La Taeniophyllum coxii, la plus petite orchidée des Mascareignes, a été collectée la première fois en 2000 sur un plant de café indigène (Coffea macrocarpa). Elle est le seul membre de ce genre répandu dans la région Asie-Pacifique (les Taeniophyllum), à vivre dans un pays d’Afrique. Outre sa taille liliputienne, cette plante présente la particularité de ne pas porter de feuilles, faisant sa photosynthèse dans ses racines, qui elles-mêmes s’étalent à plat sur des branches ou des troncs. C’est pourquoi elles sont si exceptionnellement vertes.
La Taeniophyllum coxii se développe dans les forêts humides de Maurice (Macchabée, Brise Fer, Florin) entre 590 et 620 m d’altitude. Comme les quelques quatre-vingt dix espèces d’orchidées répertoriées à Maurice, elle n’a rien à voir avec les fleurs décoratives très colorées que les passionnés d’horticulture se plaisent à reproduire. Souvent de petite taille, ces orchidées sauvages portent généralement des fleurs blanches, pas toujours aussi sophistiquées et impressionnantes que celles du Sabot de Vénus… Parmi les plantes à fleur, les orchidées mauriciennes indigènes enregistrent malheureusement le plus fort taux d’extinction, qui est de 30 % des espèces, contre une moyenne de 10,9 % pour les plantes à fleur.
Le botaniste britannique David Roberts, venu en 2000 pour les besoins de son doctorat, a apporté un regard scientifique déterminant sur les orchidées de Maurice, fournissant notamment une description détaillée de la plus petite d’entre elles, la Taeniophyllum coxii qui a été découverte relativement récemment. S’il est possible d’en trouver sur du cyprès, elle croît le plus souvent sur des rubiacées, des cousines du caféier, car celles-ci disposent de tiges lisses sur lesquelles l’orchidée aura le temps de s’épanouir avant que des mousses ne viennent éventuellement s’y accrocher… Sur des tiges dotées d’anfractuosités, les mousses viendraient vite se développer et recouvrir les racines vertes de notre petite orchidée.
La plante que nous montrons ci-contre poussait sur un cyprès dans le Parc national de Rivière-Noire au bord du chemin principal, mais elle a fini par être déracinée vers 2010 par des pilleurs qui sévissent dans les parcs et forêts du pays. Elle ne mesurait alors que dix centimètres de large pour quelques millimètres de hauteur. Ensuite, durant la floraison, la hampe florale et plus tard les fruits, lui feront gagner quelques millimètres de hauteur, lui permettant alors de s’élever à environ 1 ou 2 cm de haut !
Lorsqu’ils mûrissent, ses petits fruits en forme de banane se fendent le long de leurs carènes (qui sont particulièrement visibles sur les fruits verts). Ils relâchent alors une multitude de graines très légères et aussi infimes que la poussière, qui sont emportées par le moindre souffle. Des centaines de milliers de graines de ce type sont ainsi dispersées. Par la suite, une fois qu’elles auront trouvé refuge sur un tronc ou des branches, elles ne pourront entrer en processus de germination qu’avec l’aide d’un mycorhize, ce champignon à longs filaments qui s’associe par symbiose aux racines et troncs de certains arbres.
Parmi les plantes exotiques
David Roberts associé à Vincent Florens, Claudia Baider et Jean Bosser ont publié en 2004 un court article dans le Kew Bulletin, qui faisait le point sur le statut écologique de cette plante aussi rare que mystérieuse. La Taeniophyllum coxii (Summerh) entrait ainsi dans l’inventaire humain des plantes indigènes de Maurice, avec une description de son habitat et de son écologie. Malgré la modestie de son gabarit, cette espèce est venue combler un vide dans la connaissance botanique et écologique de l’île…
Les auteurs relatent la première collecte à environ 1,50 m du sol sur un caféier, dans l’aire de gestion de conservation de Florin, dans le parc des Gorges de la Rivière-Noire. La deuxième s’est effectuée à plus d’un kilomètre de là, le long de la route de Macchabée à Brise-Fer. Une colonie dense de neuf plants y a été trouvée près du sol, poussant paradoxalement sur une espèce exotique de goyave (Psidium cattleianum), qui compte parmi les plus envahissantes et menaçantes pour l’équilibre écologique.
Un recensement des plantes et arbres environnants a permis par exemple de constater que sur seulement 100 m2 de surface, quelques soixante-dix sept pieds d’espèces indigènes disputaient leur espace à plus de six-cents individus exotiques, la plupart étant des goyaves de Chine. La colonie la plus grande de Taeniophyllum coxii – avec 27 individus – a été trouvée en novembre 2003 dans la zone de gestion de la conservation de Mare-Longue. Selon les critères de l’IUCN, cette espèce devrait être considérée comme étant « en danger critique », compte tenu de sa rareté et des menaces en présence.
La seule autre orchidée aphylle connue à Maurice vit à Yémen, la Microcoelia aphylla, mais elle se distingue clairement de celle qui nous préoccupe. La Taeniophyllum coxii se différencie aussi très bien des autres orchidées aphylles africaines par ses racines courtes, ses tiges minuscules et la morphologie de ses fleurs. La première description scientifique de cette toute petite orchidée a été fournie par L. Johnson en 1979, sous le titre « The African member of Taeniophyllum ».