication of Absolute Poverty de la National Empowerment Foundation, a mis en oeuvre le programme « Learn To Earn » pour réaliser cette mission. « Les recalés de notre système éducatif sont des exemples vivants de sa faillite. Chaque enfant est le berceau de l’humanité et de la créativité. À travers la promotion de l’art et de la créativité, nous voulons amener chaque enfant à donner ce qu’il a de meilleur au monde », conclut-elle.