Je suis resté bloqué à Port-Louis, samedi, pendant plus de 4 heures !, suite aux pluies torrentielles qui sont tombées sur la capitale. En fait, le terme « Pluies torrentielles » ne restitue en rien ce qui est véritablement survenu à Port-Louis, car il faudrait plutôt parler de déluge apocalyptique.
J’étais venu à Port-Louis, pour faire quelques achats pour Pâques. Et il pleuvait déjà à Vacoas quand je suis monté dans le Blue Line, au bus-stop de Modern. En mon for intérieur, je pensais qu’il ne pleuvait pas à Port-Louis. Mais quand l’autobus est arrivé à hauteur de Montebello, j’ai vite déchanté. Car Port-Louis n’était plus là, la montagne des Signaux ayant jeté son manteau gris-noir sur toute la capitale. Arrivé à l’arrêt situé en face d’Air Mauritius, tout Port-Louis frisait déjà le chaos. Il était exactement 11h55.
Chacun essayait de se cacher des grosses gouttes qui tombaient du ciel. J’ai pu traverser, pour aller m’abriter sous l’auvent du bâtiment d’Air Mauritius. Je me suis arrêté juste en face du bâtiment de la Mauritius Housing Corporation. Pensant que la pluie allait cesser. Je n’ai pas fait attention à l’heure. Jusqu’à ce qu’une jeune femme dise qu’on attendait là depuis plus de 2 heures ! Effectivement, l’écran de mon portable affichait 14h et quelque. Il avait donc plu de midi à 14h. Et la pluie glaciale continuait de tomber. On ne voyait ni la rue ni les trottoirs. Une pirogue aurait facilement vogué sur ces eaux boueuses que le Ruisseau du Pouce rejetait sur l’asphalte. En voyant certains s’engager dans ce qui ressemblait alors à une rivière, j’ai dit à ce jeune de La Tour Koenig « mo spere pena blese ». Et lui a répondu « fode ena mor pou bann la konpran ».
« Bann la », c’était la météo, les autorités. J’ai pu quitter Port-Louis, après 16h !, sain et sauf, trempé jusqu’au os. Au beau milieu de la tourmente, j’avais envoyé un texto à Avinash, mon fils, lui disant que j’étais à Port-Louis et de « priye pou mwa ». A 14h, quand nous nous sommes rués de l’autre côté du bâtiment d’Air Mauritius, côté Winners, il était clair que cette pluie était « anormale ». Et la question qu’on s’est tous posés, marchands ambulants et gens de passage, c’était « kot la polis ete. Kot ponpie » ?
Mais en fait, quelles sont les priorités pour le pays ? « Nous avons dépensé Rs 70 millions pour les drains », nous dit Vasant Bunwaree, ministre de l’Education, alors que c’était à Anil Bachoo de répondre sur ce dossier. Rs 70 millions pour des drains, mais où ? En a-t-on construit à Canal Dayot, voire dans toute la capitale ? On rit de moi, souvent avec mépris, quand je m’attaque au système de lauréats, qui permet à cette « élite » de s’en aller, sans rendre de compte à quiconque. Pourtant, aujourd’hui que les décideurs voient enfin que notre île peut elle aussi être touchée par le changement climatique, que vont faire nos lauréats ailleurs ? Aller chanter le refrain « je veux être médecin, avocat, architecte » ?
Leur-a-t-on dit que le pays aujourd’hui a besoin de 15 “Vassen Kauppaymootoo” et 20 “Khalil Elahee”, c’est-à-dire des urbanistes, des climatologues, des gens qui doivent être à l’écoute de la nature, et nous donner des avis de prévention ? Notre système éducatif ne doit-il pas s’adapter aux besoins réels du pays ? Faut-il encore laisser les lauréats faire comme bon leur semble, surtout après les Rs 500000 et le « serment » qu’ils emmènent dans leurs valises ? N’ont-ils pas une dette morale envers le pays, envers les contribuables qui paient leurs études à l’étranger ?
Concernant les responsabilités de l’Etat, Rashid Beebeejaun peut-il nous expliquer pourquoi le hall d’entrée de l’hôpital Jeetoo, récemment construit à coup de millions, puisés là encore de la poche des contribuables, a été noyée sous les eaux ? Qui, au ministère, a « supervisé » les travaux de cet hôpital « flambant neuf » ?
A ceux qui nous accuseraient de vouloir « faire de la politique » sur ce douloureux sujet, nous leur dirons simplement de lire ces paroles (puisées du Mauricien d’hier) d’une proche d’un des 11 morts : « Komie dimoun pou bizin mor ankor koumsa pou ki bann otorite desid pou regle sa bann problem inondasion-la ? Zot finn donn enn zour konze piblik me eski sa pou rann nou nou garson ? » Il n’y a rien de politique dans ce que dit cette dame. Bien entendu, nous sympathisons totalement avec les familles endeuillées, et celles qui ont tout perdu à Canal Dayot, à Pailles, à Tranquebar, entre autres.
Après les émeutes de Février-99, tous nous avions dit « Plus jamais ça ! ». Aujourd’hui, après les 11 morts de ce Mars noir, personne ne peut continuer à « tap lestoma ». Assez avec la folie des grandeurs ! Assez avec des projets faramineux, alors que le petit peuple vit dans des ghettos abandonnés ! Assez aux discours qui prétendent que notre pays est « resilient », alors que nous ne pouvons trouver Rs 60 millions pour doter la météo d’un radar !
Après ce mars mortel, l’Etat se doit de veiller à ce que le développement touche vraiment toutes les couches de notre société. On ne comprend pas pourquoi il faut impérativement dépenser des millions dans une énième bretelle qui débouche sur la Nationale, comme celle qui se situe au bas de l’Apollo Hospital, alors que cet argent, utilisé à bon escient, aurait pu être investi là où c’est nécessaire.
En somme, il importe de définir les vraies priorités pour le pays. Avons-nous vraiment besoin du Dream Bridge, du métro léger, des projets qui vont coûter des milliards ? Si vous voulez vraiment entrer dans l’Histoire, comme votre illustre père, il vous faut être à l’écoute du peuple, monsieur le Premier ministre. De tout le peuple ! Car certains de vos ministres ne donnent pas l’air de travailler pour la nation, mais pour leurs propres intérêts !