Des balises de détresse tirées dimanche après-midi vers 17 h 45 par deux rameurs britanniques – Bob Stenning (31 ans) et James Adair (30 ans) – se trouvant en difficulté au large de l’île de la Passe au sud-est de Maurice ont déclenché une importante opération de recherches et de sauvetage menée par trois volontaires : Éric Adam, Frédéric de Chasteauneuf et Thierry Rey. Gens de la mer aguerris, ils avaient été avertis par les responsables du Club nautique de Pointe d’Esny, conscients des dangers que couraient ces deux rameurs britanniques, qui étaient sur le point de boucler la traversée de l’océan Indien de la côte ouest de l’Australie à Maurice.
À ce stade, les deux rescapés de dimanche soir n’ont pas encore révélé les circonstances dans lesquelles s’est déroulé le naufrage de leur kayak après une traversée de 116 jours, 23 heures et 47 secondes alors qu’ils étaient tout proche du but : le Grand Bay Yatch Club. À ce matin, ils se disaient encore sous le coup du choc et de l’émotion pour revenir sur la dernière partie de la traversée.
« Dear All, thank you so much for following us and supporting us on our row (and swim) across the Indian Ocean. We will post a final blog with a description of our capsize, swim and dramatic night rescue from the reef in a day or two when we’re feeling a bit stronger but we’re in one piece and close to the hotel buffet/bar. A quick thank you to all the local people who kept looking for us when others had given up », ont écrit Bob Stenning et James Adams sur le website de l’Indian Ocean Woodvale Rowing Race 2011 en attendant de pouvoir raconter en détails cette expérience rarissime car avant eux « just 11 rowing boats have crossed the Indian Ocean ».
N’empêche que ces deux rameurs britanniques doivent une fière chandelle à cette habitante de Pointe d’Esny Mme Coombes et à Éric Adam, Frédéric de Chasteauneuf et Thierry Rey. La première pour avoir attiré l’attention des autorités compétentes, notamment les responsables du Club nautique de Pointe d’Esny et la National Coast Guard, du drame qui se jouait au large des récifs de l’île de la Passe, une région en mer jugée extrêmement dangereuse.
Les recoupements d’information effectués par Le Mauricien indiquent que face à une mer démontée et avec leur kayak malmené par une mer démontée, les deux rameurs britanniques ont pu tirer les fusées de détresse en leur possession dans une tentative de déclencher une search and rescue operation en mer. Il était alors aux alentours de 17 h 45. Elle a eu la présence d’esprit d’avertir des membres du Club nautique de Pointe d’Esny aussi bien que les responsables du poste de la National Coast Guard de Blue-Bay.
La solidarité des gens de la mer jouant à fond, les trois sauveteurs volontaires et possédant une parfaite maîtrise de cette région ont décidé de mener les opérations, compte tenu de la faible logistique dont dispose le poste de la NCG pour engager des recherches d’envergure en mer. Les éléments de la NCG avaient mis à l’eau un zodiac en caoutchouc dépourvu de facilités d’éclairage.
Les effectifs de la NCG de Blue-Bay étaient littéralement impuissants devant l’immensité de la mission qui les attendait. L’appui logistique de l’hélicoptère, le Chetak, qui a survolé la zone du sinistre pendant un maximum d’un quart d’heure, n’avait permis que d’identifier le kayak endommagé sur les récifs alors que les deux rameurs britanniques restaient introuvables en mer.
Néanmoins, les efforts déployés par le trio de volontaires devaient porter leurs fruits après environ deux heures de recherches en mer. Vers 20 h 50, Ben Stemming et James Adair, qui ont trouvé refuge sur les brisants à un quart de mille où leur embarcation avait échoué, devaient être repérés. « Les deux rescapés étaient accroupis sur leurs jambes sur les récifs. La chance était que c’était la marée basse. Au cas contraire, il aurait été difficile pour les rameurs britanniques de s’approcher de cette zone. Compte tenu de la topographie de la région et le fait que les naufragés ne portaient pas de chaussures ou autre protection à leurs pieds, ils ont rencontré d’énormes difficultés pour se déplacer sur les récifs », ont fait comprendre les sauveteurs au Mauricien.
« Pour pouvoir évacuer les brisants, nous avons dû enlever les coussins de nos speed boats et nous les avons attachés à des gilets de sauvetage. Puis un par un, nous avons demandé aux naufragés de s’y installer alors que nous tirons le matelas pneumatique de fortune vers notre bateau. Ils étaient extrêmement faibles et exténués. Par la suite, ils ont pris place à bord d’un des bateaux de pêche, qui étaient venus prêter main-forte aux recherches, pour se rendre à l’hôtel Le Preskil », poursuivent les sauveteurs en rappelant que les seules préoccupations des officiers de police étaient de relever l’identité des victimes et l’immatriculation de l’embarcation.
Le kayak, qui avait commencé cette traversée de 3 136 milles nautiques de l’océan Indien à Geraldton en Australie le 21 avril dernier, a été abandonné sur les récifs. Un constat effectué hier matin confirmait que cette embarcation a été pillée, le radeau de sauvetage et les balises de détresse cambriolées. Les sauveteurs volontaires disent que les autorités auraient dû prendre des mesures pour éviter ce genre de pillage en mer au lieu de « s’approprier les efforts de sauvetage d’autres personnes ».
Un autre équipage de quatre rameurs à bord d’un autre kayak a eu plus de chance, ayant pu rallier le Grand Bay Yatch dimanche soir dans le cadre du même l’Indian Ocean Woodvale Rowing Race 2011.