Véritable douche froide pour l’Alliance de l’Avenir avec la réunion convoquée, hier après-midi, à Clarisse House, par le Premier ministre et leader du parti Travailliste, Navin Ramgoolam, trois jours depuis son retour de mission à Londres. Les parlementaires du MSM, jusqu’ici principal partenaire de l’alliance gouvernementale, sont écartés, pour ne pas dire ignorés, de ces consultations politiques au sein de la majorité. De ce fait, il était évident que les dirigeants du MSM, dont le leader Pravind Jugnauth, n’étaient nullement tenus au courant de cette démarche dans la conjoncture politique. Même si tout au long de son intervention devant le parterre des parlementaires du Labour et du PMSD, Navin Ramgoolam s’est gardé de faire usage de l’expression « cassure de l’Alliance de l’Avenir », il a souligné l’urgence d’un remaniement ministériel après la démission en bloc de six ministres MSM il y a déjà neuf jours.
« Premye minis inn fer konpran ki pa pou kapav laisse sa bann minister-là kumaa zott été pandan lontan ankor », a fait comprendre au Mauricien un des parlementaires à la réunion convoquée d’urgence hier après-midi en vue de passer en revue la situation politique et de faire une autopsie de l’Alliance de l’Avenir. La cérémonie de prestation de serment à la State House du nouveau gouvernement Ptr/PMSD pourrait se dérouler au plus tôt en début de week-end.
Mais à ce matin, très peu d’indications étaient disponibles quant à la formule que prendra ce remaniement ministériel qualifié d’imminent vu que le Premier ministre effectuera à partir du début de la semaine prochaine une visite officielle au Botswana à l’invitation du président Ian Khama. Navin Ramgoolam, qui aura à ses côtés des membres du gouvernement, sera également accompagné d’une importante délégation de représentants du secteur privé vu l’importance stratégique de l’économie du Botswana sur le continent africain.
Les ministrables
Au vu de la nouvelle configuration politique, il n’est pas à écarter qu’un exercice de Restyling des ministères et des permutations soit privilégié dans l’éventualité d’une réduction du nombre de ministres au sein du nouveau gouvernement. La « Ministerial Musical Chair », qui fait actuellement l’objet de manoeuvres et de consultations, pourrait concerner le vice-Premier ministre et ministre de l’Intégration, et leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, qui caresse l’idée d’un come-back au Tourisme après le départ de Nando Bodha, Vasant Bunwaree revenant probablement aux Finances comme avant les élections de septembre 2000 au cas où l’option des Finances à Xavier Duval ne se matérialise pas.
Les ministrables pour leur baptême de feu pourraient être Suttyhudeo Moutia, Patrick Assirvaden, président du parti Travailliste ou encore Pradeep Peetumber, tous des Private Parliamentary Secretary (PPS) sans compter l’éventualité du choix d’Aurore Perraud, qui part avec un léger avantage sur Thierry Henry dans le camp du PMSD en vue de combler le « Gender Deficit » au sein du nouveau conseil des ministres. Les vieux loups, comme Balkissoon Hookoom, Lormus Bundhoo et Suren Dayal, se tiennent toujours prêt à répondre à l’appel du leader du parti Travailliste.
Mais la véritable surprise du chef pourrait de prendre au mot le leitmotiv politique de Pravind Jugnauth, à l’effet que le « MSM fait toujours partie de l’Alliance de l’Avenir » avec Navin Ramgoolam incluant deux éléments du MSM dans le nouveau gouvernement. « Le choix des ministres relève des prérogatives du Premier ministre. Le MSM clame encore faire partie de la majorité gouvernementale, l’inclusion de deux parlementaires du MSM au sein du Cabinet ne peut nullement être dénoncée comme étant du transfugisme », lance en guise de boutade, après la réunion d’hier après-midi, un des parlementaires du Ptr et pas des moindres.
