Fondateur et leader de l’Organisation du Peuple Rodriguais (OPR) en 1976, Serge Clair est âgé de 71 ans. Il a été ministre et député de Rodrigues et premier chef commissaire de 2003 à 2006.
Vous êtes candidat à 71 ans pour tenter de bien finir votre carrière ou par nécessité politique ?
C’est une nécessité politique pour Rodrigues, la continuation de la lutte que je mène depuis des années pour l’autonomie. Nous l’avons obtenue en 2002 et cette victoire a été remise en question par des transfuges, ce qui m’a permis de poser beaucoup de questions sur la qualité des Rodriguais qui font de la politique. Nous avons perdu les élections de 2006 et avons vu ce que Rodrigues est devenue sous la direction du MR. Les délégués de l’OPR ont insisté pour que je sois candidat à la présente élection.
Vous ne vouliez pas le faire ?
Ce sont eux qui ont insisté pour qu’on se batte pour remettre sur pied l’autonomie de Rodrigues. J’ai accepté. Je suis un révolutionnaire qui n’aime pas le statu quo et regarde vers l’avenir. Certains ne l’ont pas compris et me traitent de conservateur…
On dit même que vous êtes un dictateur…
À Rodrigues, on confond la discipline et la dictature. Pour moi, la discipline est une qualité, surtout en politique. Quand vous êtes à la tête d’un pays, il faut que votre équipe comprenne qu’il faut travailler dans la discipline, en respectant des valeurs et une certaine manière de faire.
La totalité de vos premiers compagnons de route a quitté l’OPR. Est-ce qu’ils avaient tous tort ? Êtes-vous le seul à toujours avoir raison ?
Allez leur poser la question. Je ne veux pas parler de ces gens-là.
Quelle est votre analyse de la campagne à quelques heures du scrutin ?
Nous avons commencé notre campagne depuis l’année dernière quand nous avons démissionné pour réclamer des élections régionales, pas des partielles. Nous avons constitué notre équipe qui a suivi des cours de formation avant d’aller travailler sur le terrain. J’ai mis à la disposition de l’équipe mon expérience de ministre, de député et de chef commissaire, je leur ai appris que le pouvoir, c’est de servir les autres, pas pour se servir, que le pouvoir c’est le développement de l’homme, de tous les hommes.
Pour quelle raison est-ce que les Rodriguais devraient voter pour l’OPR en 2012 ?
Parce que nous leur proposons l’autonomie pour apprendre à se mettre debout, pour montrer leurs capacités. Nous leur proposons un programme basé sur la force du Rodriguais et ses compétences, sur la « rodriguanisation » et non sur l’assistanat de Maurice que prône notre adversaire. Parce que l’OPR a un passé qui montre qu’il s’intéresse au développement global de Rodrigues et de ses habitants, pour qu’on cesse de les traiter comme des citoyens de deuxième grade.
Qui est votre principal adversaire à l’élection au poste de chef commissaire, Gaëtan Jhabeemissar ou Johnson Roussety ?
Je ne parle pas des individus. Pour nous à l’OPR, notre adversaire c’est le MR, qui a dirigé l’Assemblée régionale de 2006 à 2011. Nous demandons aux Rodriguais de se rappeler le bilan de ces cinq ans de pouvoir du MR, comment durant cette période Rodrigues fine vine anba-lao, comment on a démantelé la fonction publique, comment l’éducation n’a pas évolué, comment tous les projets, toutes les idées de l’OPR pour le développement de Rodrigues ont été détournées ou annulées. C’est le MR qui est notre adversaire, avec tous ceux qui en ont fait partie de 2006 à 2011. Ce sont eux qui ont mis le pays dans la situation catastrophique où il se trouve actuellement. Nous allons avoir un énorme travail à faire pour redresser le pays après les élections.
Les observateurs politiques disent que dans la mesure où l’OPR et le MR sont de force égale, c’est le FPR de Johnson Roussety qui arbitrera ces élections ?
Nous laissons parler les observateurs et nous travaillons pour remporter les élections. Nous ne voulons pas être à la merci d’un autre parti politique et nous avons déjà dit que nous ne voulons pas d’alliance…
Même après les élections, si la situation l’exigeait ?
On verra ce qui va se passer après le 6 février. C’est au comité central et à l’assemblée des délégués de l’OPR de se prononcer sur la question que vous me posez. Mais nous ne souhaitons pas une telle situation. Nous nous battons pour que les Rodriguais donnent les moyens nécessaires à l’OPR pour diriger confortablement l’Assemblé régionale de Rodrigues pour les cinq ans à venir. Il n’y a pas d’alliance ouverte ou en catimini entre l’OPR et aucun autre parti politique. Nous allons seuls aux élections.
Vous préférez une défaite en solitaire plutôt qu’un arrangement qui pourrait vous permettre de diriger l’Assemblée régionale ?
Personnellement, je répondrai oui à la question. J’espère que l’OPR ne connaîtra pas de défaite et nous allons seuls aux élections. Mais il faudrait aussi poser la question dans l’autre sens : et si pour gouverner le FPR et le MR se remettaient ensemble ? Si jamais cette situation devait se produire, Rodrigues tomberait dans le chaos. C’est aux Rodriguais de prendre leurs responsabilités et de faire en sorte, en votant comme il faut, que cette situation ne puisse advenir.
Vous êtes confiants que l’OPR va revenir au pouvoir ?
Je partage cette confiance avec tous les candidats de l’OPR pour que Rodrigues puisse retrouver son vrai visage et se laver de la saleté de ces cinq dernières années. C’est aux Rodriguais de choisir entre des valeurs saines et la saleté qu’apportent l’argent et l’achat des consciences.