Le Premier ministre Navin Ramgoolam a affirmé hier à Phoenix dans un discours prononcé à l’occasion de la fête Yaum-Un-Nabi que toutes les communautés doivent être représentées dans n’importe quel système électoral. Il a par la même occasion précisé que la réforme électorale n’aura pas lieu s’il n’y a pas d’entente à ce sujet.
La fête annuelle de Yaum-un-Nabi a été célébrée hier comme à l’accoutumée sur le campus du collège Aleemiah devant une grosse foule et en présence des personnalités religieuses et politiques, dont Anas Siddiqui, le Premier ministre Navin Ramgoolam, le vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun et le leader de l’opposition Paul Bérenger. Le président de la République sir Anerood Jugnauth n’était pas présent à la cérémonie d’hier.
L’attention était orientée hier vers le discours du Premier ministre, surtout à un moment où les débats sur la réforme électorale dominent l’actualité. Navin Ramgoolam a d’entrée de jeu précisé avoir reporté son départ pour l’Inde afin d’être présent à Phoenix. Il a quitté le pays dans la soirée pour la Grande Péninsule, où il entame aujourd’hui une visite d’État, en passant par Dubayy.
Navin Ramgoolam a évoqué hier l’enfance difficile du prophète Mohamed et sa mission dans un pays marqué à l’époque par l’injustice, contre laquelle il s’est élevé. Le Premier ministre a soutenu que les gens ont une inclination naturelle à s’opposer aux changements qui risquent de bouleverser leur vie. Ils cherchent le chemin le plus facile, a-t-il observé. « Jamais la voie de la facilité n’a mené à la réussite », a-t-il dit. Il a aussi critiqué ceux qui restent dans l’ignorance. Le Premier ministre a estimé que la vie du prophète est une source d’enseignements intarissables. Il a surtout mis en valeur la détermination du prophète à lutter pour la justice et à se mettre au service de la solidarité et de l’unité. Une des principales leçons à tirer est, selon lui, le fait que ce n’est pas le pouvoir qui est important, mais le principe. De plus, l’intérêt du pays doit passer avant l’intérêt personnel.
Le PM a aussi évoqué la réforme électorale, qui a fait l’objet de discussions entre le leader de l’opposition et lui. Pour comprendre cette réforme, il a cité la Constitution de Madinah qui garantit les droits de toutes les minorités qu’elles soient chrétiennes ou juives. L’idée du prophète, selon lui, était de démontrer que tous les humains sont des enfants de Dieu. Toute l’humanité a la même destinée. « On prie différemment. On emprunte différentes voies pour arriver à la même place. » Navin Ramgoolam a fait comprendre que ce n’est pas vrai de dire qu’il a changé d’avis comme on veut le faire accroire. « J’ai des convictions très fortes », a-t-il insisté.
S’agissant toujours des systèmes électoraux, il a évoqué la participation de sir Razack Mohamed en 1976. « On peut être d’accord avec lui ou pas mais le fait est qu’il est un grand leader politique. Or, il n’a pas été en mesure d’accéder au parlement en 1976, ni à travers le first past the post ni comme best loser. » Il a rappelé que Jules Koenig avait connu le même sort en 1967 et « SSR n’a pu entrer au parlement en 1982 ni Paul Bérenger en 1987 », a-t-il dit. Selon le système proposé par Rama Sithanen, ils seraient tous entrés au parlement, a-t-il précisé.
Navin Ramgoolam a la conviction que toutes les communautés doivent être représentées dans n’importe quel système. Le PM a rappelé que tout le monde est représenté dans son cabinet ainsi que dans l’exécutif de son parti. De plus, dans son gouvernement, il y a quatre représentants musulmans, a-t-il précisé. Et d’expliquer qu’il n’est pas possible d’avoir un aussi grand écart entre le nombre de sièges et le pourcentage de votes. « Il n’est pas possible dans un pays que 45 % ou 48 % de votes ne sont pas pris en compte », a-t-il insisté. Cependant, pour avoir un nouveau système électoral tout le monde doit être d’accord, a-t-il rappelé. C’est à ce moment que Salim Muthy, un travailleur social connu pour son engagement dans la lutte des victimes des sales by levy, s’est mis debout pour interpeller le Premier ministre en lui demandant de ne pas parler de politique. Il y a eu une brève agitation dans l’assistance mais qui a été vite maîtrisée après l’intervention entre autres de Yusuf Mahomed pour demander au protestataire de se rasseoir. Pris de court, le Premier ministre a dit qu’il avait été prévenu qu’on chercherait à l’empêcher à parler. « Personne n’arrivera à le faire. » Il a affirmé qu’il a « le droit de parler et que voilà un ignorant qui s’exprime ».
Le Premier ministre a poursuivi son intervention en donnant l’assurance qu’il est en faveur d’un système qui ne laisserait personne au bord de la route. Il faut que tout le monde se sente protégé. Il ne faut pas avoir peur, a dit Navin Ramgoolam. Il a insisté sur le fait qu’il faut dire certaines vérités avec en tête l’intérêt de la population. Il a finalement parlé de l’unité dans la diversité.