STEPHAN GUA et DAVID SAUVAGE REZISTANS EK ALTERNATIV

L’incendie des maisons de Cité- Longère de Baie-du-Tombeau serait le résultat de l’échec des gouvernements successifs à s’attaquer à la crise du logement à Maurice. Cette crise s’accentue et continuera à s’accroître par le fait du dérèglement climatique – des saisons plus chaudes, des cycles de pluie différents, plus d’inondations, des cyclones et conditions cycloniques de plus en plus extrêmes entre autres.

C’est sous ce prisme qu’il convient d’analyser cette crise dont les victimes de l’incendie de Baie-du-Tombeau sont les symboles. La demande croissante vis-à-vis de l’État pour l’accès au logement décent découle du fait qu’aujourd’hui le prix des terres en région résidentielle est devenu quasi inaccessible pour l’ensemble de la classe ouvrière et la classe moyenne. Les terres qui se vendaient à Rs 7 000 la toise il y a 20 ans de cela pour une ville comme Quatre-Bornes le sont aujourd’hui à plus de Rs 20 000 la toise.

L’inflation du foncier à Maurice découle directement de la libéralisation de ce patrimoine sur le marché international à un moment où les barons sucriers remplacent la monoculture de la canne par celle du béton. Les différents régimes de vente de nos terres à de riches étrangers de l’Integrated Resort Scheme d’hier au Smart Cities d’aujourd’hui constituent les causes principales de cette flambée des prix des terres à Maurice. C’est pour ces raisons que la classe ouvrière, voire même moyenne, se rabat sur la compagnie d’État, la NHDC, pour un logement.

De l’aveu du CEO de la NHDC dans un entretien en 2018, la liste pour une maison de la NHDC est de 20 000 demandeurs alors qu’en moyenne cette compagnie en construit et livre quelque 550 par année, d’où l’attente de plusieurs années pour un logement de la NHDC. Les victimes de catastrophe climatique sont dans bien des cas déjà en situation de vulnérabilité de par le fait qu’ils habitent des régions propices aux effets de la crise climatique ou du fait que leurs habitations ne soient pas adaptées pour faire face aux aléas climatiques.

Dans les deux cas, ce sont les familles aux revenus modestes et moyens dont il est question. Ainsi, ces familles, en cas de catastrophe ou de calamité, se retrouvent dans la plupart des cas dans l’incapacité de se reconstruire avec une absence de plan de relogement systématique de l’État dans ces cas précis. Certaines des familles victimes de l’incendie de Cité-Longère y sont depuis 1994, soit depuis le cyclone Hollanda, dans ce qui devrait être des logements temporaires. Mais ceci n’a rien de nouveau : la même chose a été observée suite au cyclone Firinga de 1989 où le temporaire a duré plusieurs années. Or, les victimes des catastrophes climatiques deviennent de plus en plus nombreuses et la situation hors de contrôle pour les autorités. De quelque 1800 réfugiés enregistrés en 1994 pendant le cyclone Hollanda nous sommes arrivés à quelque 3 000 en 2018 lors du passage du cyclone Berguita.

Les mesures prises par les autorités, pour ne plus utiliser les écoles comme centre de refuge, démontrent clairement une prise de conscience de l’État de l’ampleur de la situation. Nous avons vu comment dans le passé la situation des réfugiés dans les écoles a handicapé le bon fonctionnement des établissements scolaires. Mais malheureusement cette prise de conscience ne se fait pas dans l’intérêt des victimes de catastrophe climatique.

Il est aussi important dans cette double crise du logement et du climat, de situer la responsabilité de l’économie sucrière qui, avec la déforestation massive de l’époque coloniale et le comblement des zones humides pour faire place aux plantations de canne, a rendu notre territoire plus vulnérable aux effets du dérèglement climatique. C’est pour cela que Rezistans ek Alternativ propose une série de mesures pour contrecarrer cette crise du logement qui se doit d’être comprise aujourd’hui dans un contexte de ce dérèglement climatique : 1) Que l’État décrète l’état d’urgence climatique et oriente ainsi toute activité et organisation sociale en fonction de cette urgence ; 2) Que le droit à un logement décent soit constitutionnellement reconnu ainsi que la reconnaissance des victimes de catastrophe climatique comme étant des réfugiés climatiques avec un protocole clairement établi en fonction de ce statut ; 3) Qu’il y ait la construction de maisons temporaires décentes qui soient le relais entre les centres de refuge existants et un logement permanent pour permettre aux victimes des catastrophes climatiques de se reconstruire de façon humaine dans l’attente d’un logement permanent ; 4) Qu’il y ait une régulation et un contrôle du prix des terres à Maurice par l’État et que le coût du logement soit comptabilisé dans le taux d’inflation afin de mitiger l’impact du processus de gentrification en cours à Maurice ; 5) Que l’État impose la mixité sociale, à travers la construction des logements sociaux par la NHDC dans les environs de tout projet de morcellement, en opposition à la ghettoïsation sociale en cours pour combattre la gentrification et ses effets néfastes ; 6) Qu’il y ait un arrêt immédiat de la vente du patrimoine foncier et immobilier de Maurice aux riches étrangers sous les différents plans énoncés dans le passé, incluant les Smart-Cities ; 7) Que l’État fasse l’acquisition de terres dans le cadre de la réforme de l’économie sucrière et en sauvegarde dans un land bank afin de s’assurer : a. de la souveraineté alimentaire ; b. des besoins sociaux des générations futures ; c. de la reforestation et du reboisement de certaines régions de l’île pour rendre notre territoire plus résilient face aux effets des catastrophes climatiques car rendu vulnérable par la monoculture de la canne ; 8) Qu’il y ait dans le même sillage un processus de consultation nationale au sujet de l’utilisation de ces terres suivant un audit et une vision économique à long terme en tenant compte des circonstances climatiques et écologiques actuelles et à venir ; 9) Qu’il y ait un plan de relogement pour les habitants en zone inondable ainsi qu’un plan de protection et de consolidation des logements à risque ; 10) Que le gouvernement rende public une cartographie, en open data, du niveau et caractère des risques des différents lieux résidentiels pour l’ensemble de la République de Maurice. Une copie de ce papier est aussi envoyée au nouveau ministre du Logement et de la Planification spatiale, Steven Obeegadoo qui en a fait la requête suite à la conférence de presse de Rezistans ek Alternativ tenue le 30 novembre 2019.