Majorité étriquée
En évitant de prononcer le mot cassure, le leader du Labour confirme qu’un volet de l’équation politique n’a pas encore été résolu formellement en sa faveur. La majorité gouvernementale à l’Assemblée nationale demeure étriquée, soit 35. « Valeur du jour, rien n’a changé à ce niveau. Mais les choses pourront évoluer au fil des heures et jusqu’à l’annonce de la composition du gouvernement remanié », fait-on comprendre au sein du Ptr, dans l’attente d’un dénouement de la crise avec un minimum de deux à trois nouvelles voix au décompte parlementaire.
Pour la majorité des parlementaires du Ptr et du PMSD, la réunion de Clarisse House comporte suffisamment d’éléments pour soutenir la thèse que « l’Alliance de l’Avenir est cliniquement et politiquement morte ». « L’alliance PTr/MSM inn fini kassé. Péna okenn doute lor la. Guetté, tendé truvé ine kassé sa. Kan éna zafer inn fini, guetté truvé sa », semble être le consensus au sein de ces deux formations. Mais l’annonce n’est qu’une question de stratégie et de « Timing » en vue de déterminer qui portera le fardeau politique de cette cassure.
Black-out politique
En écoutant les explications du leader du Labour sur la démission de ces six ministres MSM en son absence, le message reçu est celui d’une profonde trahison. Il nous a fait comprendre qu’à aucun moment, il n’a été consulté formellement par les dirigeants concernés. « Tout le temps, sé après ki zott dire saki zotte pe fer. Nek inn fer téléphoné ek dir zott ine démissionné, » a ajouté un autre membre de la majorité gouvernementale comme pour confirmer le black-out politique entre le parti Travailliste et le MSM.
Un autre volet de l’intervention de Navin Ramgoolam devant les parlementaires de la nouvelle majorité a été l’affaire Maya Hanoomanjee. Il est revenu sur la teneur du communiqué officiel émis lundi après-midi s’appesantissant sur la nécessité de permettre à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) de poursuivre son enquête dans le scandale MedPoint en toute sérénité. Il a rejeté la demande implicite du leader du MSM, qui a pris fait et cause en faveur de Maya Hanoomanjee, visant à mettre un terme à cette enquête, initiée et en cours, depuis bientôt 30 semaines.
Un autre sujet de discorde, qui n’a pas encore été réglé et qui a été abordé lors de la réunion d’hier, a été la recomposition de la Public Service Commission et de la Disciplined Forces Service Commission. Cet épisode a jeté un véritable froid entre la Government House et la State House. La présence au sein de la Disciplined Forces Service Commission de l’ancien directeur général du National Security Service (NSS), Narain Peerun, dont la proximité avec les Jugnauth, ne peut être contestée, est dénoncée au sein de la majorité.
Navin Ramgoolam a fait comprendre à ses troupes qu’il avait objecté formellement à cette nomination. Mais la présidence de la République n’en a pas fait grand cas. Le choix de Hugues Johnson, très proche du couple présidentiel et du MSM, comme commissaire remplaçant à la PSC a été accueilli défavorablement par la majorité d’autant plus qu’il a été confirmé que sir Anerood Jugnauth n’aura pas entretenu en fin de semaine dernière une demande de l’hôtel du gouvernement « to stay action » sur la nouvelle composition de la PSC jusqu’au retour de Navin Ramgoolam lundi dernier.
La réunion d’hier a permis à Navin Ramgoolam d’enclencher une nouvelle étape dans le bras de fer à distance avec Pravind Jugnauth. Ainsi, les prochaines 48 heures seront déterminantes pour l’une comme pour l’autre partie. Et ce, même si la rentrée parlementaire n’est prévue que le 18 octobre, période qui comprendra deux événements, la présentation et l’adoption du budget 2012 et la tenue des prochaines élections municipales reportées depuis l’année dernière pour cause de réforme des Administrations régionales, dont les contours se dessinent toujours…