Le 13 juin dernier, au Groenland, deux milliards de tonnes de glace ont fondu en une seule journée. Ces dix dernières années, la fonte des glaces au Groenland s’est multipliée par quatre. Et cette semaine, au Canada, une partie de la croûte gelée a fondu alors que les scientifiques s’attendaient à une fonte en 2090. Une conséquence directe du réchauffe- ment climatique. On estime que si la température augmente de 1,5°C à 2°C, la calotte du Groenland ne pourra plus se maintenir. Avec pour conséquence l’élévation du niveau de la mer jusqu’à 7 mètres…

Face à tous ces signes, il y a bien sûr les climato-sceptiques, au premier rang desquels le président américain, Donald Trump, qui continuent à dire qu’il ne s’agit là que de prédictions d’alarmistes…

Un certain nombre de jeunes à travers le monde semblent par contre engagés dans une prise de conscience accrue de ce qui se joue actuellement à l’échelle de notre planète. Lors du Festival du Cinéma Européen qui s’est tenu chez nous du 10 au 15 juin derniers, cette conscience était au premier plan du film d’ouverture. Dans Vincent ou la fin du monde, le réalisateur belge Christophe van Rompaey raconte l’histoire de Vincent, 17 ans, jeune militant écolo passionné, qui se désespère de ce que nous faisons au monde au point de vouloir se suicider pour tirer la sonnette d’alarme.

On peut en effet mesurer à quel point notre époque doit être anxiogène pour des jeunes qui grandissent dans un monde où notre mode de vie semble nous mener vers la perte. Mais il n’y a pas que nos habitudes de vie. Il y a aussi le fait, inéluctable, de la démographie mondiale. Il y a cinquante ans, la population de notre planète se montait à 3,6 milliards de personnes. Aujourd’hui, nous sommes à 7,7 milliards. Soit plus de deux fois plus. Et selon son dernier rapport, publié cette semaine, l’ONU estime que la population mondiale va augmenter plus fortement que prévu dans les années à venir : en 2050, nous pourrions être non 9,7 mais 10 milliards…

Il est évident que notre accroissement, en lui seul, ne peut plus nous permettre de vivre de la même façon. Car il y a deux fois plus de personnes à nourrir, à loger, à vêtir, à faire se déplacer, à soigner. Deux fois plus de nourriture à produire, de déchets à gérer. Cela implique des changements et des défis majeurs pour nos sociétés, sur le plan économique, écologique, sanitaire. Cela nous appelle à revoir complètement nos modes de vie.

Ainsi, nourrir 7,7 milliards de personnes aujourd’hui, demain 10 milliards, entraîne des activités d’agriculture, d’élevage et de pêche qui exercent
une pression devenue insoutenable sur le milieu naturel,
sur les écosystèmes et sur la biodiversité. Et la nécessité de logement entraîne l’extension galopante des zones urbaines, au détriment des milieux naturels.

Pour produire plus, l’agrobusiness utilise de plus en plus d’OGM et de produits chimiques. Ces activités sont par ailleurs dépendantes des énergies fossiles. Outre qu’elles pourraient venir à manquer, ces énergies sont productrices de gaz à effet de serre, qui agit négativement sur le climat. Un véritable cercle vicieux…

Mais il y a des lueurs d’espoir.

Ainsi, celle projetée hier à Moka, avec le Forum Eco-Bio organisé par Sensibio et le Lycée des Mascareignes. Initié par Aurore Rouzzi, qui œuvre depuis quelques années chez nous pour une vie éco-responsable, cet événement, ouvert gratuitement au public, avait pour but affiché de « promouvoir toutes les initiatives écologiques et biologiques existantes à Maurice ainsi que les structures qui œuvrent dans ce domaine ».

Dans une ambiance conviviale, on pouvait ainsi y trouver plus d’une quarantaine d’exposants, présentant leurs initiatives ou réalisations, classées en six catégories: créateur recycleur mauricien, créateur zéro déchet mauricien, entreprises de recyclage, producteur de fruits et légumes bio, transformation, produits agricoles bio pour le jardin et importateurs zéro déchet.

Quatre conférences animées par des intervenants évoluant dans le développement durable, de l’écologique et de l’agriculture biologique ont également ponctué la journée. Une façon non seulement de sensibiliser mais aussi d’informer sur les nouvelles options et pratiques qu’il est possible d’adopter au quotidien, pour non seulement produire mais aussi consommer de façon durable et responsable.

Le tableau, hier, était réjouissant. Car si Maurice semble avoir tardé à se mettre en marche dans ce domaine, elle affiche aujourd’hui un certain nombre d’initiatives plus que prometteuses. Ici, une entreprise récupère de vieux appareils électroniques pour en faire des « pellets » qui entreront dans la fabrication de divers matériaux. Là, un importateur propose des barquettes et autres contenants fabriqués en Thaïlande à partir de la bagasse, moins chers que nos barquettes en polystyrène et dégradables en trois semaines. Il y a aussi ces serviettes en cire d’abeille qui s’adaptent aux bols de diverses dimensions et permettent d’éviter l’utilisation du film plastique étirable. Plus loin, un jeune agriculteur propose ses légumes bio, un autre une panoplie d’engrais et pesticides également bio. A côté, une exposante offre des shampooings solides, semblables à des savonnettes, nouvelle tendance qui permettrait d’éviter des millions de contenants en plastique.

Oui, il y a des raisons de faire autrement et d’espérer. Merci à ces jeunes de si bien le rappeler…