S’il y a une version qui dominera les élections nationales prévues le mercredi 10 décembre, ce sera la proposition Ptr/MMM, qui est de changer le système politique pour en faire un régime présidentiel. Une proposition qui, rappelons-le, inclut une correction de la structure de la représentation par le biais d’une réforme électorale. De l’importance même de ces deux énoncés, plus on se rapprochera du 10 décembre 2014, de même on se rapprochera de deux postulats pour les votants. A savoir, être conscients de se trouver dans une séquence historique et au postulat de faire face à la suprématie d’une disposition fondamentale. Les deux sont intimement liés.
Pour avoir déjà écrit sur les pays anglophones et francophones à valeurs universelles, rendons-nous vers d’autres horizons : les pays hispanophones décolonisés n’ont pas choisi le régime premierministériel espagnol comme exemple politique à suivre. C’est le cas de l’Amérique latine et de l’Amérique centrale. En Afrique, la Guinée équatoriale a fait pareil. Les pays lusophones ont opté pour le même choix. Informons au passage que le Mexique hispanophone, par exemple, a choisi d’accorder un seul mandat présidentiel, sans possibilité à l’élu de se représenter. Le régime présidentiel est une expérience en cours pour des pays décolonisés. Ce régime est même nettement majoritaire autour du globe. Il est surtout l’expérience d’une vraie décolonisation et l’exercice d’une réelle souveraineté pour les citoyens. Je pense même qu’à Maurice l’élection présidentielle aurait dû être le choix depuis 1968, ou en 1982 (c’est pour cette raison que la symbolique découlant des 60-0 de 1982 n’a aucune valeur à mes yeux).
 
Les deux postulats
 
Premier postulat, la symbolique d’un changement de système est tellement forte en tant qu’emprise sur l’esprit que la proposition s’inscrit naturellement dans une séquence historique : une séquence concurrente du oui ou non pour l’indépendance. Ainsi, l’histoire postindépendante vient proposer une deuxième séquence historique aux Mauriciens. Deuxième séquence, parce qu’en comparaison, les élections de 1991 vont générer une République cosmétique. Ensuite, deuxième postulat, en face des programmes électoraux, cette symbolique d’un changement de système fait office de question fondamentale. Le programme électoral le plus élaboré n’a presque jamais surclassé ni pu s’imposer face à la suprématie d’une proposition fondamentale.  Et c’est précisément pour ces raisons qu’à mon avis les votants par défaut – ceux qui font les élections – nuanceront leur décision, entre personnes et enseigne. La nuance est que ces votants particuliers n’iraient pas voter pour Bérenger ou Ramgoolam, mais pourraient soutenir la IIe République.
 
Après tout, au menu il y a celui de faire perdurer le système actuel, ou la proposition d’un régime présidentiel. Il y va de conserver le régime premierministériel et son parlement, ou de passer à un régime présidentiel et un parlement.
 
Le système actuel engendre sous couverture parlementairela monarchie constitutionnelle,les dynasties, les valeurs aristocratiques et l’aristocratie élective, un déficit démocratique ; une absence d’opposition institutionnelle ; une fonction publique autorégulée et un système vertical.
 
 
Placer le citoyen mauricien au coeur de l’État en changeant de système, c’est ;
Se doter d’une vraie République
Avoir des institutions républicaines
Les valeurs universelles en partage
Un début de démocratie participative
Une opposition vive et dans son rôle
Une fonction publique au service du public
Un système à l’horizontal
Passer à une élection au suffrage universel direct
 
Après ça, mon point n’est pas de plébisciter le régime actuel mais, en tant que citoyen, de voir appliquer un régime présidentiel qui comprend ses très fondamentales clefs de contrôle institutionnelles. Le cas échéant, une élection au suffrage universel direct serait certes une première pour Maurice. Par extension, j’y entrevois là-dedans des de facto. Notamment, – pas dans un temps de calendrier civil, mais dans un temps politique proche : si on aura voté un président au suffrage universel, il s’ensuivra le moment de se dire que le maire et le président de district devraient être élus de la même façon. Puis viendra le temps des conseils de quartiers élus.
Il conviendrait de prendre du recul par rapport à l’accord Bérenger-Ramgoolam, et d’attendre la présentation technique et objective des valeurs de ce nouveau régime : l’élection au suffrage universel direct dans 35 ans d’un jeune mauricien âgé de 15 ans aujourd’hui, c’est avant tout une élection sans intermédiaire, qui fait que le peuple c’est le président et le président le peuple. Si toutefois l’étape est franchie.