Ferveur populaire dans les rues du Sud

Dans exactement quatre jours, Maurice vivra à l’heure des 10es Jeux des îles de l’océan Indien (19 au 28 juillet). C’est l’événement sportif régional par excellence que tout le monde attend depuis très longtemps. Trente-quatre ans après les 2es JIOI (1985) et seize ans après les 6es (2003), les athlètes sont tous prêts à vivre enfin ce moment privilégié, voire unique, dont ils rêvaient depuis des années. Un moment de communion sans égal avec leur public, parents et proches. Ils en ont tellement entendu parler et c’est désormais à leur tour de faire vibrer « Nou Mama Moris » et de faire flotter très haut dans le ciel mauricien ce drapeau aux quatre couleurs très spéciales.

C’est la compétition de football qui lancera les Jeux ce jeudi 18 juillet à midi au stade Auguste-Vollaire à Flacq avec le match opposant la tenante du titre, La Réunion, aux Maldives. Un peu plus de 24 heures plus tard, c’est dans la liesse populaire que des milliers de « privilégiés » verront arriver la flamme des Jeux au stade Anjalay Coopen, à Belle Vue. Soit 14 jours après son arrivée à l’aéroport de Plaisance, avant d’être embarquée pour Rodrigues pour une journée éclair et un retour marathon pour sillonner ensuite villes et villages du pays.

Le moment tant attendu sera sans conteste l’heure où le dernier porteur déposera la flamme de la torche dans la vasque au stade de Belle Vue. Les 10es JIOI pourront alors prendre leur envol à travers cette flamme qui illuminera à la fois le pays et les Jeux pendant dix jours. Dix jours pendant lesquels Mauriciens, Réunionnais, Seychellois, Malgaches, Comoriens et Mahorais se retrouveront. Dix jours aussi où les athlètes ne s’épargneront aucun effort pour passer la ligne d’arrivée en premier, marquer ce point ou ce panier, ou encore ce petit but susceptible de contribuer à la victoire finale de leurs équipes. Le but ultime étant de rapporter le maximum de médailles d’or pour espérer aider leurs pays à terminer en tête au classement final des médailles.

La rencontre des peuples…

Au-delà de toutes les considérations sportives sur les différents sites de compétition, les JIOI demeurent avant tout la rencontre du peuple de l’océan Indien. Un moment de partage et où les athlètes, entraîneurs, dirigeants et autres officiels se mélangeront dans un élan de fraternité et de camaraderie. C’est aussi ça les Jeux des îles et tous ceux qui ont eu la chance de vivre cette expérience ne le nieront pas. C’est l’événement régional qu’il ne faut absolument pas manquer pour tout sportif.

Malheureusement, pour les 10es Jeux des îles, une des pièces maîtresses manquera aux athlètes et dirigeants nostalgiques. Qu’on le veuille ou non, des JIOI sans Village des Jeux n’auront pas le même cachet que les précédents. Et ce, peu importe ce que pense le ministre de la Jeunesse et des Sports mauricien, Stephan Toussaint, qui n’arrête plus de parler de Jeux « cinq étoiles ». La décision d’accorder une enveloppe de Rs 150M aux hôtels retenus a d’ailleurs été très critiquée et a même fait l’objet de questions parlementaires de l’opposition. Certes, la population des Jeux sera hébergée dans des conditions royales dans les hôtels cinq étoiles de Balaclava, mais toujours est-il que recréer cette ambiance traditionnelle du Village des Jeux reste à voir. Cela, même si le Chief Executive Officer du Comité organisateur des Jeux des îles, Jean-Pierre Sauzier, a indiqué pouvoir relever ce défi de par les dispositions qui ont été prises.

En l’absence de cet élément majeur, essentiel à faire marquer des points aux organisateurs dans le succès de ces 10es Jeux, les athlètes auront à rester concentrés. En bons professionnels, il faudra qu’athlètes et entraîneurs restent concentrés sur l’objectif. Désormais, la balle est dans leur camp et ce sera à eux d’assumer leurs responsabilités. Tout doit être maintenant bien ficelé afin que le premier départ soit impeccable, voire canon. À ce titre, l’État a investi gros dans la préparation des athlètes et le ministre a déjà mis la pression en réclamant aussi des performances « cinq étoiles ». Environ Rs 150M ont été consacrées à cet item au cours de ces deux dernières années, permettant aux différentes sélections nationales de participer à des camps d’entraînement et compétitions à l’étranger. Des sparring-partners étrangers se sont même déplacés à Maurice dont les derniers apportent en ce moment même leur collaboration aux équipes de volley-ball et de beach-volley.

100 médailles d’or ?

