Le Mouvement pour l’Éradication de la Pauvreté (MEP) est déjà prêt pour lancer la Summer School sur une base pilote la semaine prochaine et n’attendrait que le feu vert du ministère de l’Éducation pour entrer dans les 12 écoles ciblées. Ce projet émane d’un souhait du ministère des Finances, qui, une semaine avant la présentation du budget, a demandé au MEP de lui faire une proposition en ce sens. Outre les interrogations sur son coût et son financement, puisqu’il figure dans le budget 2012, des professionnels de l’éducation et des travailleurs sociaux sont peu convaincus de la pertinence de la Summer School parce que les objectifs ne sont pas assez clairs selon eux.
L’annonce de la Summer School dans le discours du budget 2012 a surpris plus d’un, parce que ce projet n’a jamais figuré jusque-là dans l’agenda du ministère de l’Éducation. « On a entendu beaucoup parler ces deux dernières années de Enhancement Programme mais pas de Summer School. Qui en a eu l’idée subitement ? » se demande un Head Teacher.
D’abord, il y a beaucoup de confusion et de contradiction sur l’objectif réel du Summer School Programme. Dans le discours du budget, la Summer School est présentée comme une mesure pour, avant tout, combattre l’échec scolaire et on y fait mention de « targetted supplementary education » en écriture, lecture et calculs pour les enfants des Standards IV et V qui ont des difficultés dans ces domaines. Toujours d’après le discours du budget, ces enfants « will be taught » trois fois la semaine. Cela ressemble donc à des classes de rattrapage pendant les vacances d’été. Le ministre de l’Éducation l’a confirmé dans son intervention sur le budget et avait ajouté qu’un tel projet permettrait aux slow learners de rattraper leur retard. Mais de nombreux pédagogues sont très critiques vis-à-vis de la Summer School, qui, selon eux, ne donne aucune réponse aux « vraies questions fondamentales touchant le CPE ». « C’est le CPE et les leçons particulières qu’il fallait revoir. La Summer School n’est ni plus ni moins qu’une mesure cosmétique pour faire oublier la vraie réalité du CPE. Si les enfants ciblés n’ont pas pu assimiler certaines choses pendant l’année scolaire, pensez-vous qu’ils vont pouvoir être mieux à l’écoute des leçons en sachant que c’est le temps des vacances et des divertissements ? » se demande un inspecteur du primaire. « Ce n’est pas sérieux, cela ressemble à une action plutôt politique. Je doute que la Summer School, qui ne dure que quelques semaines, puisse corriger les inégalités par rapport au CPE », ajoute sur un ton sceptique un Head Teacher.
Du côté des organisateurs de cette Summer School, celle-ci est définie comme « un camp de vacances avec un volet pédagogique ». Il ne s’agit pas selon eux de « remedial classes » ni ne prolongement de l’école en cette période de l’année. « C’est un camp de vacances et non une extension des heures de l’école », laisse entendre Homa Mungapen, présidente de Mouvement pour l’Éradication de la pauvreté et coordinatrice du projet Summer School. « Mais ce n’est pas un camp de vacances uniquement pour s’amuser. Les enfants apprendront ce qui figure dans leurs programmes d’études à travers différentes activités. Nous voulons leur redonner le goût à l’école et à l’apprentissage », explique-t-elle au sujet du concept.
Mais, en ce moment, c’est l’organisation et la mise en pratique du projet ainsi que l’empressement du gouvernement à passer à l’action qui soulèvent beaucoup d’interrogations. En voici quelques-unes : « Pourquoi le projet a-t-il été confié au MEP ? Comment les enfants seront-ils sélectionnés pour participer à ce camp de vacances ? D’où sort l’argent pour la mise en pratique du projet puisque la mesure figure au budget 2012 ? Combien d’enseignants y participeront et combien seront-ils payés ? Quel sera le rôle du ministère de l’Éducation et celui de la société civile ? »
C’est le ministère des Finances qui a appelé les responsables du Mouvement pour l’Éradication de la Pauvreté — un collectif d’ONG – avant le budget pour leur présenter son idée de Summer School en leur demandant d’élaborer un projet dans ce sens. Ce ministère a organisé une réunion avec le MEP et le ministère de l’Éducation après le budget pour confirmer son intention et pour organiser cette Summer School dès cette année. C’est ainsi que le MEP a obtenu le contrat pour réaliser ce projet pour le compte du gouvernement.
Le MEP est allé très vite dans la conception de cette Summer School : un budget Rs 1,6 M ; douze écoles choisies dans les quatre zones du pays dont deux établissements RCA ; environ 600 enfants concernés, soit 50 par école ; un personnel payant et quelques bénévoles.
Le président de la Government Hindi Teachers Union s’intéresse surtout au volet financier. « Comment se fait-il qu’un projet qui figure pour l’année financière 2012 soit mis en pratique immédiatement ? Je demande à tous les députés indistinctement de ne pas voter cette dotation budgétaire », dit Suttyhudeo Tengur au Mauricien. « Si jamais le ministre persiste avec ce projet cette année il faudra savoir où il a obtenu l’argent puisque cela ne figure pas dans le budget 2011 », poursuit-il. « Le gouvernement nous a confié un travail et nous allons le faire mais ce n’est pas à nous de répondre sur le financement du projet. Posez la question au ministère des Finances », dit pour sa part Homa Mungapen.
Ce projet concerne les écoles qui enregistrent un taux de réussites de moins de 50 % aux examens au CPE ; 61 écoles qui tombent dans cette catégorie mais les douze écoles choisies sont St Antoine RCA, Surnee Surtee GS, Xavier-Barbe GS, Emmanuel Anquetil GS, Aimé Césaire GS, Barkly GS, Nuckchady GS, Belle Mare GS, Souillac RCA, Espitalier-Noël GS.
En tant que partenaire de l’Éducation nationale, le BEC participe au projet mais il nous revient que beaucoup de personnes à l’intérieur du secteur primaire et du secondaire de l’éducation catholique n’approuvent pas ce projet. « En tant que partenaire du ministère nous collaborons en prêtant nos facilités logistiques et autres. Il ne faut pas être complètement négatif. Il s’agira d’un alliage de vacances et d’apprentissage qui ne peut que faire du bien aux enfants. Allons voir ce que ce projet pilote va donner », dit Gilberte Chung, directrice du BEC.