Après deux années à l’essai dans certains établissements, la National Form III Assessment sera introduit cette année dans tous les collèges. Environ 20 000 collégiens en sont concernés. Même si pour l’heure ce nouvel examen national ne porte que sur cinq matières considérées comme « core subjects », l’angoisse gagne de nombreux parents qui s’empressent pour des leçons privées dès la Form I. Alors que les collèges attendent en vain le rapport des examens de 2011, l’on apprend que le ministère aurait confié à un professionnel du privé l’analyse des données émanant de l’examen de l’an dernier, en raison du caractère très complexe de la tâche. Le rapport du contractuel risque de tarder car des collèges n’ont envoyé que des informations partielles…
Cela fait trois ans depuis que Vasant Bunwaree, ministre de l’Éducation, évoque l’introduction et fait la promotion de ce nouvel examen de Form III au niveau national en rappelant à chaque fois que cela figure parmi les recommandations de son Strategy Plan 2008-2010. Le ministre a avancé plusieurs raisons pour justifier cette mesure. Cette évaluation étant à mi-chemin du parcours jusqu’au School Certificate, et selon lui, cela permettra d’identifier les forces et faiblesses des élèves et ensuite d’apporter immédiatement les corrections là où cela s’avère nécessaire. Selon son plan, cette évaluation a aussi pour objectif d’orienter les élèves vers la filière d’études qui correspond au mieux à leurs aptitudes et c’est ainsi qu’il a maintes fois évoqué ces dernières années l’introduction du HSC Professional « dans un avenir très proche ». Les collaborateurs du ministre affirment aussi que cet examen en commun est un moyen de mettre tous les élèves des collèges d’État et ceux des collèges privés sur un pied d’égalité avant d’affronter les examens de Cambridge.
A priori, les arguments du ministère semblent justes. Et à deux reprises, il a testé la mise en pratique de cet examen, la première fois en octobre 2010 et la deuxième l’an dernier. Mais à la veille de son introduction sur une base nationale, enseignants, directeurs des établissements et parents ne montrent pas un grand enthousiasme. Pour plusieurs d’entre eux les objectifs énoncés par le ministre sont loin de correspondre à la réalité du terrain. « C’est un examen inutile et qui donne lieu hélas à beaucoup d’angoisse parmi les parents », constate un recteur d’un collège d’État. « On est obligé de faire nos élèves passer cet examen mais il n’y a aucune conviction car rien n’a changé après l’examen de 2010 », ajoute un autre.
Une évaluation par le ministère de ces deux précédentes expériences aurait peut-être convaincu les plus sceptiques de la nécessité d’un tel examen mais jusqu’ici le ministère n’a pas été en mesure de présenter un rapport. Il y a aujourd’hui une demande insistante dans les écoles à ce sujet. « Kot rapor minister ? » entend-on à plusieurs reprises dans beaucoup de collèges. Quelques autres commentaires face à cette absence d’évaluation : « Comment apporter les corrections si nous n’avons aucune indication de la manière dont les élèves ont travaillé dans les différentes matières et quelle a été la performance des collèges d’État et des collèges privés » ; « Il est impératif d’avoir un feedback général. »
Le ministère est conscient lui-même de la nécessité de mener une évaluation bien détaillée de l’examen organisé l’an dernier en vue d’avancer dans la bonne direction cette année. D’où l’envoi en novembre dernier dans les écoles, après la correction des épreuves, d’une Audit Data Sheet (un genre de feedback sheet) qui doit être remplie par les enseignants concernés. Ils doivent inscrire non seulement les points obtenus dans chacune des cinq matières par chaque élève mais donner aussi les notes de l’élève pour chaque numéro du questionnaire ainsi que les notes de chaque partie d’une question. Mais le ministère ne s’était pas préparé à la levée de boucliers d’un bon nombre d’enseignants de ces collèges, soutenus par leurs syndicats, qui refusent de s’acquitter de ce travail additionnel qui est du time-consuming et qu’il considère comme une tâche administrative ne figurant pas dans leur scheme of duties. À ce jour, dans plusieurs collèges d’État, des enseignants n’ont toujours pas rempli cet Audit Data Sheet malgré les directives du ministère. Leur syndicat a porté l’affaire devant un Tribunal d’Arbitrage et cette instance a appelé les parties concernées à la fin de ce mois de janvier. Cette situation inattendue n’est pas sans conséquences sur cette évaluation réclamée par tous. Le ministère avait pris la décision de nommer cinq groupes de travail — comprenant entre autres des recteurs — pour l’analyse des Audit Data Sheets pour chacune des matières, mais a préféré par la suite, selon nos informations, confier cette tâche à un statisticien du privé. « Le ministère a contract out l’analyse des données. Il s’agit d’un travail technique très compliqué qui requiert une compétence spécifique », confie un cadre de ce ministère. Toutefois en l’absence de certaines informations pour certaines matières, la rédaction de ce rapport par ce professionnel risque de prendre du retard.
De l’avis de quelques chefs d’établissement, il y a trop peu de matières incluses dans cette Form III National Assessment pour pouvoir guider les élèves en début de Form IV vers la filière d’études dans laquelle ils sont les plus doués en vue de leur participation aux examens de SC. « Les matières techniques et commerciales n’y figurent pas », déplorent-ils. Les cinq matières concernées sont l’anglais, les mathématiques, le français, l’ICT et les sciences. En outre, un recteur d’un collège d’État de la capitale souligne le déséquilibre au niveau du temps alloué pour l’enseignement des matières au niveau de la Form III. « Il y a une seule période par semaine pour la comptabilité et l’économie, deux par semaine pour les social studies et six par semaine pour les sciences. Comment pourront-ils faire un bon choix en Form IV si les matières scientifiques sont privilégiées dans l’emploi du temps ? », s’interroge ce recteur.
Ce nouvel examen par ailleurs est déjà source de stress pour beaucoup de parents qui y voient une autre compétition entre élèves à peine sortis du cercle infernal du CPE. Selon plusieurs témoignages d’enseignants il y a une grande demande pour les leçons particulières dès la Form I pour trois matières spécifiques, notamment les mathématiques, l’anglais et sciences. Mais ils sont nombreux à ne pas approuver cette démarche des parents pour des leçons durant les deux premières années du secondaire, à moins, disent-ils que leurs enfants aient de « sérieuses difficultés » dans ces domaines. « Avant les parents demandaient des leçons particulières pour l’anglais et les maths quand leur enfant arrivait en Form III dans le cadre de la préparation pour la Form V. Je suis choqué devant l’insistance de quelques parents qui sont venus me voir pour donner des leçons à leurs enfants qui sont en Form I et en Form II. C’est insensé », déplore un Head of Department de maths d’un collège d’État. « J’essaie de leur faire comprendre qu’il n’y a aucune nécessité pour de telles leçons même s’il y a cet examen national », ajoute l’enseignant de carrière.
Le voeu des recteurs des collèges d’État aussi bien que les responsables du secondaire privé à l’entrée de cette nouvelle année scolaire : que le ministère entretienne une communication étroite et régulière avec les établissements. lls ajoutent aussi qu’une meilleure planification des responsables au ministère permettrait d’éviter des situations délicates et inextricables comme par exemple le refus des enseignants à remplir cet Audit Data Sheet dans le cadre de l’évaluation de la dernière édition du Form III National Assessment.