L’objectif est de ramener 100 médailles d’or, a fait ressortir à maintes reprises Stephan Toussaint. Reste maintenant à savoir si son souhait cadre avec la réalité du terrain. Car, qu’on le veuille ou non, l’un des plus gros pourvoyeurs de médailles mauriciens, sinon le plus gros, soit l’haltérophilie, est passé par des moments difficiles en ce début d’année. La sérénité qui était sienne à l’époque du directeur technique national Urdas Constantin n’est qu’un vieux souvenir. Rééditer l’exploit de décrocher 21 médailles d’or comme en 2015 se dresse désormais comme une montagne à franchir. Le récent camp d’entraînement en Roumanie n’a fait que confirmer le malaise qui existe entre les sélectionnés et le DTN…
Hormis l’haltérophilie, il est regrettable de constater que le badminton est aujourd’hui à la traîne comparativement aux années précédentes. On se souviendra d’ailleurs que Maurice n’avait laissé que des miettes à ses adversaires à La Réunion en remportant les sept médailles d’or possibles. Cette discipline a été qui plus est secouée par l’affaire de dopage dont fait l’objet sa meilleure badiste, mais aussi l’une des meilleures sur le continent, nommément Kate Foo Kune. C’est pour dire dans quel état d’esprit cette équipe abordera ces 10es Jeux dans une semaine. On se passera d’épiloguer sur les autres problèmes, si ce n’est que le handisport mauricien devrait, une fois encore, rapporter entre 14 et 15 médailles d’or. Peu importent les conditions dans lesquelles se tiendront les compétitions, le ministre Toussaint peut d’ores et déjà se frotter les mains par rapport à l’impact de ces médailles sur le tableau final.

D’autre part, les organisateurs auront à se croiser les doigts puisque le vrai test démarre dans exactement quatre jours avec le tournoi de football, avant que tout ne s’enchaîne à un rythme d’enfer au cours des neuf autres jours. Ils auront surtout à espérer que tout se déroule dans les meilleures conditions et qu’aucun grain de sable ne vienne se mettre entre l’engrenage, comme ce fut le cas lors des Jeux de 2015 à La Réunion. Ces Jeux avaient été, soulignons-le, entachés de plusieurs polémiques, dont le point culminant aura été sans conteste le départ des Jeux des Comores, avant même d’avoir assisté complètement à la cérémonie d’ouverture.

Ces scandales dont on se serait bien passés !

Touchons du bois que cela ne nous arrive pas, d’autant que les polémiques et scandales sont légion depuis ces derniers temps. Notamment certaines décisions contestables et contestées. Jean-Pierre Sauzier et Stephan Toussaint savent tous très bien à quel point l’affaire de plagiat, dont est responsable Grey Mauritius, a sérieusement ébranlé la machine. Au même titre que cette torche qui avait été oubliée à Maurice, alors que les organisateurs étaient déjà à Rodrigues, samedi dernier, pour que les Rodriguais défilent avec… la flamme ! Les explications fournies de part et d’autre n’ont pas convaincu, qu’importe ce qu’en pensent les organisateurs.

Il y a également eu les billets vendus comme des petits pains, sans aucun contrôle et sans garde-fou. Nombre de Mauriciens, dont les parents des athlètes surtout, sont restés sans billets. Au lieu d’apporter du réconfort, Stephan Toussaint n’a pas trouvé mieux que de rajouter une couche sur ce dossier, qui plus est dans un excès d’arrogance. Des propos que nous maintenons et qui ne sortent en aucune façon de leur cadre comme le tendent à faire croire certains. Stephan Toussaint n’a qu’à assumer le teneur de ses propos. À moins que le ministre ne le sache pas encore, nombre de sélectionnés sont révoltés que leurs parents et familles n’ont pas eu de billets. Ils comptent d’ailleurs montrer leur mécontentement en temps et lieu. Idem pour les basketteurs, qui ont vu leurs salaires être réduits par leurs employeurs en raison de leur absence pour participer à un camp d’entraînement à l’étranger. Ils regrettent surtout le manque d’initiative du ministère de la Jeunesse pour compenser la totalité de la somme déduite.

Espérons tout simplement que dans un ultime sursaut, les organisateurs sauront se montrer beaucoup plus convaincants et efficaces lors des jours à venir et profiter de cette vague occasionnée par la venue de la flamme des Jeux à Maurice. Le ton est donc donné. Aux organisateurs maintenant d’assurer et aux athlètes surtout de faire le spectacle, tout en restant fair-play. En attendant le grand départ, la rédaction sportive de Week-End, conjointement avec celle du Mauricien, présente à ses fidèles lecteurs un tour d’horizon des 14 disciplines présentes à ces 10es JIOI. Que le meilleur gagne !