Le haut-commissaire indien à Maurice, Abhay Thakur, a lancé hier l’idée de l’organisation d’un sommet des chefs d’État des pays de la diaspora indienne lors de la cérémonie d’ouverture de la conférence internationale organisée à l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture (IGCIC), à Phoenix, pour célébrer le 100e anniversaire de l’abolition de l’engagisme, le 12 mars 1917, et le 70e anniversaire de l’indépendance de l’Inde.
Le diplomate indien a souhaité qu’un tel sommet puisse être organisé – à Maurice, en Inde ou dans un des pays de la diaspora indienne – sur le modèle du comité international sur le projet de la route de l’engagisme, qui se tiendra à Maurice en octobre prochain. Ce sommet pourra réunir les chefs d’Etat de pays comme les Fidji, la Guyane, l’Inde, Madagascar, la Malaisie, La Réunion, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka, Surinam, Trinidad & Tobago, la Grande-Bretagne et le Yémen. « Libérés des questions purement d’ordre politique, ces chefs d’Etat pourraient discuter de sujets comme la contribution de la diaspora indienne dans le développement des pays respectifs et le partage des expériences vécues par les “girmityas” dans les différents pays où ils se sont retrouvés. »
Le haut-commissaire indien a profité de l’occasion pour évoquer les relations « exceptionnelles » qui lient nos deux pays, et ce « pour de nombreuses raisons, à commencer par l’importance de la sécurité » dans la région. Il a expliqué que grâce aux « avantages exceptionnels » accordés à Maurice malgré la révision du traité de non-double imposition, l’île se présente toujours comme le premier investisseur étranger en Inde. Il a également évoqué les avantages accordés aux descendants de travailleurs engagés à Maurice avant d’aborder le volet de l’aide accordée à notre pays dans le cadre de financements pour la création d’infrastructures, à l’instar du projet Metro express et de la ligne de crédit accordée sans conditions collatérales.
L’ancien représentant permanent indien à l’Unesco a rappelé les conditions dans lesquelles l’Aapravasi Ghat est devenu un patrimoine mondial de l’humanité. Et de raconter comment le terme « Aapravasi » avait été contesté par le président de la session de travail lituanien, lequel voulait que ce terme soit remplacé par « depot of modern immigration ».  Il aura fallu toute sa force de conviction pour faire comprendre que les travailleurs engagés n’étaient pas une forme d’immigration de personnes qui voulaient quitter leur pays, mais des travailleurs ayant été traités comme des esclaves. « D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont décédés lors du trajet entre l’Inde et Maurice. Les enfants dont les parents avaient trouvé la mort avaient oublié jusqu’à leur nom et ce sont les officiers britanniques qui leur ont donné des noms à leur arrivée dans l’île. »
Mookhesswur Choonee et Mahen Utchana, cofondateurs de l’International Indenture Girmitiyas Foundation, ont tous deux insisté sur le caractère apolitique de leur action. « Nous sommes tous des enfants des Girmitiyas », ont-ils soutenu, expliquant ensuite que le terme « girmitiyas » désignait les travailleurs qui avaient signé un “agreement” pour venir à Maurice avant de rentrer en Inde, la majorité d’entre eux étant finalement restés à Maurice.
Le vice-président de la République, Pillay Vyapoory, ainsi que le ministre de la Culture, Prithviraj Roopun, ont insisté pour leur part sur le lien entre la fin de l’engagisme et l’indépendance de l’Inde. « Sans le soutien de personnalités comme le Mahatma Gandhi et Manilal Doctor, on ne sait ce qui serait advenu des travailleurs engagés », a estimé le ministre. La conférence internationale à laquelle participent des délégués de plusieurs pays de la diaspora indienne aura lieu pendant tout le week-end à l’IGCIC.