La saison estivale vient à peine de débuter et, déjà, la station météorologique de Vacoas a enregistré des records de températures dans diverses régions de l’île. Ce qui confirme les estimations faites dans le rapport sur les prévisions climatiques pour l’été 2011-2012, publié il y a deux semaines, et qui annonce un été effectivement très chaud.
En 1986, Plaisance avait enregistré un record de température avec 29,9 °C. Ce chiffre a été pulvérisé en octobre 2011, quand le mercure est monté jusqu’à 31,4 °C. Même tendance constatée dans d’autres régions, y compris sur le Plateau central. Ces chiffres étaient toutefois attendus. Le pays avait en effet été prévenu quelques jours plus tôt, à la publication du rapport prévisionnel pour l’été 2011-2012 : celui-ci sera plus chaud que d’habitude.
Some like it hot.
Faut-il s’en inquiéter ? Pas vraiment, selon les propos du prévisionniste Ram Dhurmea. Il y a cependant des précautions à prendre, surtout pour les enfants et les personnes âgées (voir encadré), quand la température atteindra jusqu’à 35 °C parfois, entre janvier et mars de l’année prochaine. Si des records de température ont déjà été atteints dans les régions du sud, ce sont néanmoins Port-Louis et les zones côtières qui enregistreront les températures les plus élevées. Les prévisions de la station de Vacoas annoncent ainsi 35 °C à Port-Louis et jusqu’à 33 °C sur le littoral.
Sunny.
Cette situation ne serait toutefois pas exceptionnelle, et les services météorologiques ne prévoient pas une saison cyclonique plus active que les précédentes – seulement sept à neuf systèmes sont attendus dans le bassin de l’océan Indien. Autre raison de ne pas s’inquiéter : la hausse des températures ne sera qu’occasionnelle. Elle se fera surtout ressentir entre janvier et mars 2012. C’est, du reste, le fort taux d’humidité prévu pour cette période qui rendra la situation inconfortable. À ce moment de l’année, la mer est relativement plus chaude dans la région et, en s’évaporant, elle va engendrer un air plus humide. De plus, le vent soufflera plus fréquemment du nord-est, donc de la zone équatoriale, en apportant ainsi un air plus chaud sur notre région.
Pluie.
Avec nos réservoirs et nos nappes phréatiques presque à sec, la grande question est de savoir si nous aurons assez de pluie pour les remplir à nouveau. Malheureusement, les prévisions ne sont guère optimistes : la saison sera dans la normale, avec une pluviosité moyenne de 1 350 mm attendue. Le plus à craindre : les fortes précipitations localisées, comme le pays en a connu en 2008, et qui ont causé des inondations dans certaines régions. “Ce seront de grosses averses qui auront lieu en peu de temps, mais elles ne tomberont pas sur toute l’île”, indique le météorologue Ram Dhurmea. Reste à espérer que ces pluies surviennent aux bons endroits, c’est-à-dire, là où se situent les principaux réservoirs servant à alimenter les foyers mauriciens.
L’été dernier, la région de Mare-aux-Vacoas a enregistré une pluviométrie déficitaire, alors que c’est l’inverse qui s’est produit à La Nicolière, ou encore dans l’est du pays. La raison étant, justement, que les averses ont arrosé plus particulièrement ces parties de l’île, les systèmes porteurs de pluies ayant été plus actifs dans ces régions qu’ailleurs, fait comprendre le météorologue. Ce dernier refuse toutefois d’associer cette tendance aux spéculations diverses concernant, notamment, l’abattage des arbres sur les hauts plateaux, qui aurait eu pour effet d’attirer moins de pluie. Pour Ram Dhurmea, seule une étude scientifique peut l’affirmer ou l’infirmer.
Moyenne habituelle.
Pourtant, selon certaines études faites dans les bassins de l’Amazonie et de l’Indonésie, il y aurait une incidence du déboisement sur la pluie. Diverses sources indiquent en effet que le déboisement réduit l’infiltration d’eau de pluie et favorisel’écoulement de l’eau à la surface. Il en est de même pour le bétonnage et l’asphaltage de grands espaces autrefois verts. Pour notre interlocuteur, le déboisement peut certainement causer une diminution de la pluviosité d’une région, mais cela ne serait constaté seulement quand de grandes étendues sont concernées.
Par ailleurs, les prévisions météorologiques indiquent également qu’un système dépressionnaire pourrait se former au cours de la première quinzaine de décembre, mais sans pour autant vouloir dire que celui-ci va affecter le pays. D’après ces indications, les systèmes se formeront dans le bassin entre Agaléga et Diego Garcia. Une moyenne de sept à neuf formations pourrait ainsi intéresser notre région, dont un au moins pourrait s’approcher à une centaine de kilomètres de notre île ou de Rodrigues. Ce qui, en soi, n’aurait rien d’exceptionnel. Le météorologue Ram Dhurmea souligne également la tendance mondiale des tempêtes à être de plus en plus violentes, et cite comme exemple les cyclones Hollanda (1994), Dina (2002) et Gamede (2007). “Selon les statistiques, au moins un cyclone pourrait s’approcher tout près de Maurice”, indique-t-il.
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Appel pressant à une utilisation responsable de l’eau
Avec l’arrivée de l’été, la Central Water Authority (CWA) a enregistré une hausse dans la consommation d’eau potable. Ce qui ne l’arrange guère, dans la mesure où la situation des réserves en eau du pays est alarmante depuis un moment déjà. Des mesures d’urgence ont ainsi été prises afin de pouvoir assurer la distribution de l’eau, tout en causant le moins d’inconvénients possibles à la population.
