Maurice a le potentiel pour être la plateforme financière et commerciale régionale servant de pont entre l’Asie et l’Afrique, estime la Standard Chartered Bank mais il faut, estime Sridhar Nagarajan, Chief Executive Officer de la filiale mauricienne de l’établissement, un changement de paradigme afin que cette vision puisse être traduite dans la réalité. Maurice, a soutenu Sridhar Nagarajan à une conférence de presse au siège de la banque à Ébène, peut devenir pour l’Afrique ce que Singapour est pour le sud-est asiatique.
La réflexion du Chief Executive de la Standard Chartered Bank (SCB) repose sur une prospective entreprise par la division des recherches économiques du groupe bancaire. Celui-ci opère depuis plus de 150 ans et est présent dans 70 pays à travers ses quelques 1 700 bureaux. Ces recherches portent sur le phénomène des supercycles économiques, soit des périodes de forte croissance soutenue occasionnée, entre autres, par des échanges commerciaux, des investissements, des innovations technologiques accrues.
« Nous sommes déjà dans le troisième supercycle avec la montée en puissance des économies émergentes », a déclaré Sridhar Nagarakan, Chief Executive Officer de la filiale mauricienne SCB. L’étude démontre que d’ici 2030 les économies émergentes vont contribuer pour deux tiers de la croissance globale réelle, que l’Ouest va poursuivre son développement mais que l’Est va enregistrer une croissance plus rapide avec pour résultat que le pouvoir économique va continuer de basculer de l’Ouest à l’Est. Tout en n’estimant pas les défis économiques actuels et les risques à long terme, l’étude établit que sur le long terme le mouvement sera vers le haut.
Ainsi on prévoit que la taille de l’économie mondiale, qui était de 62 000 milliards de dollars en 2010, passerait à US$ 308 000 milliards en 2030. La part (en pourcentage du produit intérieur brut global) de la Chine grimperait de 9 à 24 %. Celle de l’Inde de 2 à 10 % alors que l’Afrique subsaharienne sera aussi en gain : de 2 à 5 %. Les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, entre autres, verront leurs parts diminuer. La SCB voit les échanges commerciaux prendre une nouvelle direction (des pays d’Asie vers ceux de l’Ouest), avec une impulsion plus profonde aux échanges sud-sud. « Ce sont les pays ayant d’importantes liquidités, des matières premières et démontrant de la créativité, en d’autres mots la capacité de s’adapter et de modifier leurs politiques, qui seront les grands gagnants dans ce troisième supercycle de développement », affirme Sridhar Nagarajan.
Investissements
Maurice, qui se situe sur ce corridor commercial sud-sud, a tout à gagner en se positionnant comme la plateforme financière et commerciale régionale. Le Chief Executive de la SCB note que ces dernières années, il y a eu d’importants transferts de capitaux de la Chine, de l’Australie et d’autres pays de l’Est vers Maurice, ce qui a amené la SCB à revoir sa stratégie en conséquence et à racheter le « custodian business » de la Barclays afin de capter une partie de ce flux de capitaux. La SCB, elle-même, a procédé à des investissements importants (plusieurs centaines de millions de roupies) dans cette optique.
Sridhar Nagarajan constate que le secteur du global business est « decoupled » de l’économie domestique. « Le produit intérieur brut de Maurice tourne autour de US$ 10 milliards, mais il est bon de savoir que les actifs des acteurs du secteur financier international sont de l’ordre de US$ 180 milliards. Ce qui est merveilleux, c’est que le secteur financier international et le secteur économique domestique coexistent sans menacer quiconque », a fait ressortir le Chief Executive de la SCB. Il a parlé des atouts de Maurice dans la région : une juridiction crédible pour la gestion des investissements vers l’Asie et l’Afrique, un accès préférentiel vers un grand marché (SADC et Comesa) de 600 millions d’habitants, des accords de non double imposition et de protection des investissements, des facilités portuaires ou de port franc pour le transbordement et la redistribution vers l’Afrique. Maurice, estime-t-il, est un endroit idéal pour agir comme Regional Treasury Centre pour l’Afrique.
Cependant, pour que Maurice puisse tirer profit des opportunités offertes par le nouveau sypercycle de développement, il faudrait un changement de paradigme. Pour Sridhar Nagarajan, il faut penser au positionnement de Port-Louis avant l’ouverture du Canal Suez, soit un point stratégique au niveau du transport maritime. Le Chief Executive de la SCB est d’opinion qu’il faut aussi capitaliser sur les forces de Maurice : outre sa position stratégique, ses législations, ses ressources humaines, son bilinguisme. Il faut, a-t-il ajouté, développer la connectivité avec l’Afrique.
Du côte de la SCB, on laisse entendre que des efforts accrus en termes d’investissements et de ressources humaines sont déployés pour aider Maurice dans ce positionnement stratégique. « Il faut toutefois réaliser que c’est une vision à long terme », a conclu Sridhar Nagarajan.