Les standards des radios privées ont explosé la semaine dernière, les murs des ‘Facebookers’regorgeaient de commentaires furax et parfois insultants suite à la saga Hanoomanjee. « Démission » était le maître mot sur toutes les lèvres mais comme dit l’adage « Lalang pena lezo ». Et tristement il en sera ainsi. Pourquoi risquons-nous de demeurer de grandes gueules sans plus ? Je m’explique.
Le citoyen mauricien a subi et continue de consentir à des chocs difficiles, que ce soit le coût de plus en plus élevé de la vie, ne lui laissant d’autre issue que de s’endetter davantage, les coupures d’eau, les agressions de plus en plus abominables et pour couronner le tout des scandales financiers rendant cocu le plus fidèle des contribuables… et pourtant le peuple reste singulièrement atone et immobile. Pourquoi ? Je me demande finalement si le “titre” de « peuple admirable » ne vient pas du fait que nous sommes perçus comme un peuple résilient. Mais encore, résilient ou défaitiste ? Le défaitisme étant « une acceptation de la défaite sans aucune résistance. Dans le terme courant, le défaitisme possède une connotation négative et est souvent lié à la trahison et au pessimisme, ou même à une situation perçue comme désespérante. Le terme est également communément utilisé en tant que contexte militaire : un soldat peut être défaitiste si celui-ci refuse tout combat car il pense être sûr de perdre ou que c’est un combat perdu d’avance. Le terme peut également être utilisé notamment dans la politique, le sport, la psychologie et la philosophie. » (Source : Wikipédia). Parce que, voyez-vous, ce samedi au marché, au coeur des débats sur les prix du « lalo », « margoze », « kokom » qui ont pris l’ascenseur, on parlait aussi actualité et j’ai pu capter quelques commentaires du genre, « Enn eye-wash sa », ou encore « Pa pou ariv nanien, get ki mo dir ou ! » Certains marchands feignaient même le malaise lorsque les clients négociaient les prix ! L’exemple vient d’en haut après tout ! Et on passait aussitôt à autre chose. Leur droit à la vérité avait fait place au « Maya-isme ». En somme, elle est devenue un « joke », ni plus ni moins.
Alors, résilience ou défaitisme ? Ni l’un ni l’autre. Ce qu’il nous manque, c’est tout simplement la maturité politique. Ce qui nous fait défaut, c’est la citoyenneté collective. Mais dans l’absence d’une nation mauricienne comment espérons-nous nous unir, mûrir, et convoler ensemble, comme un seul homme, vers cette citoyenneté collective ? Qui plus est, si on allie les divisions hypocrites d’origine ethnique qui prévalent dans le pays, on se rend compte vite fait qu’on est très loin de la donne. Ce n’est un secret pour personne que le sentiment d’appartenance à une ethnie, à une caste, ou encore à une classe sociale, pèse beaucoup plus lourd que la fibre patriotique. Cette dernière se manifestera peut-être lors des prochaines JIOI aux Seychelles, mais après ?
La démocratie n’est pas un terrain folklorique. Malencontreusement, le citoyen mauricien ignore qu’il a le pouvoir de contrôle et de sanction. Pourquoi est-ce que la contestation, si elle est opérée de façon légale, serait-elle blasphème ? Pourquoi est-ce que contester ce qui vous paraît inique au sein du parti politique que vous soutenez depuis des années et pour lequel vous avez voté aux récentes élections générales, ferait de vous un transfuge ou un traître ? Que vous soyez partisan de tel ou tel parti politique, rien, absolument rien, ne vous empêche de ‘rectifier’le leader que vous soutenez lorsque ce dernier est dans le faux. Vous avez le droit de sortir le « rotin bazar » et de laisser parler votre indignation… Votre rôle ne se limite pas qu’à fournir des applaudissements à chaque manifestation ou à chaque prise de parole, voire à vous faire soudoyer avec quelques « take-away » de « briani » ou de liasses de billets à chaque événement politique majeur ! Rien ne vous oblige à vous taire lorsque les promesses électorales finissent dans la poubelle ou lorsque celui en qui vous aviez fondé tout espoir semble retourner sa veste du jour au lendemain aussitôt qu’on lui sert une part du gâteau nommé “pouvoir”.
La citoyenneté collective est souhaitée de toute urgence mais ce n’est pas ce que souhaite le pouvoir. Viendra le jour où ce peuple arrêtera de « manz pistas get sinema » et exigera qu’on lui « rann so kas ». Moi, j’y crois. Et vous ?