Déterritorialisation, quête d’animalité, affirmation de l’individualité et de la différence : le chorégraphe français Yann Lheureux vient partager ses sources d’inspiration avec les danseurs de la région et le public mauricien. Il nous donne rendez-vous les 4 et 6 février prochains avec Macadam Instinct, recréée pour un septuor de danseurs mauricien, puis avec J’embrasse pas, un duo créé il y a quatre ans à la Réunion avec Éric Languet.
Le chorégraphe Yann Lheureux arrive à Maurice en fin de semaine prochaine pour démarrer un atelier avec des danseurs mauriciens, en partenariat avec Stephen Bongarçon et sa compagnie SR Dance. L’objectif de ces rencontres vise à créer la version mauricienne de sa pièce pour sept danseurs Macadam Instinct. Après la sélection sur audition, les danseurs travailleront en atelier avec le chorégraphe pendant une semaine. Et une première restitution de ce travail sera présentée samedi 4 février, à 20 h, au Théâtre Serge Constantin, à Vacoas.
À l’échéance de début mai, Yann Lheureux souhaite rassembler un septuor de danseurs mauriciens, malgaches et réunionnais pour créer la version indianocéanique de Macadam Instinct. Cette dernière sera alors présentée à la Biennale des Arts de Dakar. Le chorégraphe a déjà rencontré les danseurs de Madagascar et recrutera les danseurs réunionnais après son séjour mauricien.
Improvisations dialoguées
Depuis sa création en Corée du Sud en 2010, Yann Lheureux réinvente Macadam Instinct à chacune de ses nouvelles étapes, que ce soit en France à Montpellier en 2010, ou en Tunisie en pleine révolution du jasmin, dans le cadre du festival de danse de Tunis en 2011, ou maintenant dans les îles de l’océan Indien. Ces ateliers intègrent à la fois de la formation, de la création, du dialogue et de l’improvisation, et il y a fort à parier que le chorégraphe lui-même se nourrisse de l’apport des danseurs qu’il rencontre. Nous verrons le résultat de ce premier partenariat le 4 février, sachant que le chorégraphe français a déjà vu la troupe de Stephen Bongarçon à l’oeuvre…
Macadam Instinct est une réaction au monde virtuel, à la présence de plus en plus dominante de l’esprit et de la pensée, et à la dématérialisation progressive de nos vies. En viendrions-nous à oublier notre propre corps ? À perdre notre animalité ? À travers cette pièce, le chorégraphe invite les danseurs à relever la tête — et le corps — face « l’impérialisme du monde virtuel » ! Il demande au spectateur s’il n’est pas plus que jamais nécessaire et urgent de « revenir à l’essence d’un seul et même mouvement : le devenir animal ». La version 2012 de Macadam Instinct allie danse et arts numériques. Ici, les corps dansent et s’élancent dans la quête du devenir animal, retrouvent leur centre, s’ancrent au sol et puisent leur énergie dans un espoir commun, chacun créant un espace où affirmer sa différence pour mieux réapprendre le vivre ensemble.
Les places, à Rs 250, Rs 150 et Rs 50, sont en vente à l’IFM à Rose-Hill et au CCEF, à Curepipe.
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“J’embrasse pas”, duo de chorégraphes
Les amateurs de danse contemporaine pourront avoir le plaisir de découvrir Yann Lheureux en duo, le 6 février, à 19 h, au musée L’Aventure du Sucre. J’embrasse pas est un spectacle déambulatoire qui se déroulera cette fois-ci dans le musée même. Yann Lheureux a créé cette performance en 2007 à la Réunion, avec Éric Languet, qui fera donc le déplacement à Maurice à l’occasion de cette nouvelle représentation. Cette création fait partie d’une série créée la même année avec d’autres chorégraphes aux Canaries, dans la péninsule ibérique, à Toulouse, etc. (Casuar, Re-cherches, Erre que erre). Ces créations, ainsi que les précédentes, participent d’une démarche d’éclatement des territoires. S’il se met en quête de l’animalité humaine dans Macadam Instinct, Yann Lheureux est inspiré par la notion chère à Deleuze de la déterritorialisation, proposant tout au long de son oeuvre une réflexion sur la nécessité d’éclatement des frontières pour laisser place à l’élaboration de repères individuels. À Rs 500, ce spectacle peut être couplé avec un repas au restaurant du musée pour un total de Rs 1 000.