À la reprise des débats sur le Budget 2012 en début d’après-midi hier Françoise Labelle a poursuivi son intervention commencée avant l’ajournement sur le secteur de l’éducation. La députée MMM a fait un véritable réquisitoire contre l’incohérence et l’absence d’évaluation des divers programmes extracuriculaires, ceux de rattrapage scolaire et de formation professionnelle visant à l’intégration socio-économique des plus démunis et à l’allégement de la pauvreté. Elle a d’ailleurs regretté l’absence de Xavier-Luc Duval durant cette tranche horaire des interventions. « La moindre des choses aurait été que le ministre des Finances soit présent pour écouter les débats sur le budget ! »
Françoise Labelle a comparé l’introduction annoncée dans le Budget 2012 d’un Summer School Programme, qui doit débuter pendant les vacances scolaires de novembre-décembre prochain, à des « travaux forcés » imposés sur les enfants du pays.
La députée MMM a dénoncé ce qu’elle considère être des effets d’annonce du ministre de l’Éducation. « Les remedial classes au primaire, ça n’existe pas ! Pas plus que ne sont traduits dans la réalité les ambitieux objectifs décrits sur papier du Enhancement Programme », a-t-elle tonné en les citant textuellement.
« Il y a trop de littérature. C’est une tromperie des parents qui n’ont pas les moyens d’offrir des leçons particulières à leurs enfants ! Prenons par exemple la classe de flûte qui dure seulement 30 minutes. À peine commencé, c’est déjà fini. C’est du bluff ! » Et alors que le Enhancement Programme n’a même pas fait l’objet d’une évaluation, a poursuivi Françoise Labelle, « voilà qu’on vient nous annoncer un Summer School Programme ! On entend le faire débuter le 15 novembre pour prendre fin le 15 décembre. Mais pour quelles catégories d’âge d’élèves, on ne le sait pas ! C’est du délire ! Des travaux forcés imposés aux enfants du pays ! M. le président, les mots me manquent pour dire ma colère devant tant de manque de cohérence de tous ces programmes qui se succèdent sans coordination. »
Approche holistique
Au chapitre du Job Training Programme également, la députée dit constater le manque de vision pour l’intégration des 40 % d’élèves qui échouent aux examens du Certificate of Primary Education (CPE) chaque année et de celle des « early drop-outs » du secondaire. Françoise Labelle observe un désengagement de l’État qui, selon elle, se déchargerait de cette responsabilité sur les écoles techniques du privé et les organisations non gouvernementales (ONG).
Au lieu d’une approche holistique, observe la députée, le gouvernement adopte des mesures “piece meal”. De même, avance-t-elle, dans certains milieux l’on parle du placement des jeunes participants au Training Programme comme étant une « subsidization of the private sector ». Et de citer une longue liste des compagnies privées qui ont bénéficié sous ce programme de financement de l’État s’élevant à plusieurs millions de roupies. Parmi les plus gros bénéficiaires, citons la défunte Infinity BPO avec Rs 2,8 millions et une autre des Technologies de l’information et de la communication avec Rs 1,6 million. Et Mme Labelle de dénoncer ces investissements de l’argent public sans qu’aucune évaluation n’ait été menée sur le nombre de personnes qui ont reçu une formation et ont effectivement été employées par la suite. « There is no monitoring mechanism. »
De même sous le Special Collaborative Programme for Women and Children in Distress, Françoise Labelle cite un liste d’ONG ayant reçu des financements de l’État. « Mais à ce jour sait-on quels sont les impacts de ces dépenses publiques sur les destinataires ? » Tout comme, poursuit la députée, il n’y a eu aucune évaluation des dépenses encourues pour offrir des feuilles de tôle aux familles pauvres. « Il y a quatre ou cinq ans j’avais posé une question devant cette Assemblée. La réponse était que “information is being compiled and will be tabled shortly”. Et bien j’attends toujours ! » s’est exclamée la députée en se demandant si le terme “shortly” a la même signification pour tous.
Les aides sociales ciblées ont occupé une partie de l’intervention de Mme Labelle qui a plaidé pour une révision des critères d’allocation de pension d’invalidité. « L’on ne peut se baser uniquement sur le degré de handicap à 60 % pour octroyer cette aide. Il faut aussi considérer la profession de la personne », a suggéré la députée en se tournant vers la ministre de la Sécurité sociale et en citant deux cas de personnes exerçant des métiers manuels. Elle confie avoir reçu l’aide de Sheila Bappoo, sollicitée récemment pour une jeune fille de 13 ans handicapée grabataire et ayant besoin de couches. « La demande pour cette aide se fait au National Solidarity Fund qui l’octroie par tranches. Il faut à chaque fois renouveler la demande ». Et de suggérer que là également les critères soient revus.
Françoise Labelle a conclu son intervention sur le Budget 2012-2013 par une autre proposition. Saluant la décision du gouvernement de payer les contributions au NPF pour les casual workers touchant moins de Rs 3 000 par mois, elle suggère l’adoption de mesures incitatives pour encourager les travailleurs saisonniers à contribuer à un plan de pension.