Est-il obligatoire de continuer à confier la gestion des villes à des politiciens davantage motivés par des intérêts partisans ? La question mérite d’être posée alors que dans différents quartiers, des citoyens se sont regroupés pour penser à leurs intérêts collectifs et à l’amélioration de leur environnement. Pourquoi ne pas aller au bout de la logique en prenant d’assaut les mairies pour les restituer aux citoyens ? Les prochaines élections municipales constituent une occasion à ne pas rater.
“Nous avons toujours été en faveur de la participation des citoyens aux élections municipales. Les partis politiques devraient laisser les villes aux citadins.” C’est l’avis de Clet Adolphe des Forces citoyennes de Curepipe. Il n’est pas le seul à le penser. Tous ceux que nous avons contactés partagent cet avis, ce qui devrait faire réfléchir politiciens et citoyens. Même si certains de nos interlocuteurs ne se voient pas participer personnellement aux élections, à l’instar de Fleuriot Flore du mouvement social NHDC Camp Levieux. “Les forces vives doivent rester apolitiques car elles doivent travailler avec n’importe quel gouvernement en place.”
Joëlle Rabot, très engagée dans le social, est aussi de cet avis. “Les citoyens qui veulent participer à une élection doivent savoir au-devant de quoi ils vont et s’ils ont la capacité de le faire, car la bonne volonté ne suffit pas. Il faudrait aussi que les personnes s’engagent de manière désintéressée.”
Nizam Nasroollah du Klib sportif zanfan Vallée-Pitot ne passe pas par quatre chemins pour affirmer qu’il va encourager toute participation des citadins à une élection municipale. Mais ces derniers devront être “sincères” dans leur engagement. Il précise qu’il ne votera pas pour quelqu’un simplement “parski li enn zanfan landrwa ou ki mo fami ek li”, mais pour ses qualités et ses compétences. Le candidat devrait être prêt à défendre les intérêts des habitants de sa ville.
Pas à la hauteur.
Pour Brian Pitchen du groupe Espwar reviv Barkly, “il est grand temps que la société prenne en main la destinée de nos villes”. Eu égard aux magouilles et scandales en tous genres, il estime que les citoyens seraient plus aptes à administrer les villes que les politiciens. “Ils connaissent mieux les problèmes et ont aussi des solutions à apporter.”
Soobash Hurree de l’association SED à Pailles pense qu’il est tout à fait légitime que les citadins participent à une élection municipale. Une meilleure éducation de la population est souhaitable, soutient-il. Il reconnaît que les citadins risquent de se montrer réticents à accepter les candidats n’appartenant pas à un parti politique, par “manque de confiance”. Il évoque même le démon communautariste qui risque de prévaloir dans l’esprit des gens, au détriment de la compétence. “Les valeurs citoyennes devraient être enseignées afin que les gens se considèrent avant tout comme membres d’une même société.”
Brian Pitchen avance aussi que les citadins devraient changer leur façon de penser et adhérer à l’idée que les villes peuvent être administrées par les citadins eux-mêmes. Pour lui, les villes comptent assez de personnes compétentes, mais on ne leur donne pas l’occasion de servir la communauté. Pour un assainissement de la situation dans l’administration de nos villes, “inn ariv ler pou mobilize”.
Pour les élections municipales à venir, les Forces citoyennes de Curepipe pensent inviter un groupe de résidents à se pencher sérieusement sur la question. “Il y a trop de mainmise sur la désignation d’un maire par exemple. Il n’est souvent pas celui que souhaitent les habitants mais est choisi selon les directives de son parti.” Une ingérence qui a été flagrante lors des dernières élections villageoises lorsque Sandhya Boygah, plébiscitée comme présidente du Conseil des villages du Nord, a dû démissionner pour céder la place à quelqu’un d’autre. Dans certaines villes, n’a-t-on pas vu la désignation de maires qui n’ont pas été à la hauteur de la situation ?
Mobilisation.
Selon Clet Adolphe, si on veut vraiment inciter les jeunes à s’engager, il faut donner aux citoyens la possibilité de gérer leurs villes. Fleuriot Flore fait état des déceptions dans l’administration de nos villes, qui ont perdu leur superbe d’antan. Il cite la ville de Beau Bassin/Rose-Hill, qui n’est plus la référence qu’elle était en matière de gestion.
Les candidats potentiels doivent être des habitants de la ville dans laquelle ils briguent les suffrages. “Les politiciens qui se font élire disparaissent après une élection et leurs mandants n’ont plus de contact avec eux. Pire, certains ne participent même pas au Conseil. Ne faudrait-il pas couper leurs allocations ?”, s’interroge Brian Pitchen. Ce dernier s’insurge contre les largesses de certaines administrations régionales. Il mentionne à cet effet les bottes et poubelles achetées à des prix exorbitants.
On n’attend désormais plus que l’annonce de la date des élections municipales. Les partis classiques sont déjà sur le pied de guerre pour administrer les villes, davantage dans leurs intérêts que pour ceux des citadins. À ces derniers de savoir réagir.