Bhishek Narain, responsable de la communication à la CWA, explique que les ressources en eau du pays montrent des signes d’affaiblissement. Notre principal réservoir, Mare aux Vacoas, n’est rempli qu’à 29% de sa capacité, au lieu de 75%, comme c’est le cas en temps normal. La situation est tout aussi inquiétante du côté des nappes phréatiques. Le rendement des forages a drastiquement diminué, avec une baisse d’au moins 75%. D’autres forages, qui assurent la fourniture en eau des basses Plaines Wilhems, ont chuté de 50%, ajoute M. Narain. “La CWA se trouve ainsi dans l’obligation de revoir sa distribution d’eau afin d’optimiser les ressources”, fait-il ressortir.
La vigilance est donc de mise en attendant les pluies annoncées par la station météorologique de Vacoas, prévues pour la deuxième moitié de novembre. Mais il ne s’agira que d’averses isolées, les fortes pluies estivales étant pour leur part prévues pour décembre, selon le rapport prévisionnel publié à la fin du mois d’octobre. Face à cette situation difficile, de plus longues coupures dans la distribution de l’eau auront lieu dans l’ouest et le sud du pays, de Case-Noyale au Morne, et jusqu’à Surinam, Chamouny, Chemin-Grenier ou encore St-Félix.
La CWA travaille aussi sur différents scénarios en fonction de la pluviométrie. En attendant, Bhisheck Narain lance un appel pressant à la population afin qu’elle limite son utilisation d’eau potable aux seuls besoins domestiques. Le lavage des voitures, allées de jardin, etc. est ainsi proscrit, mais il est à se demander à quel point ces mesures seront suivies par le public, si des sanctions sévères ne sont prises à l’encontre de ceux qui font ouvertement fi de ces recommandations.
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Attention à la chaleur
Les fortes chaleurs estivales ont déjà commencé à affecter l’ensemble du pays, et un certain nombre de précautions sont à prendre pour éviter d’en subir les conséquences. Le ministère de la Santé, à travers son Régional Public Health Superintendent, le Dr T.R. Nundlall, conseille la consommation d’au moins deux litres d’eau par jour, et ceux qui travaillent au soleil doivent en boire davantage. La température ainsi que le taux d’humidité de la maison et des bureaux doivent être régulés par un système de ventilation ou de climatisation approprié.
Le Dr Nundlall recommande aux membres du public de rester à l’ombre le plus souvent possible. De même, les vêtements aux couleurs claires, et de préférence en coton ou en matières absorbantes, sont plus appropriés. Le port d’un chapeau ou d’une casquette en tissu est conseillé en cas de longue exposition au soleil. Les adultes sont priés de ne pas laisser les enfants s’exposer au soleil pendant de longues durées, surtout en milieu de journée. De plus, il ne faut pas hésiter à consulter un médecin dès l’apparition de symptômes comme vertige, état de faiblesse et coup de fatigue, particulièrement chez les enfants et les personnes âgés.
Par ailleurs, pendant les périodes de fortes pluies, l’eau doit être bouillie avant d’être consommée.
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Maladies

Avec l’arrivée de l’été, les moustiques prolifèrent, et avec eux s’élèvent les risques de transmission de certaines maladies comme le chikungunya ou la dengue. Pour prévenir ces deux maladies, il est primordial de se protéger des piqûres de moustiques et de contrôler leur prolifération.
Les vêtements longs couvrant les bras et les jambes ainsi que l’utilisation de moustiquaires et de produits anti-moustiques sont recommandés pour éviter les piqûres. La prolifération de moustiques peut, elle, être contrôlée en évacuant l’eau qui s’accumule sur le toit des maisons, en vérifiant que les conduits d’eau et les gouttières ne sont pas obstrués, et en recouvrant convenablement les réservoirs d’eau de façon à ce que les moustiques n’y aient pas accès.
Il faut également se débarrasser de tout objet qui pourrait retenir l’eau dans l’environnement extérieur immédiat, changer l’eau des vases à fleurs au moins une fois par semaine, défricher et nettoyer régulièrement les terrains inoccupés, veiller à ce qu’il n’y ait pas d’accumulation d’eau dans les récipients placés sous les pots de fleurs, balayer régulièrement les feuilles mortes des jardins, et placer les déchets dans une poubelle couverte.
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L’agriculture tributaire de la pluie

La saison estivale risque d’être déterminante pour l’agriculture. Si les grosses pluies ne font pas leur apparition cette année encore, le secteur agricole risque d’en pâtir considérablement et on fera face à des pénuries de fruits et de légumes sur le marché. “Il y a des mangues sur les arbres mais pas suffisamment de letchis. Je ne crois pas que les arbres fruitiers aient eu suffisamment d’eau. Si le problème d’eau persiste, la production va gravement baisser. Il y aura également une diminution très importante de légumes fins sur le marché”, souligne Éric Mangar, responsable du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire.
Ce dernier prodigue quelques conseils aux planteurs pour limiter la casse. “En attendant qu’il pleuve, les planteurs doivent avant tout gérer l’eau convenablement. Les systèmes d’irrigation goutte à goutte sont les bienvenus en cette période car ils évitent le gaspillage.” Il soutient également que d’autres mesures peuvent être prises pour s’assurer que les productions ne sont pas trop affectées par le manque d’eau. “Les planteurs peuvent couvrir le sol avec de la paille; cela réduira l’évaporation de l’eau. Il faut savoir que 60% va aller dans l’eau et le reste aux racines de la plante. L’autre mesure à prendre est l’utilisation du fumier et du compost. Ces derniers aident à stocker l’eau.”
Éric Mangar souligne qu’il est primordial d’augmenter notre capacité de stockage d’eau. “Les projets Bagatelle Dam et Rivière des Anguilles Dam sont les bienvenus. Il faut que très rapidement, nous palliions cette lacune de stockage d’eau.”