Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) appelle à une vigilance renouvelée face à la crise économique internationale. « Nous devons être sur nos gardes, coordonner nos politiques et prendre des mesures concertées avec d’autres décideurs afin de pouvoir naviguer en eaux troubles », écrit Manou Bheenick dans l’édition 2012 de sa Letter to stakeholders, document dans lequel il passe en revue l’état de l’économie mauricienne et les diverses actions prises en 2011 par la BoM pour assurer un environnement financier stable.
Manou Bheenick revient sur la question des frais et commissions réclamées par les banques commerciales et rappelle que la banque centrale a tous les pouvoirs pour réguler ces fees and charges et que des actions en ce sens peuvent être envisagées pour s’assurer que les consommateurs obtiennent un « fair deal ».
Le pessimisme n’a pas sa place dans la conjoncture actuelle, affirme-t-il. L’économie a su démontrer depuis que la crise a commencé qu’elle est toujours vibrante, résiliente et qu’elle veut aller de l’avant, cela alors que d’autres grandes économies ont subi une contraction. « The Mauritian economy continued to display a credible degree of resilience despite difficult external conditions », soutient Manou Bheenick. Ce dernier indique que le taux de croissance économique en 2011 a été de 4,1 % mais pourrait être légèrement inférieur à 4 % en 2012. Le taux de chômage est demeuré plus ou moins stable à 7,9 %, ce qui est loin de la progression du nombre de sans emploi dans nos principaux marchés d’exportation. Les retombées de la crise dans la zone euro vont continuer à affecter notre économie vu notre dépendance sur le marché européen. Cependant, remarque Manou Bheenick, les opérateurs économiques et les décideurs commencent à prendre conscience de l’appel fait il y a deux ans par la banque centrale pour une diversification des marchés.
Dans sa revue des indicateurs, le gouverneur de la BoM remarque que la dette publique totale se situe à moins de 60 % du Produit Intérieur Brut et que le gros de cette dette est constitué de crédits domestiques, le reste étant détenu par des multinationales ou des institutions financières nationales et non des banques commerciales. Le niveau des réserves nettes internationales est passé de Rs 85,8 milliards en 2007 à Rs 109,6 milliards en 2011. le déficit budgétaire s’est élevé à 3,2 % en 2011 alors que les investissements étrangers directs bruts se sont élevés à Rs 10 milliards en 2011. Le gouverneur note avec satisfaction le niveau de profits record affiché par les grandes banques du pays, cela pendant que la roupie s’est ajustée avec une certaine flexibilité sans intervention quelconque pour la faire apprécier durant la crise. Manou Bheenick estime que la BoM a contribué à la réalisation de cette « rich palette » d’indicateurs économiques favorables.
Réserves en hausse
Le gouverneur défend avec ardeur la politique monétaire de la banque centrale, arguant que celle-ci a permis de contenir les pressions inflationnistes. « Barring unforeseen shocs, we expect both year-on-year inflation and headline inflation to moderate this year and gradually move within a narrow range around our confort level of 4-6 per cent », souligne-t-il. La banque centrale a, de plus, pris des mesures appropriées pour éponger l’excès de liquidités dans le marché, mesures qui ont été saluées par le Fonds Monétaire International. La BoM est ensuite intervenue sur le marché des devises pour réduire toute volatilité excessive de la roupie. Manou Bheenick se réjouit que le marché des devises soit resté liquide pendant toute l’année 2011, que la roupie se soit bien comportée, contribuant ainsi au maintien de la stabilité des prix et des revenus surtout dans un pays hautement dépendant des importations. Il relève que les réserves brutes en devises de la BoM ont dépassé la barre des Rs 80 milliards alors que les réserves nettes du pays représentaient à fin décembre 2011 l’équivalant de 37 semaines d’importation. « Our reserves are at a comfortable level when measured against the two traditional metrics of import cover and short-term debt cover ».
Le gouverneur évoque avec satisfaction la résilience remarquable démontrée par le secteur bancaire local dans une période de crise financière globale. À fin septembre 2011, les banques affichaient des profits après impôts annuels de Rs 15,9 milliards contre Rs 10,1 milliards pour l’année précédente. Le ratio des créances douteuses en pourcentage des crédits totaux tournait autour de 2 %. « Fee income is non a non-negligible component of banks’ total income and there have been complaints from various quarters that bank charges are on the high side », déclare Manou Bheenick. La BoM et les banques commerciales ont décidé d’instituer un comité de travail pour se pencher sur la question des frais et autres commissions. Et le gouverneur de rappeler qu’il avait attiré l’attention des banques sur le fait que la BoM « is fully empowered to regulate fees and charges in the banking sector ». Il laisse entendre que des mesures dans cette direction « can be envisaged to ensure that customers get a fair deal ».
Parlant des perspectives, Manou Bheenick fait comprendre qu’avec la crise, des petites économies ouvertes comme celle de Maurice ne seront pas épargnées. Toutefois, la petite taille de notre économie peut se révéler un atout dans la conjoncture dans la mesure où il y a une capacité de réaction prompte et une flexibilité d’ajustement à un environnement extérieur changeant. « Such flexibility in some of our policies and strategies has so far played in our favour », estime le gouverneur, qui ajoute que la BoM continue d’afficher un optimisme prudent pour cette année. « Pessimism is unwarranted, and unhelpful in any case ».
Manou Bheenick plaide, en conséquence pour une coordination des politiques en vue de maintenir le tempo concernant la croissance et instaurer la confiance et l’engouement au sein du monde des affaires. « We must look in the same direction », recommande-t-il.