Le principal sujet de conversation des partis reste les meetings de dimanche et la foule qu’ils sont supposés avoir fait se déplacer. Pour les partisans de l’Organisation du Peuple Rodriguais (OPR), le parti de la bougie aurait réuni plus de huit mille personnes à Malabar. Pour les adhérents du Mouvement Rodriguais (MR), pas moins de dix mille personnes ont fait le déplacement pour Mourouk.
La question est de savoir pour qui vont voter la majorité des électeurs rodriguais qui ne se sont pas déplacés pour les meetings de dimanche. C’est cette majorité silencieuse, non démonstrative, qui détermine les résultats des élections et c’est pour la séduire que les candidats vont faire du porte-à-porte et animer des réunions cette semaine avec beaucoup de promesses et de détails sur les programmes électoraux de leurs partis. Si celui de l’OPR, qui compte pas moins de 29 chapitres répartis sur une quarantaine de pages, est le plus volumineux, il n’en est pas pour autant le plus explicite. Il a pour titre « OPR, le grand retour » et pour sous-titre « Espoir et libération ». Celui du MR se résume en « douze points pou sanz ou la vie » avec des propositions ciblées sur des problèmes quotidiens de Rodrigues. Le parti des verts fait surtout campagne sur son bilan de cinq ans au gouvernement régional. Le manifeste électoral du FPR est une grande analyse de l’évolution politique de Rodrigues qui se termine par un « projet de libération politique et d’émancipation économique pour l’île Rodrigues de demain ». Ce manifeste a pour titre l’autodétermination.
Comme à Maurice, les programmes électoraux des partis ne semblent pas avoir été pensés et écrits pour être lus par les électeurs. La majorité d’entre eux se contente de ce que leur disent les candidats dans les meetings et programmes électoraux télévisés. Ils votent plus pour un parti que pour un programme ou des propositions. Les programmes ce sont surtout les adversaires qui les lisent de façon sélective. De façon négative même. Ils choisissent parmi les propositions celles qu’ils peuvent facilement contrer et en font un élément négatif. C’est ainsi que la proposition de l’OPR de mettre de l’ordre dans l’attribution des terres est présentée par le MR comme une menace de reprendre les terres déjà allouées. La plupart des propositions contenues dans les programmes annoncent les mesures qui seront prises après les élections. Mais il n’est écrit nulle part comment et avec quels moyens financiers le futur vainqueur des élections compte réaliser ses promesses. Ainsi, le MR promet de créer 3 500 nouveaux emplois, dont 500 dans la fonction publique. Admettons que grâce aux « bonnes relations du MR avec le gouvernement mauricien », il arrive à obtenir la création de 500 emplois dans le gouvernement en cette période de crise économique, comment va-t-il faire pour créer les autres 3 000 emplois promis ? Par ailleurs, avec quel budget va-t-il financer « un repas chaud et équilibré pour chaque écolier » et un laptop « pour chaque étudiant à partir de la Form IV » ? Comment est-ce que le MR va financer la « construction d’au moins dix bateaux semi-industriels » et l’OPR « les bateaux et autres équipements pour la pêche hauturière » qui seront mis à la disposition des coopératives de pêcheurs ? Avec quels moyens financiers le FPR va-t-il faire fonctionner Rodrigues pour qui elle réclame « l’autodétermination au même titre que le Soudan du Sud » avec ou « sans des liens d’attache avec Maurice ou d’autres pays ».
La MBC a commencé dimanche soir la diffusion des émissions électorales sur ses chaînes radios et télévision. Comme à Maurice c’est de l’anti-télévision, de la radio filmée avec une personne devant un micro et face à une caméra. C’est un défilé de candidats venant réciter une leçon, pas toujours bien apprise, qui consiste à répéter plusieurs fois le nom du parti et de son symbole et du candidat. Les trois anciens Chef Commissaires, habitués à prendre la parole devant les caméras de la télévision, s’en sont plutôt bien tirés d’affaire dimanche soir, contrairement aux candidats qui ont suivi.
Cette émission aura tout de même permis de confirmer que le Muvman Independantis Rodriguais (MIR) est, comme cela a été le cas à Maurice, un parti créé uniquement pour permettre à ses membres d’obtenir du temps d’antenne à la télévision. Mais si à Maurice les partis qui utilisent cette tactique font rire les téléspectateurs/électeurs ou profitent de l’occasion pour faire passer un message, ce n’est pas le cas à Rodrigues. Comme la « prestation » lundi soir du président de ce parti à la télévision, qui n’avait aucun message à passer et encore moins un programme à défendre. Et pire : le président de ce que les observateurs ont appelé « le parti comique de cette élection » ne fait même pas rire.