Conscient des limites de ses enseignants pour répondre efficacement aux réalités de la classe, l’organisme catholique a élaboré une pédagogie appropriée à l’intention des enfants à problèmes et avec de lourdes difficultés d’apprentissage. « Il y a moins d’emphase sur les examens mais beaucoup de travaux pratiques qui englobent plusieurs disciplines », explique Alain Doolub, responsable des écoles primaires RCA. La méthode adoptée donne des résultats réconfortants comme en témoigne l’exposition sur l’environnement réalisée il y a quelque temps par les repeaters de St-Enfant RCA, Rose-Hill.
La direction du BEC affirme que la question des “repeaters” du CPE figure constamment parmi ses priorités car c’est un souci permanent. « Chaque cas est différent, chaque cas mérite une attention particulière. Parfois c’est difficile mais il ne faut pas baisser les bras », soulignent les responsables. Et de ce fait ils sont arrivés à la conclusion qu’il est impossible de respecter à la lettre les exigences d’un programme d’études uniforme pour faire progresser ces enfants. « Il faut une pédagogie d’études appropriée sinon ils n’avanceront pas », dit avec conviction Alain Doolub.
Les réalités de la classe : les enfants sont souvent absents, ne sont pas du tout intéressés à refaire le même programme d’études, sont très agités et bruyants en classe. « Dans leur cas il faut une autre approche pédagogique, une nouvelle manière de faire pour les intéresser à la classe », confirme Stéphanie Rezanah, prof de repeaters à St Enfant Jésus RCA. Le BEC, après discussion avec le personnel, a opté pour davantage de travaux pratiques à partir des thèmes qui sont proposés dans les différentes matières. « Nous gardons les modules figurant au curriculum national mais nous les abordons différemment », poursuit l’enseignante de l’école St enfant Jésus. Un des exemples concrets est l’exposition sur le thème de l’environnement réalisée par la classe et qui a suscité l’admiration de l’ensemble de l’école. « Il y avait tout dans la préparation de cette exposition : l’apprentissage de la langue, le travail de l’écriture, les notions de calcul, un peu de géographie, quelques connaissances de base par rapport à la science, l’agriculture, la communication, le dessin », indique Stéphanie Rezanah, pour expliquer l’approche multidisciplinaire que privilégie l’enseignement catholique dans le cas de ces apprenants.
Une des clés pour réussir dans ce type d’initiatives est l’encadrement et le soutien des autres. Stéphanie Rezanah a eu le soutien, dit-elle, d’un bout à l’autre, de Mario Allowdeen, le chef d’établissement, qui lui a laissé la liberté totale d’organiser cette exposition.
L’évaluation de cette expérience donne des résultats agréables : entraide pendant les travaux de préparation, assiduité à la tâche, présence régulière à l’école, grand intérêt dans la recherche des informations, talents découverts pour le dessin, efforts de concentration. « Ils n’ont pas pris cela comme une corvée. Ils ont tout donné pour montrer ce qu’ils sont capables de faire. Ce qui m’a surpris le plus c’est la discipline et une assiduité remarquable. Il m’a fallu entrer dans leur monde, parler comme eux de temps en temps pour me faire comprendre et pour gagner leur attention tout en restant dans les limites du permissible. Quand il fallait être flexible envers eux je l’étais et ferme quand le besoin se faisait sentir. Ils avaient un but collectif mais où chacun devait apporter sa pierre et tous se sont beaucoup donnés pour réussir », raconte avec satisfaction l’enseignante.
Les responsables du BEC admettent qu’il y a des choses qu’ils ne pourront changer car toutes les écoles fonctionnent dans un système d’éducation nationale. « On travaille à petits pas en essayant de changer les attitudes et en donnant aux enseignants les outils nécessaires. Il y a une évolution lente dans la nouvelle manière de faire avec les repeaters de CPE », constate Alain Doolub. La clé : une structure pour la formation permanente et qui ne soit pas statique. « Il faut que le contenu de la formation évolue avec l’évolution de la société et les nouvelles réalités de la classe. Il faut aussi une coordination et un suivi. Les enseignants ont besoin qu’on les écoute », dit-il.