J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article paru dans l’édition du Mauricien de samedi dernier sous le titre « Automobile : Motivations financières pour réduire l’émission de CO2 ». Je souhaite y apporter quelques éléments d’information en complément à ce qui est suggéré comme un débat passionnant autour du type de motorisation automobile à prescrire dans l’intérêt écologique et économique de notre pays, île durable en devenir.
En introduisant, en juillet dernier, la taxe carbone (sur un principe de bonus-malus éminemment en phase avec la vision d’une île Maurice plus verte et propre), nos législateurs ont jugé utile d’enlever, dans le même souffle, la concession fiscale de 50% consentie, depuis 2008, aux véhicules hybrides à l’importation. Cette mesure, qui constitue une surprenante volte-face est d’autant plus inconcevable qu’elle a pour double effet de pénaliser les motorisations vertes (en particulier l’hybride) et de favoriser celles à motorisation thermique diesel et essence.
Avec une incitation fiscale à 50%, l’écart de prix “sur route” était jusque-là insignifiant entre une voiture hybride et une autre à essence de capacité similaire et taxée à 100%. S’il est vrai que la Mauritius Revenue Authority percevrait moins de revenus en droit d’accises et taxe carbone sur une voiture hybride que sur son équivalent essence ou diesel, les retours en termes de démocratisation de l’accès aux véhicules propres et économiques étaient tout aussi indéniables.
Le diesel, comparé à l’essence, émet moins de CO2. Il est aussi plus économique sur des parcours longs. Cependant, le diesel reste, en dépit des avancées technologiques, très nuisible à l’environnement. Avec des conséquences, non seulement par rapport à l’effet de serre et au réchauffement global, mais aussi, et surtout, en ce qui concerne la santé humaine, animale et végétale.
Car le diesel a la réputation d’émettre un taux élevé d’oxyde d’azote (NOx), un polluant auquel le CO2 a longtemps fait de l’ombre dans le classement des émissions les plus toxiques. On peut comprendre que les défenseurs de la planète verte ont eu pignon sur rue avec le dioxyde de carbone au vu de la quantité sans cesse croissante qui est relâchée dans l’atmosphère par l’activité humaine. Mais de là à passer sous silence l’oxyde d’azote qui affecte directement la santé (cancer des poumons, troubles cardiaques et maladies circulatoires, insuffisances respiratoires, pour n’en citer que ceux-là), il y a un pas qu’on gagnerait tous à ne pas franchir.
La circulation des véhicules est à l’origine de cinq polluants atmosphériques majeurs : les oxydes d’azote (NOx), le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde de soufre (SO2), les composés organiques volatiles (COV) et les particules (MP). Oxydes d’azote et hydrocarbures se conjuguent pour former l’ozone troposphérique qui endommage les poumons et accroît la vulnérabilité de la vie végétale aux maladies. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé respiratoire (à court et à long terme) et cardiovasculaire de la population d’une ville dépend directement du niveau de pollution de l’air. La pollution atmosphérique en milieu urbain serait responsable de 1,3 million de décès dans le monde par an. Alors que l’Europe peine à contrôler la qualité de l’air, notamment en favorisant la motorisation diesel, Maurice gagnerait à emboîter le pas aux pays asiatiques connus pour leur détermination à lutter contre l’oxyde d’azote dans un souci de protéger leurs populations.
En sus de son faible taux d’émission de CO2, le véhicule hybride consomme moins de carburant qu’un moteur de capacité similaire roulant entièrement à l’essence. A titre d’exemple, la Porsche Panamera hybride a une consommation de 7.5 litres par 100km comparé au 11.3 lt/100km que ferait une V6 Porsche Panamera essence. L’écart est aussi impressionnant entre une Toyota Prius hybride and son équivalent à essence, la Toyota Corolla, ainsi qu’entre la Honda Insight hybride and son moteur à essence similaire de la Honda Civic.
Conduire dans un trafic urbain dense double la consommation d’une voiture roulant au diesel. Alors que la voiture hybride est, elle, la championne de la consommation dans le trafic urbain et pendant les heures de pointe. De plus, au fur et à mesure que la recherche se développe pour garantir une plus grande autonomie des charges électriques des voitures hybrides, il va sans dire que l’économie en carburant ainsi que la réduction des émissions s’en trouveront améliorées.
Puisque la voiture hybride reste clairement le champion au niveau des émissions de CO2, il ne faudrait pas que la « diésélisation » du parc automobile mauricien aggrave le problème de la santé publique par l’oxyde d’azote.
L’éco-conduite implique la responsabilité de chaque conducteur. Il y a forcément un compromis à faire entre vitesse et enjeux écologiques / économiques, entre efficacité de moteur et performance environnementale. Cette implication individuelle demande à être soutenue, encouragée par des instances collectives, en l’occurrence le législatif. Celui-ci se doit de s’assurer que toute réglementation ne privilégie le court-termisme et ne soit pas antinomique à l’obligation de résultat que nous devons avoir sur la durée.