Agé de 56 ans, Gaëtan Jhabeemissar a été enseignant dans le primaire. Élu a l’Assemblée régionale en 2002 sous les couleurs du MR, il a été Commissaire de l’Éducation avant d’être promu chef commissaire en 2010 quand Johnson Roussety a démissionné du MR.
Quelle est votre analyse de la campagne électorale à quelques heures du scrutin ?
Je peux dire que le MR maîtrise parfaitement la situation dans toutes les régions, mais beaucoup plus dans les régions une, deux, trois et cinq.
Vous avez des problèmes dans les régions quatre et six ?
Nous maîtrisons la situation dans ces deux régions mais disons qu’il y a plus à faire que dans les autres régions. L’élection de dimanche est la plus importante que nous ayons jamais eue à Rodrigues. En 2002, il n’y avait que deux grands blocs dans la course électorale, le MR et l’OPR. Nous avons aujourd’hui un troisième bloc beaucoup plus modeste mais qui a une force de frappe, puisée de notre manière de fonctionner qui joue plus contre le MR que contre l’OPR.
Pour quelle raison est-ce que les électeurs rodriguais devraient voter pour le MR ?
Pour plusieurs raisons. Quand il fallait faire le choix en 2006 entre l’OPR et le MR, la majorité nous a fait confiance. Le programme que nous avions présenté en 2006 a été complété en 2011, même sans Johnson Roussety, qui a quitté le MR pour les raisons que l’on sait en 2010. J’ai eu la chance de prendre le relais et je crois que j’ai fait un énorme travail comme chef commissaire
Vous étiez meilleur que Johnson Roussety à ce poste ?
C’est aux électeurs de Rodrigues qu’il faut poser cette question. C’est en tout cas le feedback qui me revient : l’électorat MR dit qu’il a été déçu par Johnson Roussety, qui a fait quatre ans au poste de chef commissaire, et satisfait de l’année que j’ai passée à ce poste.
Qui est votre principal adversaire dans cette élection pour le poste de chef commissaire : Serge Clair ou Johnson Roussety ?
Mon principal adversaire politique a toujours été Serge Clair. Johnson Roussety était avec nous et je continue à le considérer plus comme un camarade que comme un adversaire. Mais il a choisi de partir, de créer son équipe, son parti. Johnson Roussety est plus une nuisance qu’un adversaire comme Serge Clair. Serge Clair est enraciné sur le terrain depuis plus de 25 ans et il n’est pas facile à déraciner. Avant même de naître politiquement, Johnson Roussety est déjà mort.
Les observateurs politiques affirment pourtant que c’est Johnson Roussety qui est l’arbitre cette élection. Vous êtes d’accord avec cette analyse ?
C’est ce que Johnson Roussety souhaite. Il n’est pas une force politique mais a des atouts qu’il peut utiliser. Si sa stratégie marche, il sera le joker de cette élection. Mais quand on constate le nombre de ses partisans qui sont allés célébrer le premier anniversaire du Front Patriotique Rodriguais (FPR), on peut se poser des questions sur l’assise de ce parti dans la population rodriguaise. Je sais qu’il a tout fait depuis plusieurs jours pour réunir une foule importante à sa fête, mais il n’a pas réussi.
Quel est votre principal problème pour cette campagne électorale ?
C’est que les deux adversaires du MR travaillent ensemble contre nous. Il y a une coalition des blancs et des rouges contre les verts. C’est flagrant. Nous savons que les agents des rouges informent les blancs de nos déplacements dans les régions et ils viennent en force pour essayer d’intimider nos partisans. Ce qui provoque des tensions et des incidents. Je me demande quelle va être la situation dans les jours à venir.
Si jamais les résultats des élections donnent le MR et l’OPR à égalité, est-ce que pour empêcher Johnson Roussety d’aller soutenir l’OPR vous seriez disposé à faire alliance avec le FPR pour diriger l’Assemblée régionale ?
Écoutez, dans l’intérêt du pays, nous devons choisir une équipe qui travaille dans la même direction. Même si nous avons certaines divergences de vue, nous pouvons travailler avec ceux qui veulent faire avancer le pays.
Posons la question différemment : est-ce qu’un retour de Johnson Roussety au MR est une hypothèse qui vous semble possible ?
Tout est possible en politique, comme on le dit à Maurice. Je vous donne un exemple. Alex Nancy, qui était un des membres fondateurs du MR, a quitté le parti. Après sa traversée du désert, il a finalement réalisé qu’il n’avait pas d’autre choix que de retourner au bercail. Le MR est le seul parti qui prône à Rodrigues la fraternité et l’unité. Il est possible que Johnson Roussety revienne au MR, c’est d’ailleurs ce que nos partisans disent. Ils disent à Johnson Roussety de se rappeler qu’il est né politiquement dans le MR, qu’il a fait un bon travail au sein du parti, de mettre de côté son orgueil et de revenir au bercail.
Vous vous joignez à cette invitation des partisans du MR, Gaëtan Jhabeemissar ?
Je n’ai jamais dit cela. Je ne l’ai pas fait parce que Johnson Roussety ne m’a jamais demandé de conseil. Par conséquent, je n’ai aucun conseil à lui donner.
Vous êtes confiants pour le MR dans cette élection ?
Je suis tout à fait confiant d’une victoire écrasante du MR lors de cette joute électorale. Parce que les Rodriguais savent que nous avons travaillé pour eux et pour le pays au cours du mandat qui vient de s’achever, le premier qu’un parti politique complète à Rodrigues.