Àgé de 36 ans, Johnson Roussety détient plusieurs diplômes universitaires. Chef Commissaire du premier gouvernement MR à l’assemblée régionale en 2006, il devait quitter le parti en 2010. Il a depuis crée sa propre formation, le Front Patriotique Rodriguais.
Êtes-vous satisfait de la foule venue célébrer mercredi dernier le premier anniversaire du Front Patriotique Rodriguais ?
Je suis très satisfait. Après seulement une année d’existence, nous voyons que le FPR est écrit en grand sur le paysage politique de Rodrigues.
Quelle est votre analyse de la situation politique à quelques heures du scrutin ?
La majorité en place ne va pas tenir. Je ne vois pas le MR remporter ces élections, ils vont donc quitter le pouvoir régional la semaine prochaine. Considérant que le FPR puise principalement dans l’électorat du MR, les verts risquent de perdre partout.
Les observateurs pensent que vous avez, en quittant le MR, emporté 30% de son électorat.
C’est vous qui avancez ce chiffre. Nous pouvons avoir dans notre électorat des gens du MR mais aussi des déçus de l’OPR ou des gens qui jusqu’à maintenant ne s’identifiaient à aucun des deux blocs.
C’est une élection fondamentale pour Rodrigues ?
Je le crois. Elle témoigne de la marche de la démocratie. L’OPR est un parti qui a ses bases et va faire élire des candidats. Mais est-ce qu’elle aura la majorité pour diriger l’assemblée, c’est-à-dire gagner dans au moins quatre régions ? Ça, on ne sait pas. Et puis, il y a le calcul de la proportionnelle qui vient modifier toute la donne.
Pourquoi vous présentez-vous à la proportionnelle au lieu de choisir le suffrage direct pour vous faire élire ?
Je voulais aller au suffrage direct jusqu’à la dernière minute, mais ce n’est pas moi qui décide de tout au FPR. Les délégués, les agents et les sympathisants de la région 5 ont voté pour que j’aille sur la liste proportionnelle. Je crois qu’ils avaient des craintes que leur leader ne soit pas présent à l’assemblée régionale – comme cela fut le cas pour un leader de parti en 2002. C’est un bon calcul politique que j’ai accepté et qui joue en notre faveur parce que cela permet à un électorat national de voter pour le FPR. Je ne vais pas revenir sur les circonstances de mon départ du MR, mais ce parti a gâché ses chances en se passant de ceux qui travaillaient, réussissaient et que les gens appréciaient. On ne crée pas un parti pour soi.
Vous avez quitté le MR parce que le parti fonctionnait avec deux leaders : un à Port Mathurin et l’autre à Port-Louis.
Il n’y avait pas deux leaders mais un chef commissaire et un ministre, lequel ministre semblait ignorer les provisions de la loi régissant l’Assemblée régionale. Le problème de certains leaders est de croire qu’une fois arrivés au pouvoir ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Au FPR, le parti n’est pas la propriété du leader mais de tous ses membres.
Qui de Serge Clair et de Gaëtan Jhabeemissar est votre principal adversaire dans cette élection ?
Les deux. Je ne parle pas en termes de leaders ou de candidats, mais en termes de partis. L’OPR et le MR sont mes adversaires, mais disons que le MR est un adversaire beaucoup plus hard et l’OPR plus soft. Le MR nous a fait beaucoup de mal, à moi personnellement, à ma famille et mes proches, et il doit le payer, politiquement parlant.
Vous êtes en train de mener une vendetta plus qu’une action politique?
Pour moi, c’est une vendetta politique. Mon principal adversaire est le MR, parce que je ne crois pas que ce parti a les capacités pour bien diriger Rodrigues. Mon principal adversaire est le MR, dont j’ai fait partie. Au départ, le MR défendait des valeurs dans lesquelles je crois, puis il a fait une alliance avec les travaillistes de Maurice contre les Rodriguais, et Von Mally est devenu le valet de Navin Ramgoolam, qui pense que celui qui dit que le gouvernement mauricien néglige Rodrigues a un problème. J’ai un problème quand je sais que des touristes veulent venir à Rodrigues mais ne trouvent pas d’avion. L’eau à Rodrigues n’est pas disponible, elle est impropre, pas filtrée, pas disponible et de qualité inférieure aux normes acceptables et coule une fois de temps en temps. Ce n’est pas un problème ça ?
On dit que vous jouez les trouble-fête dans cette élection, que vous êtes celui qui va décider qui va diriger l’Assemblée régionale ?
J’aurais bien aimé, mais ce sont les dirigeants du FPR qui vont décider avec qui faire alliance en cas de besoin. Mais nous n’en sommes pas encore là. Je préfère vous dire tout de suite que je n’ai pas envie de travailler avec le MR.
Et si la base du FPR en décide autrement ?
Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais s’il faut aller vers cette possibilité, il faudra étudier la question. Notre atout, c’est que nous nous présentons comme une sorte de garantie. Nous n’allons pas accepter que l’on ferme des compagnies, que l’on mette de gens à la porte, que l’on se livre comme à Maurice à une opération lev paké allé.
Est-ce qu’un retour de Johnson Roussety au MR est envisageable ?
Johnson Roussety ne retournera jamais au MR. Il se peut que dans des circonstances précises on travaille ensemble dans le cadre d’un projet. C’est aussi valable pour l’OPR.
C’est plus facile pour vous d’envisager de travailler avec l’OPR qu’avec le MR ?
Je ne sais pas. Je pense qu’il vaut mieux que le FPR continue à se structurer, à militer pour la mise en pratique des provisions de la loi sur l’autonomie plutôt que d’aller perdre notre âme dans des alliances. Le FPR est appelé à devenir un des principaux partis de Rodrigues.